Vit. Patr.y Hb. n, p. m
La vérité est donc toujours au fond de tels récits, quand même les détails et la forme en restent parfois douteux ^ Le progrès et la vie n'étaient pourtant pas tout à fait réfugiés au désert. L'Église militante et mêlée aux popu- < lations en gardait sa part. La prospérité avait s6s avantages comme ses périls. Bien qu'elle introduisit dans le sein de l'Église Ah dangereux éléments de corruption, elle lui permettait pourtant de donner à toutes les influences bienfaisantes de la charité plus de régularité et d'extension. A l'abri des actes arbitraires du pouvoir, pouvant paraître au grand jour et songer au lendemain avec confiance, la charité chrétienne , jusque-là répandue avec une efTusion intermittente, allait faire prendre à ses bienfaits le caractère de stabilité et de persévérance qui s'attache à une propriété durable. Les fondations pieuses de toute nature commençaient à se multiplier autour des églises devenues riches et propriétaires. Ce
i. VcTici comment s'explique au sujet de ces prodiges le savant professeur MOhler : «Les récits que Ton a faits de la puissance qu'exerçait Pacôme sur la nature sont très-remarquables. On assure qu'il marcliait sans être blessé sur les scoi^ions et les serpents, et que les crocodilas lui prêtaient leur dos pour le porter sur le Nil. C'est ainsi que Pantiquité exprimait sa croyance que^ pour les hommes pleinement réconcir liés avec Dieu, la nature n'a point d'ennemis. Il faut voir ici plus qu'une fiction poétique : c'est l'expression de la haute opinion que les contemporains et la postérité s'étaient faite de S. Pac6me » (MOhlei^ Gesammelte Schriften, publiés par Dôllinger; Ratisbonne, 1840, t. ii, p. 183). Le même MOhler ( Vie dAthanase, trad. par Cohen. Paris, 1840, 1. 1, p. 307 ) n'hésite pas à croire que beaucoup des détails même de la vie de saint Antoine par saint Athanase ont été insérés dans la pensée d'édifier les lecteurs plutôt qu'avec un rigoureux scrupule d'exactitude, et qu'il a pu plus d'une fois accepter comme vrai des récits appuyés sur des témoignages peu certains.
chaDgement avait pris naissance même avant la liberté de l'Église. Dès les derniers temps de la captivité et à la Êiveur des instants de relâche que la persécution laissait aux fidèles, le trésor de chaque église, au début composé seulement des collectes faites dans les familles, avait commencé à s'immobiliser par l'acquisition de quelques biens-fonds; et c'est ainsi qu'on a vu l'édit de Milan ordonner la restitution de tous les biens confisqués aux chrétiens, y compris (et très-spécialement) les propriétés autres que les lieux de réunion, appartenant aux corpolations ecclésiastiques S Mais ce fonds, encore peu considérable, grossit tout d'un coup, dès le lendemain de la défaite de Licinius, par la disposition de Constantin qm attribua à chaque église les propriétés des martyrs morts sans testament et sans famille , et par la loi qui permit à tout testateur de disposer de ses biens en faveur des corporations^. A partir de ce moment, l'église de chaque diocèse devint maitresse de propriété!? considérables. Tout prêtre entrant dans son sein lui fit don de ce qu'il possédait; le pénitent, le catéchumène riche, la comblaient de leurs oflrandes. De ce trésor commun, une partie fut consacrée à l'entretien de l'église même, de son culte et de ses ministres; une autre, et la plus considérable, resta la propriété des pauvres. Toutes deux furent remises à la disposition â6 ï'évêque *. Mais déjà, à côté
i. Voir la première partie de cewe histoire, 1. 1, p. 243. î. Première partie de cette histoire, 1. 1, p. B07 et 342. t. Voir 23« et 24» canons da concile d'Antioche en 341.
tll4 TRÀNSFORJrATION DU PACA^HSlfE.
de lui, QB voit dans les^doeumeots voisins de cette époque figurer un intendant sj^écîalt ({u'an nomme, récouome des pauvres^ le nourriekf dea Of phelin& ^ ~
C'est que ce ne sont plus sâuleoient quel(yies épargnes à distribuer légulièreiueiiiA ehaquA diioanche à des veuves^ à dtes orpbsliœ> eu à de paiivres» passagers : il ; a des maisons eniâères à régir, des^ établissements à gour verner. Le premi^ de ces asiles de la charité,, eelui qui s'élè^te pi;eâi|ue partMi auj^ès de. régUse,i c'est la mair son de Uhospitaliiiâ K Le soia dés botes» rappelé en termes si touchants par Tftpôtre sMut Panl, était la tradition fiuvorite. da VÉglise dirétienne. Son unité et sa paix ea avaient dépendu bien longtemps^ C'était par l'habitude imposéa de. bonne heuce anx. familles chrétiennesc de. recevoir à leur foyer tout vo^jageur qui se recommaadait du nom du Cbjrist^ qu'à travers la dispersion et le silence obligé, les relations entre le& chrétiens s'étaient maintenues intimes el tcéquentes^ L'Église captive s^était propagée à l'ombre: de l'hospitalité : libre» elle lui éleva des palais qui semblaient attester sa reconnaissance* U Y eut dans cbaqae grande %\M, à côté de la demeucft de l'évêqua, un vaste bâtiment ouvert à tous les voyar: geurs. Puis au ciurps du bâtiment oa ajouta plusieurs ailes ', elles furent réservées aux malades , aux enfanta Ott aux vieillard». Chacune eut bientât son administra* tion particulière 9 sa population d'affligés et d'infir^