Cod, Theod., xvi t. 2, i
faire, dit la loi, le commerce pour subvenir à leur nourriture^. Une autre accorde les mêmes faveurs » non-seulement aux prêtres eux-mêmes, mais à leurs femmes et à leurs enfants, comprenant ainsi dans la même protection maladroite, les droits de TÉglise et les abus qu*elle tolérait en les condamnant^. On retrouve là Teffet de ces demandes, de ces sollicitations indécentes que flétrissait la juste sévérité des Pères de Sardique. La vérité des portraits qu'Athanase a faits de ses ennemis ne se reconnaît nulle part mieux que dans ces mesures inspirées par eux à l'empereur dont ils gouvernaient les conseils.
Et cependant il y avait des chrétiens impatients qui ne trouvaient pas que la puissance du dehors en fît encore assez pour la foi. Ils auraient voulu des dispositions plus énergiques, plus radicales, pour faire disparaître du sol, d'un coup et par la force, les débris du culte païen. L'esprit de persécution par lequel le faux zèle imite et prétend remplacer la ferveur qui lui manque, se laisse déjà apercevoir dans quelques écrits contemporains. Un personnage illustre, Firmicus Maternus, qui se décore lui-même du titre de clarissime, et qu'on reconnaît, à la forme oratoire de son langage, pour un rhéteur converti, dédie, vers cette époque, aux deux empereurs Constant et Constance une attaque violente contre le paganisme,
i. Ibid,,\, 8. Si qui de Tobis alimonim cau8& negotiatioliem exercere volunt, immunitate potientor.
a. Ibid., 1. 10,
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i;^0 TRANSFORHATLON J)ll PAGAMSlurB.
Il y produit de bonnes raisfoos qui ont l'inconvénient de venir un peu tard, et déploie une éloquence qui rappelle, au courage près, les souvenirs des Tertullien, des Atbé* nagore et des Méliton. Tout un luxe de démonstratioi» dont les arguments étaient déjà connus et dont les empereurs n*avaient nul besoin d'être entretenus, n'est destiné au fond qu*à amener cette ardente péroraison : « vous. Constant et Constance, très-sacrés empereurs, nous invoquons la vertu de votre foi vénérable, qui vous a élevés au-dessus des hommes, qui vous a séparés de la fragilité humaine, qui vous associe aux choses célestes, et qui, en toutes choses, autant qu'elle le peut, se conforme à la volonté de Dieu. Il ne voos reste que peu à faire pour écraser le diable sous vos coups, et pour que périsse la contagion funeste de l'idolâtrie. La vertu de ce venin est évanouie, et char que jour sa profane exhalaison s'évapore. Levez dooc le drapeau de la foi : c'est à vous que la Divinité a réservé cet honneur... Élevez le signe de notre loi vénérable. Sanctionnez, ordonnez, promulguez ce qui est nécessaire. Heureux souverains que Dieu a appelé» en part de son œuvre et de sa gloire ! Le Christ favorable aux peuples réserve à vos mains l'honneur de ruiner Tidolâtrie et de mettre en poussière les temples profanes. Depuis que les temples sont abaissés, la puissance de Dieu vous élève. Vous avez vaincu vos ennemis. Vous avez étendu les limites de votre empire, et pour ajouter encore à la gloire de vos exploits»
méprisant Tordre des saisons, c'est au cœur de Thiver (audace qui ne s'était point vue et ne se verra plus) que vous avez courbé sous vos rames les vagues frémissantes de l'Océan. Les eaux d'une mer inconnue se sont émues devant vous. Le Breton a tremblé devant le regard inattendu d'un empereur. Que voule^^ vous de plus? Les éléments vaincus cèdent devant vous. Mais les saintes Écritures vous déclarent ce que Dieu attend de vous... La loi du Très-Haut vous ordonne de frapper de votre sévérité la honte de l'idolâtrie... Faites donc ce que Dieu ordonne; accomplissez ce qu'il vous commande. Jamais règne ne fut plus comblé de biens que le vôtre. Vous avez senti et reçu les bienfaits de la foi. La main de Dieu ne vous a point abandonnés : il n'a point refusé son secours à vos travaux. Les rangs de vos adversaires ont été dispersés : les armes des rebelles sont tombées devant vous... voilà, sacrés empereurs, les récompenses que Dieu vous a données' pour votre foi : et c'est par là qu'il vous invite à votre tour à témoigner votre respect pour sa loi. » Ces adulations qui n'ont pas même, comme celles d'Eusèbe, l'excuse de s'adresser au génie; ces excitations à la sévérité légale; ces promesses trop judaïques de prospérités temporelles, sont des nouveautés dans l'Église. C'est le langage d'un courtisan dans la bouche d'un chrétien *.
i. Firmicus MaternTis, De mrore profanarum reUgionum, Lugd Bat., 1672, p. 43, 59 et 63.
Oo peut croire que les deux fils de Constantin, trèsdécidés dans leurs sentiments religieux et nullement difficiles dans le choix des moyens, auraient volontiers prêté Toreille à de telles incitations. Ce n'étaient ni le désir, assurément, ni les bons prétextes qui leur manquaient pour raser au niveau du sol les autels déshonorés du paganisme. A voir même la généralité et la force des termes de certaines de leurs lois, l'énergie des menaces qu'elles contiennent, on croirait que les conseils de Maternus ont été suivis : a Que la superstition cesse, s'écrie une loi datée de 341, portant le seing des deux empereurs; que la folie des sacrifices soit abolie *. i» Qui ne penserait, à entendre ce langage, que tous les temples vont disparaître devant l'éclat du cou^ roux impérial? Il n'en est rien pourtant. La phrase |[o qui suit atténue prudemment la force de ces terribles paroles : « Quiconque, ajoute en effet le même texte « violant la loi du divin prince notre père et cet ordre de notre clémence, osera célébrer des sacrifices, que la vengeance s'étende sur lui en vertu de la sentence présente. » Constantin , comme on l'a vu , n'avait jamais défendu les sacrifices publics faits dans les temples par les prêtres officiels ; ses prohibitions ne s'étendaieot qu'aux superstitions privées, aux cérémonies magiquei accomplies dans l'ombre par la fourbe ou la crédulité populaire. En se couvrant du nom et de l'exemple de leur