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et de lui donner un rude compétiteur à combattre; Son fr^re Constant avait péri victime d'une conspiration militaire et l'empire, livré de nouveau aux aventures, redevenait la proie des soldats de fortune et Tenjeu des révolutions*.
^5?* Vivant au sein d'une paix profonde, dans des provinces actives et florissantes , où , grâce au bon esprit de l'Eglise latine et à l'autorité salutaire de Rome, le bruit des dissensions religieuses arrivait à peine , l'empereur Constant s'était abandonné sans contrainte aux penchants d*un naturel ami du plaisir. Il s'en remettait volontiers sur des favoris des soins de son gouvernement. La chasse était son divertissement de prédilection, et il y passait des journées entières^. Il faisait principalement son séjour en Gaule , dans les montagnes giboyeuses de la Bourgogne. Vers le commencement de Tannée 350, sa présence dans le voisinage d'Autun avait motivé une agglomération de troupes assez considérable aux entours
de cetteville.Ony avait rassemblé, notamment, plusieurs compagnies spécialement attachées à la personne des princes, et dont les soldats, en mémoire de Dioclétien et de son premier associé, gardaient le nom de Joviens et d'Herculéens. Elles étaient commandées par Magnence,
1. A. D. 350. — ludictio. viu. — U. G. 1103.— Sergius et NigrlUa*
nus. Coss. ..
2. Auiel. Vict,, Epit. 42. — Zon., xm, 6. Cet auteur donne au goût
de Constant pour la chasse un motif odieux et singulier qui ne parait pas vraisemblable. —Zos., u, 4J. — Socr., u, 26.
Germain d'origine et peut-être de naissance^, mais engagé dès son enfance dans les troupes romaines, où il s'était assez distingué. C'était un habile militaire, de haute stature, d'une grande force musculaire, d'une intelligence assez cultivée, et connu dans les camps pour la vivacité d'une éloquence simple et naturelle. Sa bravoure personnelle n'était pas, à la vérité, audessus de tout soupçon '.
' Magnence vivait en intimité avec l'intendant des finances Marcellin. L'un disposant ainsi des troupes, et l'autre du trésor, ils avaient entre les mains tout ce qu'il fallait, dans l'état de l'empire, pour opérer une révolution. Ils se familiarisèrent peu à peu avec la pensée d'usurper le pouvoir. Un siècle auparavant, c'eût été le dessein du monde le plus naturel : depuis le règne de Constantin, il fallait un peu plus d'audace pour le concevoir; mais on vit bientôt qu'il ne fallait pas plus d'effort pour l'exécuter. Le 18 janvier, Marcellin réunit les principaux officiers de l'armée, dans un festin donné pour la naissance de son fils. Le repas se prolongea assez avant dans la nuit, et quand les
esprits parurent suffisamment échauffés, Magnence,
1 . Les écrivains^ tous d'accord sur rorigiae germaine de Magnence, se contredisent sur le point de savoir s'il avait été lui-même fait prisonnier, ou s'U était né d'une de ces famiUes captives établies en Gaule par Constance^ et que Ton connaissait sous le nom de Laeti (barbares contents ou soumis). Julien donne la première version, Victor la seconde et le texte de Zosime est douteux.
2. Aurel. Vict., Epit 41.— Zos., ii, 54.— Jul., Or. i, p. 61 ; 2, p. 104 et 177.
faisant un signe convenu à son hôte, disparut de la salle. Peu de moments après , il rentrait revêtu de là pourpre et des autres marques de la dignité souveraine. La surprise fut générale. Dans Texaltation produite par la gaieté du repas et par le vin, les officiers présents, entraînés d'ailleurs par une courte harangue des conspirateurs, s'écrièrent , sans trop réfléchir à ce qu'ils faisaient : a Salut donc à l'auguste Magnence. » Le bruit de cette élévation improvisée se répandit aussitôt dans le camp et dans la ville. Chaque officier fit comme son chef; chaque soldat comme son officier. La foule des habitants et des paysans accourut, pour voir ce qui se passait . Chacun suivit l'exemple de son voisin , tous criant^ dit Zosime, sans rien comprendre à ce qu'ils voyaient»- Ce fut bientôt un concert d'acclamations, qui joignaient sur tous les tons le nom d'Auguste à celui de Magnence'. Rien n'était fait tant qu'on n'était point assuré de la personne de Constant. Un gros de cavalerie qui passait, se rendant d'Illyrie dans la Gaule celtique, fut envoyé à sa poursuite. On avait fermé les portes de la ville, pour que personne ne pût aller l'avertir dans les mon-^ tagnes où il chassait. Il fut prévenu cependant, on ne sait comment, et prit aussitôt la fuite. Il fallut le poursuivre à travers toute la Gaule, et on l'atteignit dans le voisinage des Pyrénées, au moment où il se disposait
1. Zcs., Il, 42. — Oùx sî^ote; orxtS'bv to irpaTTOfxtvov, tnePottv dndtixw;,
2. Zos.— Zon. — JuL — Aurel.Vict., Epit.^ loc, dt.-^Chnm. Alex^ p. 53.
LA IBUNBSSE DB lULIEH. 199
à passer en Espagne. On le contraignit à se donner la mort. C'était nn ofQcier franc nommé Galson qui le poursuivait; ce fut unautreFrancLeniogaise, qui resta le dernier à le défendre. Ainsi périt, entre deux barbares, le fils de Constantin, sans motif, sans combat, sans résistance, sans que de cet empire, encore tout plein du nom du père et tout organisé par sa main , une seule voix s'élevât pour le défendre *.
Toute une vaste portion de l'empire fut alors abandonnée à Tune des plus étranges familles qui eût encore revêtu la pourpre souveraine. Si Thabilude du camp et la discipline militaire avaient un peu dégrossi les mœurs de Magnence lui-même, il n*en était de même ni de ses frères, dont il fit aussitôt ses lieutenants, ni de sa vieille mère qui exerçait encore sur lui cette autorité mystérieuse que les croyances germaines accordaient aux femmes. Celle-ci était une sorte de prêtresse ou de prophétesse qui se mêlait de prédire l'avenir, lisait les sorts, rendait des oracles, et son fils suivait religieusement tous ses avis. Sous l'impulsion de ce caractère énergique , la Gaule eut pris en peu de jours l'apparence d'un vaste camp; on n'y entendait que le bruit du marteau sur l'enclume et la voix des instructeurs enseignant l'exercice aux nouveaux soldats. Profitant même de ses relations de parenté avec les Germains, Magnence alla chercher au delà du Rhin des auxiliaires francs qui ne se firent pas prier pour se rendre à son
i. Zos. — Zon. — Soc., etc., loc, cit
appel, A vrai dire, tant d'efforts au premier momen\ pouvaient ne pas paraître nécessaires, car TentradieiDent élourdi de la Gaule était suivi sans murmures de Timitation stupide et servile de TEspagne, de rAirique et de ritalie. 11 sufGsait, ce semble, d*avoir pris la place du maître, pour avoir conquis le droit de donner des ordres comme lui. L'usurpation ne rencontra que deux résistances. A Rome, où le préfet du prétoire envoyé par Magnence avait d'abord été reçu sans hésitation, un neveu de Constantin, fils de sa sœur Entropie et nommé Népotien, tenta de recueillir la succession de son parent. L'entreprise lui réussit au premier moment, grâce à l'insuffisance de la force armée qui gardait la ville; mais il dut céder devant le premier effort sérieux. Népotien régna vingt-huit jours,et fut détrôné au bout du mois par l'arrivée du comte Marcellin, devenu maître des offices*. Sa chute fut suivie du massacre de tous ceux qui étaient ' alliés de près ou de loin à la famille de Constantin. Eutropie elle-même, Abutère et Spérance, les amis d'Athanase, périrent avec beaucoupd'autres nobles et sénateurs. En lllyrie, un vieux général du nom deVétranion,assei borné d'intelligence, mais dont la probité et les vieuxservices étaient estimés, ne voulut point recevoir sans résistance les ordres de maîtres inconnus; mais ne sachant à qui garder sa fidélité, ni comment retenir ses troupes /
1. Zos., II, 43. — AureLVict., Epit. 42. — Chron, Alex,, p. 535. — Soc, II, 25. — Eutrop., X, 11. — S. Alhan., Âpoi., p. 677, 678. -• Jul., Or., I, p. 6.
SOUS les drapeaux » il se proclama empereur lui-même. A la vérité, il faisait dire en même temps à Constance qu'il se considérait comme son lieulenapt, et non comme son égal. 11 le priait de venir l'aider à combattre Magnence, et de lui envoyer de l'argent et des troupes, en l'assurant qu'on verrait ensuite à s'arranger pour le partage de l'empire ^ Une iille de Constantin, qui habitait l'Illyrie, sœur aînée de Constance et veuve du roi Annibalien, lui dictait, dit-on, toutes ces démarches.
Les députés de Yétranion se rencontrèrent, àlacourde Constance, avec ceux de Magnence lui-même. Maître de l'Occident, en effet, et surtout de Rome, Magnence trouvait qu'un tel lot suffisait à son ambition. Un partage amiable l'eût accommodé. La reconnaissance de sa dignité nouvelle par le (ils de Constantin aurait flatté sa vanité. D'ailleurs, dans les idées romaines, la souveraineté étant collective et indivise, elle n'était tout à fait consacrée que par le consentement commun de tous ceux qui ievaient y avoir part. L'usurpateur, tout en préparant i'immenses levées d'hommes et d'argent, et en étalant une grande démonstration de forces, faisait doncen même temps portera Constance des paroles de paix, et lui proposait son alliance. Connaissant d'ailleurs l'empire de la religion sur tous les héritiers de Constantin, il avait fait choix pour celte ambassade de deux évêques, que saint Athanase nous désigne sous les noms de Serbace et de
1. Zos. — Aurel.Vict. — Eatrop.— Chron.Alex»^ ioc. cit. — Jul., Or. I, p. 47, 48, 59. — Zon., xiii, 7.
Maxime. On ne sait trop pourquoi ces prélats imaginèrent de se rendre à Antioche en passant par Alexandrie. Peut-être ne connaissaient-ils en Orient qu'Athanase, et pensaient-ils à mettre leur négociation sous la protection de cet éloquent intercesseur. En ce cas, le calcul était peu politique. Alhanase n'était point en crédit auprès de l'empereur, dont il avait, par son retour, constaté la faiblesse et humilié l'orgueil. Toute relation de sa part avec l'Occident, où on le soupçonnait d'entretenir des intelligences séditieuses, était mal vue et surveillée avec jalousie. D'ailleurs, Athanase portait à la mémoire de Constant un souvenir trop reconnaissant, pour voir, sans un sentiment d'horreur, les députés de son meurtrier. Reçus dans la demeure épiscopale , les évoques ambassadeurs n'y trouvèrent donc aucun appui pour leur entreprise. Ils ne furent témoins que des larmes versées par le saint pontife sur la mort du fils de Constantin, et des prières qu'il ordonnait dans toutes les églises pour le salut et les victoires de celui qui survivait*. Il les conduisit lui-même à l'office avec tous les grands fonctionnaires d'Egypte et ils purent entendre tout le peuple répéter en chœur avec lui : ô Christ, secourez Constance !
L'arrivée des deux députations coïncidait avec les plus fâcheuses nouvelles de l'invasion de Sapor et du siège de Nisibe. Constance était à Ëdesse, suivant i