‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 59 sur 137 · s. Athan., Apol., p · texte numérisé non relu

s. Athan., Apol., p

d'aussi près que sa prudence le lui permettait , les incidents de cette grave attaque * . Assailli par tant de coups imprévus de la fortune , et tant de propositions croisées en sens divers , il lit tète à tout avec assez de calme et de courage. A défaut de valeur personnelle et de hauteur de génie, un sentiment inné de fierté monarchique, et la confiance dans son droit, le soutinrent dans ces épreuves. Il ne voulut point entendre parler de partage avec des révoltés. Il refusa d'écouter les ambassadeurs de Magnence. Il reçut de meilleure grâce ceux de Yétranion, mais sans prendre avec eux aucun engagement. En même temps, il rappelait, par une loi que nous possédons encore, tous les soldats en congé sous les drapeaux, et pressait de sa personne, par tous les moyens, l'équipement d'une vaste flotte*. Bientôt l'issue de la glorieuse défense de Nisibe vint le délivrer de tout souci pressant du côté de la Perse, il pourvut avec soin à la défense des places fortes de cette frontière; puis, il ne pensa plus qu'à l'Occident, et se dirigea lui-même vers Constantinople, avant I9 fin de l'année 350. Un historien raconte qu'avant de se mettre en marche, il donna ordre à tous ses soldats de recevoir le baptême ou de quitter ses drapeaux , ne pouvant se résoudre à exposer à la mort des hommes dont le salut était en péril. En ce cas, il eût pris plus de soin de l'âme de ses soldats que de la sienne propre; car il n'était lui-même encore chrétien qu'en

i. Pbilostr.^ lu, 22.

2. Cod: Theod, Chron., p. 49 ; VM, t. 1, 1. 4. — Jul., Or. i, p. 77, 78.

eàpérance. Peut-être aussi comptait-il ne pas s'exposer personnellement au péril de la mêlée.

Sa marche vers l'Occident fut prompte et résolue. 11 traversa Constantinople , dont les habitants étaient livrés à un grand effroi. Sa présence et son attitude déterminée les rassurèrent ^ A Héraclée, il reçut une nouvelle députation de Magnence, à laquelle, par une faiblesse insigne, Yétranion avait consenti à s'associer. Magnence lui demandait en mariage sa sœur Constance, et lui offrait pour lui-même sa propre fille. Constance se montra encore inflexible, et ne ralentit pas un instant sa marche^. Zonare raconte que, remarquant quelque ébranlement dans ses troupes, il feignit d'avoir aperçu en songe Fombre de Constantin qui lui défendait d'entrer en relations avet le meurtrier de son fils, et qu'il ranima ainsi le courage des soldats qui défaillait. Au pas de Sucques, défilé qui garde l'entrée de la Dacie, Yétranion l'attendait avec toute son armée rangée en bataille, mais sans manifester d'intentions décidément hostiles. Il eût été trop hardi de le sommer ouvertement de se soumettre : Constance entra en pourparlers avec lui, et lui demanda une entrevue pour s'entendre sur les conditions d'une alliance, et concerter une attaque | commune contre Magnence. Une estrade fut dressée en vue des deux armées, et les deux chefs y montèrent. Constance, usant de la prérogative de son rang, prit la pa-

1. Thém., Or. m, vi, p. 42 et 56. — 2. Petras Patricius, Excerptad$ legationibus, éd. 1603, p. 27. — Zon., ziu, 7.

rôle le premier, et au lieu de s'adresser au général, il se tourna du côlé des soldats et se mil à les haranguer dans la langue laline, qu*il possédait parfaitemi^nt. Il leur rappela, avec une grande chaleur d'éloquence, les bienfaits de son père en leur faveur, et les serments qu'ils avaient faits d'être fidèles à ses enfants. — « Lai^vserez-vous impuni, leur disait- il, le meurtre du fils d'un si grand roi, votre compagnon et votre chef dans tant de guerres, qm vous a comblés de biens et d'honneurs? Ne penseriez -vous point aussi, ajoutait-il en terminant, que, par le droit de la nature, les frères doivent recueillir l'héritage de leurs frères * ? »

Constance n'avait parlé que de Magnence, et le nom de Yétranion n'était pas sorti de sa bouche; mais un grand tumulte qui s'éleva parmi les soldats montra assez qu'ils avaient compris sa pensée, et qu'ils se chargeaient eux-mêmes de l'achever : « Plus d'empereurs bâtards et illégitimes, s'écrièrent-ils dans un accès de ferveur monarchique. » Et de toutes parts Yétranion se vit sommé par des gestes menaçants de dépouiller la pourpre et le diadème. Le vieux général, dont le caractère faible tenait, disent les historiens, de la nature d'un enfant, se sacrifia de bonne grâce et se jeta aux pieds de l'empereur, en implorant sa miséricorde. Satisfait de ce triomphe, Constance le releva, l'embrassa, l'appela son père, et lui offrit son bras pour descendre de l'estrade.

1. Zos., II, 44. — Jal.^ Or. 2, p. 143, 144. — S. Athan., ad Sol., p. 844. —Soc., II, 28. — Soz., ly, 4.

Sa présence d'esprit et son éloquence lui avaient ainsi valu, sans coup férir, une grande province, une armée de vingt-cinq mille hommes, et une juste popularité. Tout le monde vantait sa clémence, etVétranion plus que personne. Retiré, par la suite, à Pruse, en Bithynie, où il vivait doté d'une riche pension, devenu chrétien fe^ vent et tout consacré aux exercices de la foi et de la charité, le bon vieillard ne cessa de remercier Constance de ravoir débarrassé du pouvoir suprême, et d'invoquer Dieu pour son bienfaiteur dans ses prières * . \*5i Constance n'avait donc plus en tête d'autre concurrent que Magnence. La saison était trop avancée pour passer les Mpes, et il fallut hiverner à Sirmium en Illyrie *. Pendant qu'il y séjournait, attendant un temps plus favorable, on lui apporta des nouvelles de la firoor tière de Perse, qui faisaient craindre le retour des attaques de Sapor. Rétrograder en face de Magnence en I armes eût été impossible ; laisser l'Orient sans défense, c'était le comble de l'imprudence. Constance vit ainsi * de nouveau se dresser devant lui le problème que le génie seul de son père avait su résoudre. L'empire était trop grand pour un seul homme : de gré ou de force, le partage était nécessaire. Constance voulut an

1. Zos. — Zon. — Soc. — Soz. — Jul., loc, cit. — ThAau^ Or. ir i

2. A. D. 351.— Indictio.zi. — U. G. 1104.— PostoonsnlatiiinSergii et Nigritiani. — L'année est marquée ainsi, parce que les désignations consulaires faites par Magnence ne fuient pas reconnues par Ganstance.

moins que la royauté ne sortit pas de la race royale.

n n'avait pas d'enfanls lui-même, et une mort prématurée venait d'enlever l'impératrice. De la famille Flavienne, décimée par tant de meurtres, deux rejetons seuls subsistaient, oubliés par le fer des meurtriers : c'étaient les enfants du patrice Jules Constance, sauvés par miracle dans le massacre de Constantinople, grâce aux soins de l'évêque Marc d'Aréthuse, qui les avait cachés dans ces jours d'horreur*. Une fois qu'ils étaient échappés au péril des premiers moments, il avait bien fallu les laisser vivre ; et, dès qu'ils vhaient, il dallait bien aussi les traiter en princes, leur rendre une partie aa moins de leurs biens^. Constance s'était décidé à regret à les épargner, en se réservant de veiller de près, avec une sollicitude menaçante, à leur éducation '.

Ces deux jeunes princes, nés de lits différents, étaient séparés par une grande distance d'âge. Gallus, Talné, était déjà un liomme fait ; Julien, le second, tout enfant encore à la mort de Constantin, sortait, en 350, â peine de l'adolescence *. On les avait longtemps séparés ; Jul'Hfn était resté spécialement confié aux soins d'Eusèl>(.' de Nicomédie, dont il était piarent par sa mère. Mais depuis

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