‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 74 sur 137 · Soz., n, 9. — Soc, lï · texte numérisé non relu

Soz., n, 9. — Soc, lï

f. Tillemont, le* Ariens, c. 41.

promptement la délibération , que de tendre une seconde fois le même piège où s'étaient laissés tomber à Arles les légats de Rome. On représenta aux évêques que la condamnation d'Athanase était une affaire tout isolée, toute personnelle; qu'on ne leur demandait aucune résolution touchant la foi, encore moins aucune modification de leur croyance, mais simplement la condamnation d'un obstiné, entaché de sabellianisme, comme ses amis Marcel et Photin. Comment refuser à l'empereur de rendre la paix à l'Église par le sacrifice d'une seule personne, dont les mœurs étaient suspectes, la foi douteuse, le caractère, à coup sûr, inquiet et incommode?

L'argumentation avait un côté spécieux, et, les menaces lui venant en aide, elle agissait puissamment sur les évêques. Mais dans une assemblée d'hommes revêtus d'un caractère sacré, Dieu, l'innocence, le bon sens et la bonne foi, ne devaient pas rester sans défenseur. Il suffit d'un de ces hommes tels que la foi sait les faire, fermes et droits d'esprit comme de cœur, chez qui la paix de l'âme assure la lucidité de l'intelligence, pour faire tomber tout l'artifice. L'évêque de Yerceil , Eusèbe, le plus renommé des pasteurs de toute la haute Italie, — le même à qui Libère avait confié l'année précédente le soin de se rendre auprès de l'empereur — , avait fait d'abord quelques difficultés pour paraître au concile dont il n'espérait rien de bon. Mais Eusèbe avait en Italie une grande réputation de sainteté et de science; il vivait avec une austérité monastique, et il avait même

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établi entre ses prêtres et lui une communauté^ de vie qui faisait ressembler son palais à un couvent *. Tout le monde sentait que sans lui la réunion était incomplèle, et qu'il manquerait toujours quelque chose à Tautorité d'une sentence à laquelle il se serait volontairement abstenu de prendre part. 11 y eut donc un concert d'instances, pour le prier de se rendre à Milan, et de la part de l'empereur, qui pensait l'entraîner comme les autres, et de la part de ses collègues plus timides d'Italie, qui voulaient se mettre à couvert derrière lui, soit pour s'encourager à la résistance, soit pour s'autoriser dans la faiblesse. Obéissant à ces invitations répétées, Eusèbe de Verceil arriva accompagné de deux ecclésiastiques de Rome, Pancrace et Hilaire, et de son ami Lucifer, évêque de Gagliari en Sardaigne*.

Dès le lendemain de son arrivée, il se rendit à l'assemblée qui se tenait dans le chœur de l'église principale de Milan. Toute la partie supérieure de cette basilique avait été réservée aux évéques : un voile les séparait de la nef, où tout le peuple était assemblé, attendant avec curiosité le résultat des délibérations. On n'entendait pas les discours, mais les éclats de voix et le son des paroles pouvaient parvenir jusqu'à la foule. Eusèbe, à peine entré, se vit pressé de plusieurs côtés de mettre sa

1. s. Amb., éd. Ben., t. ii,p. 1036-1039. Epist, Vercellensieccîesiœ, Q* 68-71.

S. Baronius, année 355, § 6 et suiv., cite les lettres dn concile, de Constance, et du pape, à Ensèbe, pour l'appeler à Milan, d'après des pièces tirées des archives de Verceil. — S. HU., ad Cwst, i, p. 1223.

signature au bas de Tédit qui condamnait Àtbanase» et qui était déjà préparé depuis plus d'un an. « C'est bien, dit-il, sans se troubler ; mais il faut d*aborcl savoir quelle est la foi de ceux qui sont ici. d Puis tirant de m poche le symbole de Nicée» et le déposant sur lebureaa: « Que tout le monde signe ceci, reprit-41, et moi je sigD^ rai ensuite tout ce qu'on voudra * . »

Cette ouverture inattendue fut accueillie avec joiesor plusieurs bancs. Elle faisait respirer à Taise tous les prélats qui craignaient à la fois, et de résister à rempereor, et de trahir la vérité. Deoys, évéqne de Milan, qui pouvait bien être de ce nombre, s'empressant de se lever, prit rapidement la plume pour signer le symbole apràs Ëusèbe de Yerceil. Mais (et Ëusèbe apparemment s'y ' était attendu) , ce n'était point le compte des directeais de l'assemblée, et ils ne voulaient à aucun prix de cette confirmation inattendue de la foi de Nicée. Valons, se levant donc aussi à son tour, mit brusquement la main sur le bras de Denys, et lui arracha la plume, avant qu'il eût signé, en s'écriant qu'on ne ferait rien par ce moyen. Une grande rumeur suivit cette scène violente, et fiit entendue, à travers le voile, dans le bas de l'église. Le bruit se répandit aussitôt que l'on voulait faire abjurer aux évéques la foi de Nicée. Le peuple chrétien de Milan, assez indifférent peut-être au sort d'Athanase, qu'il ne connaissait guère, n'était nullement disposé à

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