‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 88 sur 137 · Amm. Marc, xv · texte numérisé non relu

Amm. Marc, xv

été ami et allié fidèle de Constantin], homme de mœurs pures, qui jouissait de Testime universelle, et dont la défection avant la bataille de Murse avait puissamment contribué à faire pencher la balance du côté de Constance, se vit accusé de révolte par un de ses employés qui avait produit contre lui des pièces fausses. Mandé à la cour pour répondre à ces dénonciations/ Sylvain, qui était innocent, mais qui connaissait le caractère ombrageux de Constance, se crut perdu, et eut même un instant l'idée d'aller chercher un refuge chez les barbares, ses parents et les compatriotes de son père. Le désespoir lui fit prendre enfin précisément le parti qu'on lui avait faussement imputé; il réunit ses troupes, et se fit proclamer Auguste. Cette nouvelle arriva à Milan, au moment même où, par la maladresse de l'accusateur, la fausseté de l'imputation venait d'être démontrée. Sylvain, que Ton avait cru coupable pendajit qu'il était innocent, se trouvait donc criminel au moment même où il était justifié. On envoya contre lui en grande hâte le-maitre de la cavalerie, Ursicin, qui, s'inspirant des habitudes perfides de Constance, demanda une entrevue au révolté sous prétexte de lui faire luimême sa soumission, le fit ainsi tomber dans un piège, puis le mit à mort sans jugement * .

L'échaufiTourée n'avait duré que vingt-huit jours; mais elle avait suffi pour frapper de terreur l'imagi-

i. Amm. Marc.) xv, 5. — Aurèl. Vict., De Cœs.^ 42; Epit.^ 41.— « Jiil., ad Athen., p. 274. — Zon., un, 9. — Eutt., X, \a*

29/t hk JEimESSE DE JULIEN.

nation de Constance. Le trouble avait été grand aussi

dans Tarmée des Gaules, et les barbares en profilaient, j Zosime compte jusqu'à quarante villes pillées cette année par les Francs, les Allemands et les Saxons ,

De ce nombre était la grande cité de Cologne. En outre, des désordres graves agitaient la ville de Rome, où le départ de Libère avait laissé une grande fermentation \ Il fallait prendre le parti d*agir partout énergiquement, et Constance ne se sentait pas ce courage. De guerre lasse, et passant d*une faiblesse à Tautre, de h jalousie à la paresse, il revint à Tidée de partager encore une fois Tempire. Seulement, pour ne pas se donner le ridicule de recommencer exactement ce qu'il avait détruit la veille, il voulut faire le partage sur des bases différentes. Il avait donné TOrient et gardé l'Occident: | cette fois le péril était en Gaule; c'était là qu'il enverrait son collègue, et il se chargerait lui-même de faire cesser en Asie les dissensions religieuses qu'il y avait allumées. Le parti une fois pris, le choix était indiqué ; car il n^ /avait plus qu'un seul membre de la famille impériale, et quant à l'idée de choisir en dehors d'elle, dans les rangs des simples citoyens, la fierté monarchique de Constance ne s'y serait pas prêtée. Il hésita cependant quelque temps encore , ébranlé surtout par ropposilion de tooi ses conseillers, qui voyaient avec désespoir s'élever aae fortune nouvelle et une influence rivale. L'impératrice

i. Amm. MaiCyX?) 7. ^ Zon., ui, i.

seule, sur qui Julien, dans sa courte entrevue, avait fait Une impression favorable, et qui avait apprécié la distinction de son esprit et la dignité de ses manières, plaida vivement en sa faveur. Elle employa, pour décider Constance, un argument qui fait assez voir à quel point, avec la perspicacité féminine, elle avait pénétré les orgueilleuses misères de cette âme : <( Julien est jeune, lui dit-elle : il a l'esprit simple; il ne s'est occupé jusqu'ici que d'études, et n'a aucune expérience des affaires; c'est rhomme qui vous convient. De deux choses Tune, en effet : ou bien il se servira heureusement de sa puissance, et ses succès vous profiteront ; ou bien il fera quelque faute, et la payera de sa vie : et vous n'aurez plus alors personne de votre famille qui puisse vous disputer l'empire. » Convaincu par ce raisonner ment qui lui ouvrait la perspective de se servir d'abord, puis de se défaire de son parent. Constance, sans annoncer pourtant tout à fait encore sa résolution, envoya k Julien un ordre de rappel ^

Bien qu'averti des grandeurs qu'on lui destinait, Julien ne partit point sans un secret effroi. Les faveurs de Constance étaient presque aussi redoutables que sa disgrâce ; mais la vue de l'empire faisait ballre le cœur d'un jeune ambitieux, a Vous savez , disait-il plus tard lui-même aux Athéniens, lorsque je fus appelé à la cour, vous savez quelles larmes je répandis, quels

i. Zos., m,' 1. — Âmm. Marc, xy, 7.

gémissements je fis entendre. Tendant les mains vei votre Acropole, je priai votre déesse Minerve de san^ksf

son serviteur Il y a encore parmi vous des témoins

qui peuvent l'attester, et la déesse elle-même le sait*. » Il était attendu à Milan avec une vive curiosité par tout le monde ambitieux et frivole qui remplissait le palais. Il se logea modestement dans un faubourg de la ville. Eusébie lui envoya aussitôt des eunuques de soa intimité pour lui porter ses compliments, et s'informer s'il désirait quelque chose d'elle. « En réponse, dit-il encore lui-même, je lui écrivis cette lettre : Que les Dieux vous donnent des enfants et des héritiers : je vous en supplie, renvoyez-moi dans ma demeure. Mais,, ajoute-t-il, à peine eus-je écrit, que je me demandai s'il était bien prudent d'envoyer au palais une lettre à 1 /f épouse de l'empereur, et je priai les Dieux de me faire savoir si je devais l'expédier... Et dans la nuit les Dieux m'envoyèrent cette pensée : Que vais-je faire? Je résiste aux Dieux, et je veux décider de mon sort avec plus de prudence qu'ils ne font eux-mêmes, eux qui savent toutes choses.. C'est bien assez pour la sagesse humaine, de regarder ce qui est immédiatement sous ses yeux, et de ne point s'égarer dans le petit cercle des choses qui l'environnent... Eh quoi! Julien, tu t'irriterais si les choses que lu possèdes, ton cheval, ta brebis, ton bœuf, te refusaient le droit de te servir d'eux et

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