‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 87 sur 137 · S. Greg. Naz., Or., xliii · texte numérisé non relu

S. Greg. Naz., Or., xliii

ne lui survivent que quand nn rayon de la foi en a échauffé les germes. Avec des naturels différents, l'un plus austère, l'autre plus tendre, l'un plus réglé par les leçons de la science, l'autre plus entraîné par les élans de l'amour divin, c'était chez tous deux même ardeur dans la prière, même pureté de mœurs, même culte pour les pieux souvenirs du toit paternel ; et loin , bien loin après la ferveur des études chrétiennes , même enthousiasme pour les lettres, la poésie et l'éloquence. Basile gouvernait ses jeunes compagnons par la sagesse de ses conseils, Grégoire les animait par la chaleur communicative de sa parole; Basile contenait Grégoire, dans ses entraînements; Grégoire soutenait et ranimait l'âme plus sévère de Basile, attristée souvent par la corruption du siècle. «Ah! disait plus tard Grégoire, comment se rappeler ces jours sans verser des larmes? L'éloquence, la chose du monde qui excite le plus d'envie, nous enflammait d'une ardeur égale, et cependant nulle jalousie ne se glissait entre nous : un zèle commun nous excitait ; nous luttions, non à qui remporterait la palme, mais à qui la céderait à Tautre : car pour chacun la gloire de l'autre était la sienne propre. C'était une seule âme qui avait deux corps. Et s'il ne faut point croire ceux qui disent que tout est dans tout, du moins faut-il convenir que nous étions l'un dans l'autre... Nous ne connaissions que deux chemins, le premier, et le plus aimé, qui nous menait vers l'église et vers ses

docteurs; l'autre, moins élevé, qui nous conduisait à m. i9

l'école et vers nos maîtres. Nous laissions à d'autres sentiers qui mènent aux fêtes, aux théâtres, aux ^ tacles et aux repas*.,»

Dans cet asile, d'où émanait comme un parfum sainlelé, les bruits de Técole n'arrivaient pas. Lesaui étudiants n'y pénétraient que rarement, avec emharr car la réputation des jeunes gens était grande, et I abord, bien qu'aimable, un peu imposant. Nul n'au osé les traiter familièrement, ni les provoquer par plaisanteries et par les défis ordinaires entre camarad( lulien pourtant» poussé par Tardente curiosité qui r< mait, pénétra dans leur retraite. Il connaissait Ba depuis quelques années déjà, car le jeune chrétien a étudié d'abord à Constantinople sous Libanius. Jul vint plus d'une fois dans le logis commun des deux a s'asseoir à leur table , s'entretenir avec eux des bel lettres, quelquefois expliquer les saintes Écritures, pour cacher, par une manœuvre adroite, les sentime déjà trop apparents de son âme, soit peut-être qu'a^ de rompre tout à fait avec la foi de son enfance il voi jeter un dernier regard dans les profondeurs de ÏÈ\ gile. Les sujets communs de conversation ne nianijua pas, car Basile était un grammairien très-habile ; il [ vait disserter très-savamment d'histoire et de poé l'astronomie, la géométrie, l'arithmétique» la méde^ même, lui étaient familières. Quelque agrément, s

i. s. Gieg. Naz., Or, xua, 20, 21.

t, Ibid.j 16,17.

nulle intimité, pouvait donc régner dans ces entretiens. Dans les vastes plaines de Tart et de la science» sous la poétique lumière de la Grèce^ ces deux sources, Tune déjà chargée d'un limon fangeux , l'autre gardant sa pureté native, pouvaient se rapprocher un instant sans mêler leurs ondes*.

Quelques mois s'étaient écoulés dans ces occupations diverses, lorsque soudain un ordre impérial vint mander ie nouveau Julien à Milan. Quel était le motif de cet appel? Était-ce la mort, était-ce la couronne qu'on lui destinait? Avec les incertitudes et les caprices subits, habituels à Constance, on pouvait faire sans invraisemblance Tune et Tautre supposition. Au bout de peu de jours cependant, Julien apprit, à n*en pouvoir douter, qu'il marchait au trône et non au supplice ^

Constance, en effet, maitre du pouvoir suprême, se trouvait de nouveau incapable de le porter. Sa faiblesse cédait sous le poids dont s'était chargée son ambition. Les embarras naissaient sous ses pas, de l'étendue même de son empire, sans compter ceux qu'il s'était imposés lui-même par ses violences. Pendant que tout l'Orient commençait à s'agiter convulsivement sous l'étreinte d'une persécution cruelle dont nous devrons bientôt décrire toutes les horreurs, la barrière de l'Oc-

1. s. Greg. Naz., loc. ciY. — S. Bas., Epiit. 40 et 4i. C'est la corrcspondauce de Julien et de saiat Basile. Il y rappelle k Juliea le temps où ils étudiaient les lettres sacrées ensemble.

t. Amm. Marc., xv, 8. — Jal., ad Aihen.f p.

,cic[ent fléchissait sous la masse des tribus barbares.] Déjà , dans Tannée qui avait précédé le concile de Milan, r il avait dû lui-même passer le Rhin, au-dessus de Bâle/^ pour réprimer les incursions de deux chefs allemand^ Yadomaire et Gondomade. A son approche, ils avain^^ aussitôt demandé la paix, et l'avaient obtenue, grâce 11''^ la protection de leurs compatriotes, qui servaient ttlP qualité d'officiers dans l'armée romaine, et grâce sanldoute aussi au peu de goût que le souverain avait pow- ' les rencontres un peu vives*. De nouvelles attaques,!' faites sur un autre point dans Tannée suivante, avai^

amené de nouveaux engagements, où Constance, représenté par ses généraux , avait remporté de médiocres avantages dont il avait fait beaucoup de bruit ^. Mais 3 savait à quoi s'en tenir sur ces prétendues victoires, ei il n'apercevait pas sans effroi la perspective d'avoir à peu près chaque année de. pareils lauriers à cueillir.

Puisils'embarrassait lui-même danslacomplîcationde ses précautions et de ses méfiances. Il avait encouragé tous ceux qui Tapprochaient à la délation. C'était, parmi les généraux et les courtisans, à qui dénoncerait le premier ses collègues. C'est ainsi que le général qui commandait en Gaule, Sylvain (fils d'un Franc, Bonitus, qui avait

1. Amm. Marc, xiv, 10. Il prête à Constance un discours tenu à ses troupes, où ce sentiment est très-évident. Nous ne rapportons pas en général les discours d'Ammien, qui ne présentent pas de caractère d'authenticité. Ce sont évidemment des études oratoires d'après Tacite et Tite-Live; mais il peut y avoir parfois quelque fond de vérité.

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