‹ L'Eglise et l'Empire Romain au ive siècleChapitre 90 sur 137 · Amm. Marc., ioc, cit. — liiade^ t · texte numérisé non relu

Amm. Marc., ioc, cit. — liiade^ t

i. Amm. Marc., ioc. cit — Jul., Or, ui, p. %^o.

300 LA JEUNESSfi DB IULIEN.

les formes traditionnelle écoles, le panégyrique de Constance. C'était Fénumêration de toutes les vertus du demi-dieu qui siégeait sur le trône impérial , le récit emphatique de ses exploits devant Nisibe ou contre Magneuce*. En y regardant de près, on eût aisément reconnu l'imitation d'un morceau d'apparat, déjà composé sur le même sujet parLibanius. C'était le même ton de pensée et la même école de style, avec je ne sais quoi de plus net et de plus dégagé, qui trahissait déjà l'homme d'État caché sous le rhéteur. Les récils Ide bataille»» bien qu'encore pleins des lieux communs ordinaires, ont pourtant une précision qui indique des études et une aptitude naissante. Mais rien ne révélait dans ce morceau de flatterie ni les ressentiments légitimes de la piété fiUale, ni les sympathies d'un secret adorateur des Dieux. Pas un mot qui ne pût convenir à un chrétien, et Constance y était loué de ses vertus de famille, par l'orphelin qu'il avait privé de son père^

1. n y a trois discours de Juliea a l'éloge, soit de Constance, soit de sa femme Eusébie. Tous les trois sont évidemment placés entre cette année 355 etrépoque de laruyture des deux princes. Nous en mettons un ici, avec tous les chronologistes (celui qui porte le numéro I dans toute* les éditions de Julien), et qui doit avoir été prononcé à Milan, en présence de Constance , puisqu'il ne contient aucune allusion aux doctrines favorites de Julien. Les suivants, au contraire, déjà fort empreints d'un caractère païen, ou du moins philosophique, se rapportent à une époque où Julien, encore obligé aux ménagements envers son collègue, prenait pourtant déjà plus de liberté. Un souvenir d*Athènes, qui ne se trouve que dans l'édition de Spanheim (p. 8) , atteste aussi la disposition d'esprit d'un étudiant qui vient de quitter son école.

2. Jul., Or. I, p. 60. M. Desjardins, dans la savante thèse citée

Un tel langage dut flatter l'empereur, qui avait entendu naguère des vérités plus dures de la part de vieillards plus faibles et moins oflensés. Toute erreur est sœur du mensonge, et il y a dans les causes perdues une fai**. blesse qui énerve leurs plus courageux soldais. •

Malgré ces flatteries réciproques, la méfiance durait toujours fentre les deux parents. Sous prétexte de composer la maison royale et militaire du César, on changea tous les domestiques de Julien; on ne lui laissa que quatre de ses serviteurs, à savoir, deux esclaves encore enfants, son médecin et son bibliothécaire. Ces choix n'étaient pas tous heureux , car le médecin , qui se nommait Oribase, était déjà entré fort avant dans la confidence de son maître, dont il partageait les croyances païennes. Ainsi escorté, ou plutôt surveillé, Julien partit de Milan le 1" décembre, et. Constance raccompagna jusqu'à quelque distance de la villes

Un demi -siècle s'était écoulé depuis le jour où, s'échappant de Nicomédie, le chef de la race impériale ivait mis le pied en fugitif sur le territoire des Gaules. Il y entrait alors, ignorant de sa destinée, et ne sachant pas qu'il lui était réservé d'élever la croix, encore proscrite, sur les ruines des temples. Au même âge, nourri dans les mêmes périls, mais l'âme pleine d'un dessein

p. 77, voit déjà dans cette pièce une nuance d'ironie cachée sons la flatterie. Nous ne pouvons la découvrir.

1. Amm. Marc, loc. ciL — Jul., ad Athen.^ p. 277; Or. m, p. 226. — Eunap., Vit, Soph., p. 476.

302 LA lEtINES$B DE lULIBli;

mieux arrêté, Julien s avançait par la même route, maudissant rœuvre de Constantin. Il trouvait partout les églises ouvertes, les autels de Dieu chargés de présents et d'hommages. Tout semblait changé, et pourtant, du sein de cette Église triomphante, des gémissements s'échappaient encore, plus profonds peut-être et plus douloureux. La persécution sévissait presque aussi rude que cinquante années auparavant, et avec cet accroissement inouï de douleur, que les prescripteurs et lei victimes invoquaient tous deux le nom de Jésus-ChrisL Déshonorée, par ceux qui usurpaient son autorité, la foi semblait ainsi imposer les mêmes souffrances à ses serviteurs, tout en inspirant moins d'estime à ses ennemis. Triste fruit des prospérités humaines, et grande leçon pour ceux qui les désirent, les regrettent ou s'y confient I

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