S. Bas., Ep., ccxxxix
naient part des personnages de distinction, Grégoire se trouva placé à côté d’un moine d’une apparence austère, qui jouissait d’un grand renom de piété. On parla de tous les sujets du jour, et en particulier de la nouvelle discussion engagée sur la divinité du Saint-Esprit. Grégoire, ne se croyant pas astreint, dans la liberté d’un repas, aux mêmes précautions que Basile dans sa chaire, s’exprima en termes très-nets sur l’importance de ce dogme. « Il m’en coûte, dit-il , même de laisser si longtemps la lumière sous le boisseau. » Le moine regardait d’un air rogue et se taisait. On en vint alors à parler de Basile, de ses talents, de son éducation 5 Athènes, et chacun faisait compliment à Grégoire d’avoir possédé, dès son jeune âge., un tel ami, et d’être lui-même digne de son amitié. Le solitaire, à ce moment, se leva tout d’un coup, comme s’il n’y pouvait plus tenir. « Parlons vrai, dit-il, trêve de mensonges et de faiblesses : Grégoire et Basile mériteront tous les éloges que vous voudrez; mais la foi leur manque; l’un trahit la vérité par ses discours, et l’autre se prête à la trahison. »
Grande surprise et grande rumeur. Somme de s’expliquer, l’interrupteur raconte alors qu’assistant à la fête de saint Eupsyque, à Césarée, il avait entendu un discours où Basile s’expliquait avec éloquence sur la divinité du Fils, mais employait sur celle du Saint- Esprit des termes obscurs et louches. « Il avait, dit le moine, tourné autour de l’Esprit saint comme un neuve
qui passe ii côté des pierres pour’ aller faire son lit dans le sable. Et vous, grand docteur, dit-il à Grégoire, puisque vous êtes si bien pensant, comment supportezvous que votre ami obscurcisse la vérité par des artifices qui sentent la politique plus que la piété? »
Grégoire n’était pas au fond, lui-même, sans quelques scrupules sur la légitimité des ménagements qu’employait Basile : il se troubla, justifia mal et lui-même et son ami, parla vaguement des périls du temps et des précautions qu’il fallait prendre pour conserver à l’Église ses défenseurs. Ce mot de précautions parut sentir la faiblesse d’âme et fut mal pris par l’assistance. Grégoire, tout ému, écrivit en sortant à Basile pour lui rendre compte de l’incident et lui demander de le munir à l’avenir de meilleurs arguments s’il voulait qu’il pût justifier sa conduite *.
Basile vit clairement qu’il avait été mal défendu, et que ses amis mêmes lâchaient pied. 11 refusa, non sans hauteur , les explications qu’on lui demandait : « Si mes frères mêmes, dit-il, n’entendent pas ma pensée, je n’ai rien à leur répondre. Ce qu’un si long temps d’amitié n’a pu leur faire comprendre, comment une simple lettre suffirait-elle à le leur expliquer? .... C’est l’événement qui fera voir quel est celui d’entre nous qui suit la vérité d’un pas lâche et boiteux. . .
. . . . D’un jour à l’autre, j’espère bien souffrir quel-