S. Amb., Vila a Paulino scripta, Opp., t. il
258 LA BATAILLE D’ANDUINOPLE.
taient pas aux fonctionnaires de quitter brusquement des charges publiques. Toutes ses pensées d’ailleurs avaient été honnêtement dirigées jusque-là vers les grandeurs du siècle; la charge inattendue que le caprice de la foule voulait lui conférer l’accablait de son redoutable poids 1 . Il ne se sentait ni digne de tant d’honneur, ni prêt à tant de dévouement. Il n’y eut sorte d’artifice qu’il n’emplovât pour se dérober à des instances qu’il ne pouvait se décider à prendre au sérieux. C’était l’heure de ses audiences; il monta au tribunal, et ayant à juger par hasard une affaire capitale, il montra un visage inhumain et fit, contre son ordinaire, soumettre rudement les accusés à la question. Le peuple ne fut point dupe de cette cruauté simulée : «Nous prenons votre faute sur nous 2 , » dirent très-haut les assistants, et ils n’en crièrent que plus fort : « Ambroise évêque! nous ne voulons d’évêque qu’Àmbroise. » La journée se passa ainsi, et Ambroise, rentré chez lui dans un grand trouble, n’imagina rien de mieux, quand le soir fut venu, que de faire venir dans son logis, d’une manière assez apparente, des femmes de mauvaise vie. Ce second artifice ne lu? réussit pas plus que le premier, et personne ne voulut croire que des vices improvisés eussent rendu en un seul jour le chaste et
1. Serva, Domine, disait-il plus tard, donum quod contulisti etiam refugienti. Ego enim sciebam quod non suin dignatus vocari episcopus, quoniam dederam me sæculo huic. S. Amb., de Pœnit., 1 . h, c. 8.