‹ L'église et l'état au CanadaChapitre 2 sur 6 · NA EL · texte numérisé non relu

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pectifs, concourir par des concessions mutuelles à une tâche commune (1). »

Et le grand Pape Léon XIII, dans son admirable encyclique Libertas prestantissimum :

« Ces deux pouvoirs, dit-il, quoique différents dans leur mission et leur dignité, doivent néanmoins s’entendre dans ia concorde de leur action et l’échange de leurs bons offices. »

Nous avons là la raison et l’origine des Concordats.

[l y en avait un autrefois entre la France et le Saint-Siège, et nous étions, avant la Conquête, sous ce régime concordataire. Mais ce régime cessa, naturellement, en même temps que la domination française. Qu’allait devenir notre Église, avec les nouveaux maitres du pays, avec un gouvernement protestant, qui était loin d’être tendre, à cette époque. à l'égard des catholiques? L'avenir paraissait sombre pour l’Église du Canada. Il n’effraya nullement le vénérable évêque de Québec, Mgr de Pontbriand :

« j'ignore absolument, écrivait-il à ses sœurs, les Visitandines de Rennes, si les Anglais consentiront à me laisser dans cette colonie ; mais s’ils veulent me laisser au milieu du troupeau. je resteral. »

Il mourut peu de temps avant la capitulation de Montréal, mais fut remplacé immédiatement à la tète de notre Église par un autre lui-même, un autre Breton, qui la gouverna d’abord pendant six ans comme vicaire Capitulaire, puis ensuite comme évêque : Jean-Olivier Briand.

Ce Breton, élevé comme son prédécesseur sur les bords de la Manche, dans un pays qui n'est séparé de la Grande-Bretagne que par un simple canal — English Channel, — ce Breton si Français, si attaché à sa patrie, n'éprouvait aucune répugnance pour les. Anglais, qu'il avait eu maintes occasions de rencontrer, de connaitre et d'apprécier. On sait qu’il y a toujours eu un commerce très actif entre l’Angleterre et Saint-Malo. Avec les différents gouverneurs qui se succédèrent durant son administration, Briand sut entretenir d'excellents rapports. Même avec Haldimand (1778-

(1) Gustave Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, i. Il, p. 4.

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1784), — et pourtant Haldimand n’était ni Anglais, ni Écossais, c'était un étranger au service de l'Angleterre, qui, comme tous les étrangers, avait intérêt à forcer la note du zèle pour ses maitres — même avec ce Suisse un peu bizarre, soupçonneux, hargneux, il sut éviter les difficultés sérieuses, fermant volontiers les veux sur bien des choses qui ne lui plaisaient guère, mais qu’il n’était pas en son pouvoir d'empêcher.

Avec le gouverneur Murray (1760-1766), Écossais d’origine, M. Briand, qui n’était encore que vicaire capitulaire, s’entendit toujours parfaitement.

Murray, au début de son administration, traita les Canadiens haut la main, souvent très rudement et injustement ; mais bientôt. à mesure qu'il les connut davantage, il s'attacha à eux, et devint leur ami et leur protecteur :

« C’est une race forte et saine, écrivait-il à la Cour, vivant avec simplicité, de mœurs vertueuses, et d’une grande sobriété... L’Angleterre, ajoutait-il, n'a pas de sujets plus loyaux que ses nouveaux sujets du Canada (1). »

Quant à M. Briand, qui n’usa jamais que de bons procédés à son égard, Murray s’attacha tellement à lui, que, lorsqu'il fut question de donner un Evêque au Canada, c’est lui qu'il recommanda, à l'exclusion de tout autre :

« Je dois en Justice à la vérité, écrivait-il à Lord Shelburne, de déclarer ici que M. Briand, vicaire général de ce diocèse, a agi en toutes circonstances avec une candeur, une modération, une délicatesse qui méritent les plus grands éloges (2) ».

Entre Murray et Briand s'établit naturellement et régna toujours cette « concorde d'action », cet « échange de bons offices », que nous avons vus tout à l’heure si recommandés, si préconisés par Léon XII : c’est-à-dire que si nous n'avions pas au Canada un concordat de droit, il y en avait un de fait, résultat de la bonne volonté des deux puissances.

On a prétendu que le vicaire capitulaire eut des difticuités avec le gouverneur au sujet de la nomination des curés. Cette assertion

(1) Constitutional Documents, Ottawa, t. I, pp. 69, 167. (2) Archives du Canada, Q. I, p, 258.

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nous à d'autant plus surpris que nous venions de constater tout le contraire par les recherches minutieuses faites dans les archives pour le nouveau volume que nous avions à publier sur l'Eglise du Canada après la Conquête. Murray se faisait un devoir de soutenir, au besoin, M. Briand dans ses actes d'administration. Nous n’en citerons qu'un exemple :

Le vicaire capitulaire ayant décidé de transférer un curé d’une paroisse à une autre, ce curé résiste, et ne veut pas quitter sa paroisse. M. Briand s'adresse au gouverneur, et le prie de lui venir en aide. Murray ne se le laisse pas dire deux fois, et écrit aussitôt au curé d’avoir à obéir immédiatement à son supérieur ecclésiastique. Le curé s'exécute, et M. Briand d'écrire au gouverneur :

« Recevez, je vous prie, mes très humbles et sincères remerciements pour la protection que vous donnez à l'autorité ecclésiastique. Continuez à l'Église votre protection. J'oserais presque vous dire que vous v êtes obligé, comme elle l'est de vous honorer. Non enim sine causd gladium portat, nous dit saint Paul, en parlant de la puissance séculière, laquelle doit se prêter au soutien de la religion, comme la puissance ecclésiastique à faire rendre aux peuples le respect et l’obéissance qu'ils doivent aux princes et aux supérieurs (1). »

Croirait-on que c'est à un gouverneur protestant que M. Briand se permet ce langage si ferme, si fier, si conforme aux principes de l’Eglise catholique ?

Le seul fait, à notre connaissance, qui peut avoir donné occasion à l’assertion que nous venons de mentionner, c’est la nomination d'un curé que fit M. Briand à la demande d’un ami du gouverneur, le juge Abercrombie. Mais cette nomination ne lui fut nullement imposée ; et il la fit d'autant plus volontiers que le prêtre en question lui semblait avoir les qualités voulues. Ce prêtre n'eut que des déboires dans la paroisse qu’il avait sollicitée et obtenue par l'intervention du gouverneur et du juge : ce qui procura à M. Briand l’occasion de lui donner une salutaire leçon :

€ Vous sentez, monsieur, lui écrit-il, ce que je dois penser, et

+ re, ————— o

(1) Archives de l'Evêché de Québec, lettre de 1762.

combien je dois adorer les desseins de Dieu, combien vous-même vous devez les craindre, et que tôt ou tard, quand on s'appuie sur un bras de chair, on en est puni du grand et redoutable Dieu. «Humiliez-vous done sous sa main, regrettez cette faute. Depuis que vous êtes dans cette paroisse, vous n'avez eu que de la peine, parce que le Bon Dieu n’a point eu de part à votre entrée (4). »

A cette lecon de M. Briand vint se joindre pour ce curé le mépris du gouverneur, qui le traita « d’ignorant », et exprima au vicaire général le regret sincère qu’il avait d’avoir contribué à cette nomination : & Je vois bien, lui dit-il, que vous connaissez vos sujets bien mieux que moi. »

M. Briand n'était encore que vicaire capitulaire ; et il avait gagné toute la confiance du gouverneur par ses bons procédés, par l’appuiet le soutien qu'il donnait lui-même aux actes de l’autorité civile (2).

Murray ne le vit jamais évêque, quoiqu'il eût contribué à sa nomination. Le vaisseau qui ramenait de Londres M. Briand revêtu du caractère épiscopal, rencontra près de l'Ile d'Orléans celui qui emmenait en Angleterre le gouverneur, s’en allant se justifier auprès de la Cour de Londres de laccusation portée contre lui par le parti anglais du Canada « d’avoir trop bien traité les Canadiens. » En arrivant à Québec, Mgr Briand trouva sur sa table la belle lettre suivante du gouverneur Murray :

« Je désirais ardemment vous serrer la main, et vous féliciter sur votre promotion, événement dont je suis d'autant plus heureux que j'ai tout fait pour v contribuer, tant par mes lettres officielles au Roi et à ses ministres, que par mes sollicitations à mes amis, et en particulier à l’archevêque d’'York et à mon frère le doyen de Durham. Je recommande mes Canadiens à vos soins : ils se sont conduits de manière à gagner pour toujours ma sincère affection. C’est avec regret que je les quitte ; mais ma présence à Londres devient nécessaire pour détruire les fausses accusations de leurs ennemis et des miens. Vous pouvez compter que je ferai à Londresles plus grands efforts pour promouvoir leurs intérêts. »

(1) Lettre du 28 novembre 1763. | (2) Mandements des Evêéques de Québec, t. I, pp. 119, 153, 169.

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Je recommande mes Canadiens à vos soins : quelle belle parole. d'adieu dans la bouche de ce gouverneur ! N’est-elle pas caractéristique ? Et ne montre-t-elle pas à l'évidence les relations d'estime et de confiance qui s'étaient établies entre notre premier gouverneur et notre premier évêque après la Conquête ? |

Avec Guy Carleton, les relations entre l'Eglise et l'Etat, au Canada. devinrent encore plus étroites et plus sympathiques. Ce pauvre Murray n'eut pas de peine à démontrer à la Cour qu’en s'attachant les Canadiens il les avait attachés davantage à la couronne britannique. Cependant, par une politique d'expédient assez commune, il fut sacrifié aux fanatiques du Canada qui avaient demandé son rappel. Pour lui dorer la pilule, on lui laissa encore deux ans le titre de gouverneur général de la province de Québec (1); puis il fut envové comme gouverneur à Minorque, où il fut heureux, et garda toujours un bon souvenir de « ses Canadiens. » Il mourut près de Londres en 1794, la même année que Mer Briand à Québec, et fut inhumé à Westminster.

Carleton arriva ici dans l’automne de 1766 en qualité de simple lieutenant-gouverneur, et ne reçut que deux ans plus tard sa commission de gouverneur général du Canada. [l inaugurait donc sa longue et bienfaisante administration à peu près en même temps que le septième évêque de Québec commençait la sienne comme évêque. Notre pays, du reste, ne lui était pas inconnu ; il le revovait avec plaisir. Sous les ordres de Wolfe, il avait pris part au siège de (Québec, et reçu même, sur les Plaines d'Abraham, une blessure à la tête, qui l’obligea à demeurer plusieurs mois au monastère des Ursulines, dont il garda toujours un excellent souvenir pour les soins dévoués qu'il en avait reçus.

Fit-il dès lors la connaissance de M. Briand, alors vicaire général du diocèse? La chose est plus que probable : mais je ne puis l’affirmer, ne l'ayant vue mentionnée nulle part dans les archives.

Quoi qu'il en soit, sitôtque ces deux hommes francs et honnêtes,

(1) Le Canada tout entier porta le nom de « Province de Québec » jusqu'à l’Acte constitutionnel de 1791 qui divisa le pays en Haut-Canada et Bas-Canada (Constitulional Documents, t. 1, p. 695).

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