‹ L'église et l'état au CanadaChapitre 6 sur 6 · US D · texte numérisé non relu

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aux examens, donnait des prix aux élèves. Les Jésuites sont supprimés, et Mgr Briand, à son grand regret, est obligé de signifier à ces bons Pères le Bref du Saint-Siège; mais Carleton ne veut pas que rien paraisse à l’extérieur. Il sait le besoin de prêtres qu'a notre Eglise, et il veut que les Jésuites puissent continuer leur ministère comme auparavant. Laissons Mgr Briand raconter la chose lui-même au cardinal-préfet de la Propagande :

« Les ci-devant Jésuites se sont soumis avec toute la docilité qu'on peut désirer au Bref de Sa Sainteté qui détruit leur institut. Ils ont reconnu leurs privilèges éteints, et se sont remis entièrement à ma disposition. Le gouverneur a voulu que je ne chanceasse rien à l’extérieur, dans les circonstances présentes : 1° à cause de l’embarras où le jettent les tracasseries des Anglais établis au Canada, qui paraissent vouloir se pourvoir contre le Bill que le Parlement a fait en faveur des Canadiens catholiques ; 2° parce que lofficier qui a conquis le Canada demande les biens des Jésuites, que lui (Carleton) s'efforce de conserver pour l’utilité de l'Eglise du Canada ; 3° parce que le gouvernement ayant pris sur lui de les laisser s'éteindre sans les molester. il suffit, dit-il. d’en demeurer là pour le présent. »

« Ecrivant à ses vénérables amies. les Visitandines de Rennes, voici ce que leur disait Mgr Briand sur le même sujet :

« Qu'il m'en a coûté pour dire à ces bons Pères Jésuites que j'avais le Bref du Souverain Pontife, décrétant leur suppression et l’ordre de le signitier ! Leur prompte soumission, leur entière docilité ne m'ont pas soulagé dans ma peine ; au contraire, elles l’ont rendue plus sensible. Le soulagement est venu du côté d’où Je ne l’espérais pas : du gouvernement lui-même, tout protestant qu'il est. Ainsi nos Jésuites ont encore l’habit de Jésuites, ont encore la réputation de Jésuites, font les fonctions de Jésuites, et il n’y a que le gouvernement, moi et mon secrétaire, qui sachent au Canada qu'ils ne sont plus Jésuites, eux exceptés.. » Puis il ajoutait : &« Notre illustre gouverneur, après quatre ans d’absence passés à Londres, pour. obtenir du Roi et du Parlement un Bill favorable à notre religion et à ceux qui la professent, vient d'arriver, 1l ÿ a environ six semaines. Je suis toujours dans son estime, sa confiance, et j'oserais dire son amitié... »

La lettre de Mgr Briand au cardinal Castelli que nous avons

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citée tout à l'heure nous apprend que « l'officier qui avait conquis le Canada », c’est-à-dire Lord Amherst, demandait au gouvernement anglais qu'on lui donnât les biens des Jésuites. [l avait commencé ses instances bien avant la suppression de la Compagnie de Jésus, et il va sans dire qu'elles devenaient plus pressantes depuis cette suppression. On est surpris du sans-gêne avec lequel ce personnage cherchait à s'approprier le bien d'autrui. L'Etat pouvait-il lui donner ce qui ne lui appartenait pas ? Les capitulations et les traités transfèrent la souveraineté d’un pays de couronne à couronne, mais non pas la propriété des biens des citoyens. Les Jésuites du Canada n'’avaient-ils pas la propriété des biens qui leur avaient été donnés expressément pour leur subsistance et leur entretien, ou qu'ils avaient acquis d’une manière quelconque pour les fins de leur institut ? Et après leur suppression, ces biens n’appartenaient-ils pas à l’Église, et n'est-ce pas à elle qu'ils devaient être attribués ? HE |

C’est le suprême honneur de Carleton de l'avoir compris, et, comme le dit Mgr Briand, « de s’être efforcé de conserver ces biens pour l’atilité de l'Église du Canada. » S'il ne réussit pas complètement, si déjà le gouvernement s’était emparé d’une partie du collège pour des fins militaires et avait aliéné une partie des biens des Jésuites, une autre partie, encore assez notable. fut réservée ; et si, de uos jours, le gouvernement de Québec a pu rendre ces biens, ou leur équivalent, à leurs légitimes possesseurs, n'est-ce pas grâce à la vigilance de ceux — nommons spécialement Carleton et Mgr Briand — qui travaillèrent et réussirent à faire reconnaitre leur caractère de biens ecclésiastiques ?

Carleton et Briand : quels beaux noms, quelles belles figures dans notre histoire ! Saluons avec respect ces nobles représentants de l'Eglise et de l’Etat au Canada. Ils semblent avoir été ménagés à notre pays par une Providence toute spéciale, à une époque où il avait un si grand besoin du concours des deux puissances, le pouvoir civil et le pouvoir ecclésiastique, pour connaître sûrement sa voie, la voie droite, pour s’y maintenir, pour s’y fixer d’une manière stable et durable, à l’encontre de tant de séductions, de tant d'appels trompeurs, de tant d’obscurités répandues partout. Voici par exemple le souffle de l'Indépendance américaine qui envahit le Canada, et agite les esprits d’un bout à l’autre de la province ; voici des bataillons armés, amis ou ennemis, on ne sait

pas... voici la guerre... À qui PAngleterre doit-elle d’avoir conservé sa colonie, à cette époque? Est-ce à Carkbeton ? est-ce à Briand? A ni l’un, ni l'autre, tout seul : cela ef, dé toute évidence pour quiconque connait un peu notre histo] | bien définir la part de chacunmäen c une étude à faire. Mais en attendant, succès de « Ja tâche commune » ñe ft des deux ; et pour finir comme j'ai

constance : ce serait Semble évident que le que par le concours nicé, par les paroles de Léon XII, c'est « par la à deslèur action et l'échange de leurs bons offices » que Ca n et Brlañd arrivèrent au résultat désiré : l’un éclaira les consciences, l’autre dirigea les armées ; et le CEA IA resta à J’Angleterre.

«L'avenir est aux peuples qui se souviennent », a dit le grand historien Albert Vandal (1).

Et Gaston Boissier : 11

« Qu’on le veuille ou non, on-a bien de la peine à s'empêcher de faire de la morale avec AL » (2).

(1) Le Correspondant de 1902, t. I, p. 1040.

(2) Revue des Deux-Mondes de 1902, t. Il, HE

= Evreux, Imp. de l'Eurefôÿrue du Meilet. — G. Poussin, Dr.

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