DE LA FRANCE DE SES ANTIENNES PROVINCES
Honoré CMAMPrOIsr
9, Quai Voltaire, PARIS (VIP Arr )
(Extrait des iMcmoires de la Société Académique de l'Oise, tome XIX.)
L'ÉGLISE ET L'ÉTAT AU Xlh SIECLE
i;électio.\ épiscopale e wmm
d e 1 1 OO à 11 04
ÉTIENNE de GARLANDE et GALON
IXTIUJDUCTION
La querelle des IiivestiUires n'a jamais eu en France le même caractère qu'en Allemagne. Au moment le plus aigu de la lutte, jamais il ne fut question entre le roi de France et le pape de recourir aux armes pour régler le différend. La question des Investitures resta une affaire purement religieuse, ou, plus exactement, ecclésiastique, (je dirais « cléricale » si le mot n'avait pas depuis le siècle dernier pris un sens particulier), c'est-à-dire une affaire intéressant le clergé français, et. par contre-coup, le roi. qui en est le maître, à la fois souverain et suzerain.
Cette querelle était une conséquence naturelle de la campagne réformiste entreprise par le Saint-Siège depuis Léon IX contre la simonie. Grégoire YII donna à cette campagne une extension nouvelle, et, comprenant qu'on ne pouvait extirper la simonie de l'Église qu'en dégageant celle-ci de l'influence pernicieuse des souverains qui la dominaient, porta l'affaire du terrain religieux sur le terrain politique : la lutte contre la simonie devint dès lors la lutte contre les investitures laïques. Sous le pontificat de Grégoire VII comme
l'élection éplscopale de beauvais
sous celui d'Urbain II, celle lutle à la fois religieuse el politique fut, en France, d'autant plus violente que ces pontifes s'attaquaient à un roi résolu à ne pas laisser Rome empiéter d'un seul pas sur ses prérogatives : il était maître de son clergé en tant que souverain ; les évêques étaient ses vassaux : en tant que suzerain de ces vassaux, c'est lui qui les investissait de leurs évècliés (1). Ces droits du roi étaient formels. La campagne entreprise par le Saint-Siège était nécessaire. Et on se trouvait alors dans cette situation inextricable : le pape luttait pour la réforme religieuse, pour l'abolition de la simonie, et était, par cette lutte religieuse, amené à s'opposer à ce droit royal d'investiture par lequel, plus que par toute autre cause, la simonie était favorisée; et, dès lors, il transformait sa lutle en faveur du bien de l'Église en une lutte contre le roi. Le roi, de son côté, pour défendre ses prérogatives de souverain et de suzerain, soutenait contre la volonté pontificale son droit d'investiture et, par suite, devenait un adversaire de la réforme religieuse. Indépendamment de cette question des prérogatives royales à sauvegarder, une autre raison aurait de toute façon dirigé la politique du roi en ce sens : l'intérêt capital qu'il avait à conserver la haute main sur les élections, les revenus considérables qu'il tirait de la simonie exercée à son profit.
Mais, indépendamment de cette question de fait et d'argent, le principe même sur lequel on s'appuyait pour résister aux prétentions pontificales a une grande importance. Si depuis quelque temps les historiens (2) ont pris l'habitude d'employer les mots « clergé gallican )) ou a ultramontain » et (( gallicanisme » en traitant des affaires ecclésiastiques de la France aux xi'' et xii'' siècles, c'est que véritablement un mouvement se dessine en France, depuis le Concile de Saint- Basle, en faveur d'un clergé national nettement dominé par
(1) C'était là la source de ces abus dont se plaignait le Saint-Siège, des marchandages passés entre le roi et les candidats évoques, et des refus d'investir que le roi opposait aux élections qui ne lui plaisaient pas.
(2) Spécialement MM. Luchaire, dans VHistoiie de France^ de Lansse^ et Lot, dans son Hugues Capet,
le roi; tandis que Home voudrait, pour faciliter Je triomplie de la réforme, séparer le clergé de son roi et le rattacher plus étroitement au Saint-Siège, rendre « ultramontain » un clergé qui devenait « gallican ».
L'importance du règne de Philippe I", à ce point de vue, vient de ce que ce roi a été un des pins énergiques défenseurs du clergé nationarcontre Tinfluence de Rome, et qu'afm de garder son action sur son clergé, il n'a pas craint de lutter et contre la réforme et contre les papes, supportant les blâmes et les excommunications, jusqu'au jour où l'habileté politique de Pascal II arrivera à concilier les nécessités de la réforme avec les prérogatives royales et avec les droits formels du souverain sur notre clergé national (1).