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IV. CIVILISATION ANTI-CHRETIENNE ET ANTI-SOCIALE

MM. depuis trois siècles,nous voyons se produire en Europe, un spectacle lamentable. Après avoir renié leur mère la Ste-Eglise, les vieilles nations catholiques ont inauguré une civilisation inconnue même des

païens-,! et rï°nt Ie dernier mot est l'orgueil sataniqne à sa plus haute puissance.

Des peuples chrétiens ont voulu se gouverner sans Dieu, sans Supérieur et sans Evangile.

La volonté humaine remplaçant toute loi surnaturelle, toute morale révélée, la volonté humaine, seule juge de l'équité des lois, des intérêts du peuple, ignorant ou niant la vie future, ne s' occupant que de la terre, comme si l'homme n'était plus qu'un animal créé seulement pour jouir ici-bas ; toute autorité divine rejetée, l'Eglise méconnue, bafouée, bannie complètement de tout contrôle sur les affaires humaines ; l' avenir des peuples confié aux mains de majorités indépendantes qui sont la force, et qui, au dire du monde moderne, doivent toujours être la loi, c'est-à-dire le droit : telle est la civilisation qui a pris la direction du monde et règle aujourd'hui ses destinées.

L'état s'est entièrement séparé de la Religion. Il l'ignore, il la répudie, il affirme qu'elle n'a rien à voir dans le gouvernement temporel des peuples.

Comme si le corps pouvait rejeter le contrôle de l'âme et se déclarer indépendant de ce qui fait sa vie.

Comme si le temps n'avait aucune relation avec l'éternité, et que l'on put envisager l'un sans tenir aucun compte de l'autre.

Comme si l'homme pouvait se dédoubler en deux êtres irresponsables. L'un chrétien à la maison, clans la vie privée, l'autre athée dans la vie publique, là où son influence est plus étendue, plus persévérante et par conséquent sujette à plus d'obligations.

Gomme si enfin, Dieu et sa Providence n'avait le droit de régler les paroles et les actes de l'homme que dans un lieu spécial, à des heures déterminées, mais devait ensuite abandonner sans contrôle à ses créatures, le reste de l'Univers, hommes et choses, pour les manipuler au gré de leurs passions et de leurs fantaisies.

MM., cette fameuse séparation entre Dieu et l'homme, n'aboutit qu'à un résultat : elle sacrifie Dieu et livre l'homme et le monde à l'ennemi de la nature humaine, le dé-

mon. La société en mettant VI hors la loi, devient àelle-mêmi propre bourreau Divorcée d Dieu elle épouse L'anarchie et Le despotisme Les révolutions sonl Les fruits de cette alliance.

Voyez l' Europe Que sont devenus dans 1rs états sans Dieu, les Libertés chrétiennes, le respect des droits, la vraie civilisation ?

Tout n'a i il pas été foulé aux

pieds ?

La France ne vit clic pas un jour une convention qui était le nombre et se proclamait le droit, supprimer le Dieu des chrétiens et le remplacer par une vile courtisane? N'accusat-elle pas la propriété de vol et ne fit-elle pas (les lois pour tuer les nobles et les prêtres ? Gomme dans une tempête un Ilot pousse un autre flot, ainsi les doctrines les plus subversives marchent à l'assaut de doctrines mauvaises. Le communisme, le socialisme ne sont pas de vains mots. Paris et lierlin les ont vus à l'œuvre. Quand ils seront le nombre, non plus seulement dans les grandes villes niais aussi dans le pays, ce qui peut être ne tardera guère, alors ils serout le droit d'après la théorie moderne, ils régneront pour démolir et ruiner à moins que les peuples ne reviennent repentants, à la plus grande école de respect sur terre, au centre unique de l'autorité, de l'ordre, de la vie sociale, la Ste. Eglise Romaine.

C'est la vérité que tout, derme rement encore un vigoureux cal ho lique, le comte de Muii taisait entendre à cette assemblée de démagogues qui se dit la France et prétend la gouverner sans l'Eglise. «11 n'y a pas de gouvernement qui ait pu se passer de la Force religieuse, s'écriait l'athlète du catholicisme, pas un gouvernement n'a pu s'élever sur les ruines de la foi. » (21 mai 1878).

C'est le cri que poussait il y a quelques jours 'ce vieux persécuteur de l'Eglise, l'empereur d'Allema gne, tremblanten face des attentats socialistes. « Il faut ramener le peu pie au sentiment religieux! s'écriaitil » Condamnation éclatante de la politique anti-chrétienne suivie dans son empire depuis huit ans. c ha liment de Dieu tombant sur un état qui l'a miî hors la loi. Apolo e faite

aux victimes qui le 21 mai dernier ni à Leur perséi nteur « des cende nos prêtres «Mit moits sans que l'on ail pu nomme] Leui >u< cesseurs, des centaines d'autres prê gémissent dans Les cachots et dans L'exil . notre épiscopal est banni «m en prison, des milliers de religieux el de religien >es qui ne vou iaienl que le bien du prochain onl dû se sauvei hors de la pati ie, des centaines de milliers de Qdèles sont prives d'assister au Saint Sacrifice el de recevoir les Saints Sacrements.

| Les catholiques allemands à Guil l,i n me, '21 mai 1878.] »

Voilà Messieurs ce que de\ iennenl dans les états sans Dieu, les lifte] tés du peuple el les droits de la conscience

En face de ces désertions répétées, l'Eglise a t-elle abandonnée sa mission divine? Non certes. Peuples et Rois l'ont entendue réclamer les droits de Dieu et signaler les abîmes.

Dernièrement encore le regretté Die l\ l'a fait dans son fameux Syllabus, le code futur des nations, si elles doivent revivre et rentrer clans les

voies du progrès Des chrétiens

peuvent, il est vrai, différer d'opinion sur des questions purement temporelles, par exemple, l'administration des deniers publics, les mesures à. prendre pour avancer La prospérité matérielle du pays. Mais ces questions forment-elles donc tout le domaine de la chose publique ?

Nullement, il en esl grand nombre d'autres qui louchentaux âmes, aux intérêts futurs des peuples, et sur Lesquelles Le législateur est appelé à statuer, L'éducation par exemple, le

mariage, le serment, Les contrats

Pour traiter ces questions, quelle • suivra la législation dans des lois ht îles imiir des chrétiens ?

Da jèiiie evaiigehque. Qui eu est la dépositaire / L'Eglise. (v>ui a reçu la ni ssion de l'expliquer, de de- ( ider un dernier ressori du jupte et de l'injuste, du vrai ou du faux ?

L'Eglise et L'Eglise seule: tribunal infaillible investi de la pleine auio.

ntê du Souverain législateur des hommes. Elle aura donc toujours le droit et le devoir de s'enquérir si, m ces matières, les libertés inaliénables di s chrétiens -ont respectées par la législation civile.

Toujours aussi des législateurs ebré^

tiens se feront un honneur et une obligation de conscience d'écou tercette voix qui parle au nom de la vérité éternelle, et donne seule aux lois humaines la sanction requis^ pour l'obéissance des peuples.

Le mépris de cette autorité divine est la source de tous les désordres qui allligent les nations modernes. Ecoutez,MM#, les graves paroles que prononçait le Souverain Pontife Léon XIIL dans sou encycliqne du 21 avril.

Après avoir é mimé ré les désordres, le Pontife ajoute : u Nous nous sommes convaincus que ces maux ont leur principale cause durs le mépris et le rejet de cette sa «.te et très-auguste autorité de l'Egiise qui gouverne le genre humain au nom de Dieu et qui est le garant et l'appui de toute autorité légitime. Les ennemis de l'ordre public owt parfaitement compris cela ; et voi'à pourquoi lis ont pensé que ri^n n'était plus propre à renverser les fondements de la société que d'attaquer opiniâtrement l'Eglise d^ Dieu, de la rendre odieuse et haïssable par de honteuses calomnies, en la représentant comme l'ennemi de la vraie civilisation, d'affaiblir sa force et son autorité par des blessures toujours nouvelles, et d'abattre le pouvoir suprême du Pontife romain qui est icibas le gardien et le défenseur des règles immuables du bien et du juste »

Jusqu'à ce jour, le Garada s'est glorifié d être une nation chrétienne, c'esl-à-dire, une nation dont la vie politique était en parlai te harmonie, avec l'Eglise et sa doctrine. Cette alliance a fait la joie et la prospérité du pays. La famille, base de la société est restée pure, les mœurs chrétiennes, l'autorité civile a toujours commandé le respect du peuple parce que, toute eu restant pleinement indépendante dans sa sphère propre d'activité elle s'est inspirée dans ses institutions et dans ses lois de l'esprit de l'Eglise qui, selon les paroles de Léon Xlll,est le garant et l'appui de toute autorité légitime.

C'est ainsi que dans une famille bien conduite, le père et la mère travaillent de concert au bonheur des enfants. Leur action est diverse, en plusieurs points, indépendante

aussi dans certains actes, mais unis et subordonnée pour un but commun. A la mère le soin de la famille la conduite intérieure de la maison, le père n'intervient pas dans ces deuils, mais s'agît il de l'économie générale, de la conduite des enfants, de leur éducation, de leur établissement, qui oserait alors lui refuser le droit de contrôle, d'avis ou de blâme ? Qui l'accuserait d'outrepasser ses pouvoirs, qui lui reprocherait de s'immiscer dans des questions en dehors de son influence ?

Voilà, MM., ce que sont l'une vis-àvis de l'autre les deux sociétés créés par Dieu pour conduire l'homme à sa fin suprême. Voilà ce qu'elles ont été jusqu'ici en Canada, unies mais non confondues, se prêtant un mutuel concours pour donner à ce peuple une vraie civilisation chrétienne. Voilà ce que témoigne la lëte nationale de ce jour, la St-Jeau- Baptiste. C'est le peuple Canadien tout entier se ralliant au pied de l'autel et de son glorieux étendard heureux et prospère, il rend grâce au D eu qui depuis trois siècles le dirige dans lesvoi^s du progrès véritable. Docile à la doctrine de Jésus expliquée par son église, ferme dans sa foie, chrétien dans ses moeurs, dans ses institutions, dans sa littérature, le Canada reclame aujourd'hui une place honorable, sinon parmi les nations les plus nombreuses de l'univers, au moins parmi les peupies les plus attache < à Rome, les plus fidèles à Dieu et à son Eglise.

MM, gardons toujours les principes de notre civilisation chrétienne.

Rejetons avec indignation les doctrines contraires qui pourraient nous venir de l'autre côlé de l'océan, elles présageraient pour le Canada, décadence et ruine.

MM, à côté des merveilles de son Exposition, Paris pourra montrer aux millions de curieux accourus de tous les coins de l'univers, les ruines de Son Hôtel de Ville, le nouveau centre d'action que les peuples séparés de l'Eglise, ont donné à leur vie politique. Elles sont là, hideuses et menaçantes, souillées p:ir toutes les révolutions successives qui vinrent y déployer leurs orgies. Tout près s'élève dans sa force et sa majesté la vieille basilique de Notre-Dame.

C'est là que durant des siècles, peu-

pies et monarques vinrent adorer leur Dieu, le proclamer le premier roi des Francs, se faire gloire de prendre sa loi pour base ne leurs institutions sociales et lui redire le cri de fidélité chrétienne : Le Christ commande, le Christ règne, le Christ triomphe.

La vieille bas'lique attend le jour où la France repentante reviendra dans son enceinte, courber son étendard devant la croix et renouveler l'alliance qui lit sa force et sa prospérité antique.

Voilà, MM., le double symbole de la vie sociale, l'Eglise et l'Hôtel de ville. Ne nous faisons pas illusion, le peuple est le même partout.

Quand on le détache de L'Eglise, quand l'Etat veut se passer de «lésus et de sa doctrine, le peuple s'installe à l'Hôtel de ville, il se proclame le maître et tyrannise. Si la force arrête pour un temps ses violences, le peuple éclaire sa retraite à la lueur des palais et des hôtels de ville en (lammes, iJ jure de venir bientôt mieux préparé et plus fort.

Grâces à Dieu le Canada ne connaît pas encore ces horreurs. Puii-set-il n'en jamais faire l'expérience !

Pour cela, MM, soyons fidèles au passé

Ne déplaçons jamais la base de notre édifice national. Nos pères l'é fevèrent sur la tombe de ce grand évèque qui forma le Canada, Mgr de Laval. Ils le lâtirent sur le roc de l'Eglise, n'allons pas le placer sur le sable ou sur un terrain mou vaut. Il tomberait vite en ruine.

Tenons haut et feime le drapeau qui résume nos aspirations et notre programme politique: Nos institutions, notre langue et. nos lois.

Je suis heureux, messieurs, d'unir mes vœux aux vôtres pour la prospé rite du Canada, ma patrie d'adoption, j'ai retrouvé ici tout ce que j'aimais dans la vieille Bretagne monarchique et chrétienne, un peu pie paisible et laborieux, bienveil lant pour ses voisins, mais jaloux :1e ses droits et de ses libertés antiques, inflexible dans ses principes, fier de son passé, plein de confiance dans l'avenir; un peuple attaché à TE glise, la prenant pour centre de sa vie intellectuelle et sociale, aimant, et respectant ses prêtres comme des amis et des guides, et marchant d'un

pas assuré dans les voies de la civilisation et du progrès.

Salut au noble drapeau que des chrétiens viennent planter en ce jour aux piods des autels, salut à l'étendard de la St-Jean-Paptiste 1 Il résume le passé et r.ous montre le chemin de l'avenir. Il nous dit l'alliance intime de la société civile avec la société religieuse qui lui donne la vie. Que tous les Canadiens se rangent près de ce drapeau pour le maintenir toujours au chemin de l'honneur et de la civilisation chrétienne. MM, pas d'apathie, pas d'indifférence, ce drapeau ne repTésmte point une portion du pays seulement, il est la force môme du Can.-i.la, sa devise est le programme que tout canadien doit adopter et aimer de tout l'amour qu'il porte à sa patrie et à sa nationalité, nos institutions, notie langue et nos lois.

Sur ce continent cinquante millions d'hommes sont à l'œuvre | our civiliser et fonder. Chez nos voisins, aux Etats-Unis, il y a, il est vrai, grand nombre de catholiques, mais ils ne forment pas un tout compact, organisé en nation. Nous, ici, nous sommes un million de citoyens ran gés autour de la croix et du drapeau national, un million de chrétiens décidés à établir une nation chrétienne. Les Francs étaient moins nombreux autour de Olovis quand ils se donnèrent à l'Eglise; et la nation française sortit de ce berceau. Laissons fai:e Dieu et le temps. Nous aussi, nous verrons un jour un grand peuple rangé sur les bords du St. Laurent près de la croix et de son drapeau national, et l'histoire enregistrera les exploits d'une nation chrétienne, les faits et gestes de Dieu accomplis par les Francs de l'Amérique du Nord.

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