UNE NATION CHRETIENNE
Ce fut aussi sur ces bases que fut fondée la nationalité canadienne.
Exemple presqu' unique dans les temps modernes, on peut dans son histoire étudier le développement d'une société chrétienne dès son origine, et mettant en œuvre tous les éléments de progrès véritable que Jésus donne à ses sujets.
Près du berceau de ia colonie, nous voyons paraître le Sauveur dans la personne de ses ministres. Il dirige les premiers pas de ce peuple naissant, lui dicte ses lois, règle ses relations sociales et lui infuse un esprit
d'ordre, et de diei ipline qui lui don« aèrent plus lard un tempéramment gain et vigoureux.
L'Eglise et le peuple travaillent de
concert. Les PP. Récollets, les religieux de la G" de Jésus s'occupent des Ames, veillent au mœurs et secondent de tout leur pouvoir les desseins de Champlain, marquent à l'avance les points stratégiques qui seront plus tard des centres de civilisation : Québec, Montréal, Trois- Rivières et Sorel.
Le terrain préparé et déblayé de ses forêts primitives, Rome envoie à la Nouvelle France un de ces faconneurs de peuple qui, les formant à l'image du Verbe Incarné, les élèvent peu à peu aux sommets de la dignité humaine et en font de grandes nations chrétiennes.
Vigoureux et persévérant dans ses entreprises, zélé pour Dieu et son peuple d'adoption, humble et dévoué comme un apôtre, Mgr. de Laval frappa cette jeune nationalité d'un cachet indélébile. Il fit prévaloir en elle les principes chrétiens et la lança d'une main ferme dans les grandes voies de la civilisation.
Près du collège des Jésuites, le premier qui s'ouvrit dans l'Amérique du Nord, l'évoque de Québec fonda son Séminaire. De ces deux établissements, sortit tonte la force du Canada : des citoyens illustres, inébranlables dans leurs principes, patriotiques dans leurs sentiments, hardis explorateurs de la solitude, fondateurs de villes nouvelles, et des prêtres zélés, les amis et les guides du peuple d'ans la prospérité, leurs consolateurs et leurs défenseurs aux jours de l'adversité.
Le vieux collège est tombé. L'histoire seule aura désormais le devoir de rappeler sa mission aux générations futures. Mais son œuvre subsiste. Berceau de la nationalité canadienne, il la vit jeter autour de lui de profondes racines dans le sol, et avant de n'être plus que ruines, il a vu s'élever près de lui une nouvelle citadelle du savoir et de la religion, où la jeunesse canadienne continuera de se former à la piété et aux vertus qui font les grands citoyens.
Après avoir poursuivi pendant de longues années sa carrière civilisatrice, Mgr. de Laval s'endormit dans
le Seigneur, en laisant le Canada chrétien dans ses mœurs, dans ses institutions et dans ses lois.
Tous les successeurs du grand évoque de Québec continuèrent son œuvre. Ils maintinrent dans les familles l'honnêteté et la simplicité chrétienne, et par l'union intime du peuple avec ses prêtres, ils en firent un peuple de commerçants honnêtes, de cultivateurs heureux, paisibles comme des agneaux dans la paix, braves comme des lions dans la guerre, et trouvant alors fort naturel d'accomplir les actes du plus étonnant héroïsme.
L'autorité religieuse respectée comme représentant le Fils de Dieu aidant l'homme à se déifier, surveillant les intérêts des âmes, enseignant les droits de Dieu, les règles de la morale et de la justice, au besoin s' opposant à des mesures contraires à la loi divine et au bien-être de la colonie ; l'autorité royale prêtant généralement à l'action religieuse le concours de ses exemples et de ses actes, puis dans la sphère propre de son activité, travaillant au bien de la nation, encourageant les entreprises, les voyages de découverte, plantant partout la croix et se tenant près de cette croix pour la défendre contre l'ennemi ; le peuple soumis et content, heureux dans sa famille, libre dans ses aspirations, étendant petit à petit le long de la vallée du St. Laurent ses nouvelles paroisses, ses pittoresques maisons de bois, bâtissant d'humbles églises que remplacèrent bientôt des constructions plus solides dont les blanches murailles se mirent encore aujourd'hui dans les eaux du grand neuve !
Toutes ces populations bénies de Dieu dans leurs familles, industrieuses, hardies, prêtes à laisser la charrue pour prendre le mousquet et combattre l'Iroquois ou l'Anglais, puis, au lendemain de la victoire, arborant près de la croix du clocher le drapeau blanc de la France. Voilà, messieurs, l'histoire de cette colonie chrétienne et l'éducation première donnée par l'Eglise à cette jeune nation pour la préparer à ses destinées futures.
Un jour vint où le drapeau fleurdelisé disparut de la Nouvelle- France. La dernière fois qu'elle le vit llotter victorieux, ce fut sur les
hauteurs du Carillon. Un héros chrétien, Montcalm le tenait près de la croix plan têt1 après la victoire, double symbole de ce qui avait fait la civilisation chrétienne du Canada.
Bientôt sons les murs delà vieille ville de Québec, le drapeau blanc servait de l'incenl au guerrier chrétien, mais la croix restait debout.
Elle suffit pour sauver la colonie.
Ralenti dans son élan, mais non arrêté dans sa marche, le peuple Canadien continua de s1 avancer dans les voies de la civilisation chrétienne. Groupé autour de ses prêtres et de ses églises, il attendit. Il se sentait fort, disposé à défendre toujours les bases de sa nationalité :
ses institutions, sa langue et ses lois, arche d'alliance que l'Angleterre jura de respecter et de garder. Elle tint parole.
Aujourd'hui les Canadiens sont redevenus maîtres de leurs destinées.
Ils peuvent librement diriger leur civilisation et se faire leur avenir.
Quel sera cet avenir Messieurs ?
Question importante pour la nationalité Canadienne. Sortie de l'enfance, la colonie arrive maintenant à la jeunesse. Or les peuples comme les individus passent par des époques où il est pour eux d'une souveraine nécessité de ne pas prendre une fausse direction, et où il n'y a pas de fautes à commettre. Quand les uns et les antres restent fidèles aux inspirations premières qui les firent grandir, la jeunesse fortifie les habitudes de l'adolescence et préparc la vigueur de l'âge mur. L'arbre ne se développe bien que sur le sol qui le vit naître et dans les conditions climatériqnes qui aidèrent ses premières pousses, de même aussi un peuple ne progresse sûrement qu'en s' attachant à ses traditions, à ses institutions, à l'esprit qui lui donna la vie. Autrement il se condamne lui-même à périr. Le passé doit donc être pour nous le flambeau et le le guide de l'avenir.