LEUR CRÉATION
Paragraphe 1
Ï. — ANCIENS HOPITAUX D'ORIENT, D'ITALIE ET D’'ESPAGNE. — Depuis ses origines, l'Eglise a toujours considéré la charité comme la première des vertus. De là, ses œuvres d’assistance, alimentées par les prémices, les dîmes et les offrandes des fidèles. Les dons spontanés, commis aux mains de l’évêque pour le service des pauvres, paraissent avoir été très abondants dès le IIIe siècle. Tertullien ne dit-il pas aux païens, dans la rude crudité de son langage : « L’argent qui vous divise sert au contraire à nous réunir... Chez nous, tout est commun, les femmes exceptées ; chez vous, les femmes exceptées, tout est distinct ».
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Les veuves, les orphelins, les vieillards, les infirmes sont les objets privilégiés de la charité chrétienne. Ce sentiment se manifeste surtout par la manière avec laquelle les disciples du Christ exercent l’hospitalité. « Un étranger, écrit Franz de Champagny (in : la Charité chrétienne dans les premiers siècles de l’Eglise. 1856, p. 82-83) arrive le soir dans une famille chrétienne. Il est pauvre, inconnu... La famille se lève. On lave les pieds poudreux de cet étranger ».
Saint-Chrysostome n’a-t-il pas un budget régulier pour la distribution des aumônes aux indigents, le soin des veuves, la construction des premiers hôpitaux pour les infirmes et les lépreux, et des premières maisons de refuge ? (F. Mourret — les Pères de l'Eglise, p. 268).
Vers le IV® siècle, quand le christianisme devient, sous Constantin, la religion d’Etat, l’on se mit à construire des hôpitaux. On n'hésite pas à y contribuer par tous les moyens possibles, surtout à une époque où l’apparition de fréquentes épidémies demande une plus grande vigilance. Alors naît, vers 375, l’hôpital fondé par Saint-Ephraïm, à Edessa (Weyl (1), p. 293). Ces établissements ne sont cependant pas des hôpitaux, tels que nous les comprenons aujourd’hui : ils servent en même temps d’asile pour les étrangers et les mendiants. Ce n’est que dans les villes très populeuses que l’on sépare les unes des autres, les diverses catégories d’hospitalisés. Les établissements uniquement destinés au soin des malades se nomment des Nosocomies ; si l’on y reçoit aussi des étrangers et des miséreux, ce sont des xénodochies : à celles-ci des bains sont annexés et mis à la disposition de l’hospitalisé.
De tels établissements existent, dès le milieu du IN: siècle, à Sébaste et à Césarée.
Une des plus anciennes xénodochies est celle de Saint-Zoticus à Constantinople ; l’empereur Constance II la fait reconstruire (337-361). Nous avons déjà mentionné l’hôpital fondé à Edessa par Saint-Ephraïm en 375. Celui fondé par Saint-Basile, à Césarée de Capadoce, vers 369, est particulièrement célèbre. Il forme une ville particulière en dehors des portes de Césarée et contient des installations nécessaires au soin des malades, des auberges et des habitations pour les médecins et les infirmiers. « C’est l’hospitalité sous toutes ses formes (A. de Broglie : l'Eglise et l'empire romain au IV® siècle, t. V., p. 188-189). I1 y a le lieu de repos du voyageur, l’hospice du vieillard, l'hôpital du malade, avec un quartier réservé pour ces infirmités humaines qui trainent après elles la contagion et la honte. Au centre de ces bâtiments se dresse une vaste église. Tout alentour circule une population de gardiens, d’infirmiers, de fournisseurs, apportant les choses nécessaires à la vie. Au milieu de cette foule animée, Basile passe à toute heure, inspectant tout, parlant à tous, remplissant tout par son zèle. Un siècle encore après lui, tout ce quartier porte le nom de Basiliade. Cet établissement sert de modèle aux hôpitaux, qui se développent avec une telle rapidité en Orient que, dès le VI: siècle, tout évêché possède sa xénodochie. Car, dans chaque circonscription de son diocèse, administrée par un chorévêque, Basile établit un hospice.
De plus, fait remarquable touchant l’assistance aux aliénés, surgissent bientôt, sous l’inspiration de Saint- Augustin, de Fabiola, de Basile, dans les principales
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villes, des nosocomies. L’établissement de ces hospices permet de soigner des infortunés qu'auparavant on traitait comme des criminels. Et l’on cesse d’enfermer à perpétuité, dans les prisons publiques, comme c'était la coutume auparavant, les fous et les furieux (Chastel (2), p. 269) (+).
À l'influence du christianisme sont redevables les hôpitaux des Nestoriens en Perse, et non à celles des Grecs ou des Hindous. L’école de médecine de Dschondisabur, fondée par les Nestoriens, existe dès l’an 260 et se trouve encore mentionnée en 988 (Weyl (1), p. 294).
En Occident, les hôpitaux se multiplient beaucoup du temps de Grégoire le Grand (590-604). L'Espagne possède, dès 580, un grand établissement hospitalier, fondé par l’évêque Masana à Augusta emerita (Merida). Plus tard, ce pays se fait remarquer par le nombre et l'installation de ses hôpitaux.
A Rome, au IV: siècle, la {faberna meritorum, sert cer- ‘tainement à recevoir les lépreux. En 420, Fabiola, noble dame romaine, élève à cet endroit un hôpital, relié à une maison de convalescence, la villa languentium. En 593, lorsque les guerres et les calamités de toutes sortes
(#) Faisons ici une comparaison avec le siècle des Encyclopédistes, des «esprits forts», quelques années avant la venue du célèbre Pinel, le psychiâtre à l’âme charitable. « Au XVIII: siècle, écrit Sémelaigne (in : les grands aliénistes français, 1894, t. I, introduction), les aliénés ne sont plus regardés comme les victimes ou les complices du démon, des possédés ou des sorciers ; mais on les considère comme des êtres inutiles et dangereux, dont les écarts doivent être réprimés. De là, l'usage des cabanons et des chaînes de fer. Les fous, attachés dans leurs loges, servaient, comme les animaux d’une ména-
gerie, à l’amusement du public, qui les visitait les jours de fête ».
engendrent une misère effroyable, et que des malheureux fugitifs, chassés par les Lombards, se réfugient à Rome, les œuvres d’assistances de Grégoire le Grand se montrent à la hauteur de ces terribles nécessités. Par ses diacres, ce pape distribue les plus grands secours. À chaque grande fête, et tous les premiers jours du mois, il préside à des distributions de blé, de vin, de nourriture, de vêtements. Cette charité n’est pas faite au hasard, un ordre parfait y préside. Des diacres, choisis parmi les hommes intègres, en ont la responsabilité : des « vidames >» donnent l’hospitalité au nom de l’évêque, des femmes pieuses, « matriculæ ou mulieres de matriculis », dirigent des hospices charitables. (Thomassin, ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise). Plusieurs de ces hospices reçoivent des subventions du trésor de l’Empire, du public, et Grégoire veille à la rentrée régulière de ces contributions (F. Mourret, L'église et le monde barbare, p. 92).
Au VIIT siècle, sous le pape Adrien, plusieurs de ces hôpitaux et de ces diaconies sont restaurés. Dans chaque quartier, on érige des diaconies, établissements pour malades indigents. Rome en possède 20 sous le règne du pape Adrien et 24 au IX* siècle.
Léon XIII, successeur d’Adrien, fonde l’hôpital Saint- Pierre. Saint-Nicolas [* fait dresser une liste de tous les aveugles, boiteux, paralytiques, auxquels leurs infirmités ne permettent pas de se rendre aux divers établissements d’assistance sociale. Des personnes désignées par le pape leur portent des secours à domicile (Liber Pontificalis, IH, 461, in : Mourret : L'Eglise et le monde barbare).
Dès le VII: siècle, Milan entretient une maternité et
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une maison pour les enfants trouvés ; au XII° siècle, onze hôpitaux. Pise, au XIIL siècle, en a aussi plusieurs. Ceux de Valdichina sont cités par le Dante. La fondation de l’hôpital Santa Maria Annunciata de Naples, date de 1304; cent ans auparavant, c'était celle de l'hôpital de Santo Spirito, à Rome (Weyl (1), p. 295). Cette grandiose construction, faite par Innocent III, devait servir de modèle à l’organisation hospitalière que ce pape rêvait d'étendre à toute la chrétienté et dont il avait fait les plans. C’est dans ce but, qu’il préposait à cette organisation, le fondateur de l’Ordre du Saint-Esprit, Guy de Montpellier, et avec son aide, il entreprenait de réaliser ces plans dans tous les pays.
En 1338, Florence possédait 30 hôpitaux et asiles, avec plus de 1000 lits (Weyl (1), p. 296).
Paragraphe 2
II. — LES HOPITAUX EN ALLEMAGNE. — Charlemagne sépare les biens des églises et celui des pauvres (Weyl (1), p. 317-318), il donne les revenus des propriétés foncières à l’entretien du clergé, les dîmes sur les biens nationaux (fruits du sol) pour le tiers ou le quart au pauvres, et le reste à la libre disposition des curés. Cette ordonnance permet un entretien parfait des hôpitaux et des hôtelleries annexés aux couvents. Mais ces institutions s’évanouissent sous les successeurs apathiques du grand empereur ; évêques et princes séculiers s'emparent des biens de l’Eglise pour les utiliser dans
leur propre intérêt, quand, après la mort de Louis le
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Pieux, le traité de Verdun (843) partage en trois fractions l'Empire proche de sa fin.
La vie hospitalière connaît un renouveau malheureusement trop court, après que les synodes de Cologne (887), de Metz (888) et le concile de Mayence (888), sous le règne énergique, mais trop bref, de l’empereur Arnould (887-899), arrachent les biens d’Eglise à leurs injustes détenteurs et que l’on récupère le moyen de restaurer les xénodochies et les hôpitaux tombés en décadence. En 910, ces institutions disparaissent à nou veau ; les Magyares dévastent le pays et ne respectent ni xénodochies, ni hôpitaux.
Sous les empereurs saxons (919-1024), les conditions politiques générales laissent à l’Église une administration régulière de ses biens. Les puissants évêques d'alors, dans leurs villes épiscopales, soutiennent les hôpitaux existant auparavant ou créent de nouveaux établissements. Einhardt, évêque de Würzburg, construit, en 1097, un nouvel hôpital en dehors de celui qui existait déjà du temps des Carolingiens. Le même fait se passe à Hidelsheim, quant Saint-Gotthard (1022) monte sur le trône épiscopal. Le plus vieil hôpital de Cologne date du X:° siècle et, jusqu’au XIV siècle, leur nombre en cette ville s’élève à huit. Il y a en Allemagne, vers lan 1100, une maison d'asile, où l’on soigne les malades, dans chaque paroisse.
Outre les évêchés, les couvents soignent aussi les malades. Chaque couvent possède son infirmerie, destinée non seulement au personnel du couvent, mais encore aux populations environnantes. Parmi les couvents d'Allemagne ayant des hôpitaux, il faut citer ceux de Fulda, Corvey an der Weser, Kornelimünster, Epter-
nach, Laach, Siegburg, Priefingen, Weiïhenstephan, Isenburg, Arnsberg et Liesborn (1), p. 319.
Reinhold de Hildesheïim bâtit près du Dammthor, l'hôpital Saint-Jean pour des étudiants malades (Hurter (3), p. 263). A l’influence de la religion l’on doit aussi l’activité de l’infatigable consolatrice des malades et des pauvres, Sainte-Elisabeth, qui construit un hôpital au pied de son château de la Wartburg, où elle soigne tous les jours, elle-même, des femmes malades ; à son actif également l’hôpital Sainte-Anne à Eisenach, et celui de Reinhardtsbrunn. Le pieux landgrave Louis, son mari, fonde l'hôpital de la Magdeleine, sur le Bruhl, à Gotha. L'hôpital Sainte-Elisabeth, à Marburg, en 1234, passe à l’ordre des chevaliers teutoniques (Weyl, p. 319, et Hurter, loc. cit. p. 260).
A côté de ces établissements fondés par le clergé, on rencontre dans le cours des siècles suivants quelque chose de tout à fait nouveau, l’hôpital municipal. Mais, quand bien même l’adminisiration en est confiée au
pouvoir civil, l’action du clergé s’y fait encore sentir longtemps.
Les établissements se trouvant sous la tutelle de la ville prennent souvent le nom d’hôpitaux municipaux ou du Saint-Esprit. Ce vocable ne signifie pas toujours qu’ils dépendent de l’ordre du même nom que Guy a fondé à Montpellier au XII siècle. Quelques hôpitaux du Sud de l'Allemagne, mentionnés sous cette nomination dépendent d’une branche allemande de cet ordre. Par contre, dans le Nord de l'Allemagne, ils n’ont aucun rapport avec cet ordre religieux.
On peut se faire une idée de la richesse de l’Allemagne en hôpitaux, en songeant que Lammert a pu
retrouver, dans plus de 180 villes (Weyl, p. 321), grandes et petites, de l'Allemagne du Nord, des vestiges de ces établissements.
Paragraphe 3
ITf. — LES HOPITAUX EN ANGLETERRE. — En Angleterre, les xénodochies reliées aux couvents sont d’une origine assez ancienne. La xénodochie du cloître de Saint- Alban est fondée en 794.
L’existence des hôpitaux est prouvée dès le XI: siècle. En 1070, l'archevêque Lanfranc de Canterbury, précédemment abbé du Bec, en Normandie (Cf. Infirmeries conventuelles) crée un de ces établissements et, vers 1084, la léproserie de Herbaldown pour hommeÿ et femmes. Sous Henri IT, un second hôpital à Tarmington, en dehors de Canterbury, pour 25 lépreuses, et en 1137, un autre établissement pour les moines ladres. En 1101, Sainte-Mathilde, épouse de Henri I, élève l'hôpital du Christ et la léproserie de Saint-Gilles, int the Fields, qui, au XIV: siècle, reçoit d’autres malades. En 1102, on entreprend, à Londres, l’hôpital de Saint-Barthélemy ; en 1148, près de la Tour, l’hôpital Sainte- Catherine, fondation de Mathilde, épouse du roi Stéphan. La grande léproserie de Sherburn (1181) est, au début, destinée à recevoir 65 malades, et plus tard, elle se nomme Christ’s Hôpital (1), p. 178 et 335).
Parmi les autres petits établissements, citons l’hôpital de Saint-Thomas of Acon, élevé par Agnès, sœur de Thomas de Cantorbéry, vingt ans après la mort de ce dernier, survenue en 1170.
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L'administration des hôpitaux anglais reste entre les mains du clergé, jusqu’à l’introduction de la Réforme.
Paragraphe #4
IV. — LES HOPITAUX EN BELGIQUE. — Les asiles, hôtelleries et hôpitaux de Belgique et des contrées environnantes du temps de Charlemagne courent de grands dangers pendant les guerres entre les successeurs de Louis le Pieux (814-840). Dans la seule ville de Mons, les Normands détruisent sept hôpitaux. Malgré le zèle de l'Eglise à rétablir les hôpitaux et à veiller à leur subsistance, ces établissements demeurent pour beaucoup propriétés de chefs d’armées et d’évêques, qui en utilisent à leur profit les revenus. Vers l’époque des Croisades, on ne connaît en Belgique que les couvents de Saint-Trond et de Saint-Hubert, pour leurs installation destinées à recueillir et à soigner les malades et les malheureux. Au XII siècle, on y trouve de nombreuses léproseries.
En Belgique, de même qu’en Allemagne, la prospérité naissante des villes dès le XII siècle fait faire de plus grands progrès à la vie hospitalière. Du début du XIIe siècle, datent, à Bruxelles, les hôpitaux de la Sainte- Vierge et des Apôtres (1125), de Saint-Nicolas (1129), de Saint-Jean (1131), et des léproseries, comme celle de Saint-Pierre ; aux environs de Namur l’hôpital de Pitzembourg (1198), à Gand (1147) un hôpital propre aux lépreux ; l'hôpital d’Ypres, dans les Flandres (1117). La ville et la province de Liège sont particulièrement riches en hôpitaux.
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Aux XII et XIII siècles, les hôpitaux de couvents semblent s'être ressaisis de leur décadence du temps des successeurs de Louis le Pieux ; ils exercent alors la plus merveilleuse influence. Dans la province de Brabant, se trouve l'hôpital de Sainte-Gertrude, fondé aux VIII: ou IX: siècles, et qui, dans le cours des siècles, se transforme en couvent pour les dames nobles. Tout d’abord, il s’y rassemble toute la gent voyageuse, acteurs, chanteurs et même des filles publiques. La rénovation nécessaire est pratiquée sous Henri IV (1056). Un tiers des revenus est versé à l’abbaye, l’autre tiers à l’hôpital et le reste enfin aux chanoines. L’hôpital se scinde, par la suite, en deux parties : Saint-Nicolas pour les hommes, et le Saint-Sépulcre pour les femmes.
Le grand hôpital Saint-Pierre de Louvain est aussi très ancien. Dès le XI: siècle, il est des plus riches.
Au XIII siècle, l’administration des hôpitaux échoit à un collège composé de membres religieux et civils. Les hôpitaux fondés par les corporations pour leurs membres sont de même très nombreux (Weyl (1), p. 337 à 339). ;
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V. — HOoPITAUX DES GAULES ET DE FRANCE. — Les actes des Conciles (V® concile d'Orléans en 549, et 2° concile de Tours) sont les premiers documents qui intéresse l’assistance publique dans notre pays (Encyclopédie d'hygiène et de médecine publique (4, p. 10.
Les délibérations des conciles, du reste, se sont souvent préoccupés de l'argent des établissements
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d'assistance, afin qu’il ne soit pas accaparé au détriment des malheureux, par ceux que Molière appelait «des faux-monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée » (+).
Le premier hôpital semble bien être l’'Hôtel-Dieu de Lyon, fondé en 542 par Childebert, bien que certains hospices, comme celui de Châlons-sur-Marne, qui devait son existence au IIIe siècle, à Saint-Memmin, revendiquent la priorité (Encyclopédie — loc. cit. p. 10). L’Hôtel-Dieu de Paris a pour fondateur Saint-Landry, au VIT siècle.
Dans les premiers temps de la domination franque, les évêques créent de nombreux hôpitaux, jusqu’à ce que, avec la décadence de l'Eglise, ceux-ci disparaissent aussi. Charlemagne restaure les hôpitaux qui subsistent et en fonde d’autres. En 779, il ordonne dans son 63° capitulaire : « Ut episcopi, abbates, per xenodochia et monasteria eorum hospitale, uti antiquitus fuerit, faciant et sammopere curent, ut mullatænus prætermittatur ».
Le concile d’Aix-la-Chapelle, en 816, décrète : « Tout
(#) Assistance publique. — Lettre de St-Rémi, le métropolitain de la Gaule Belgique, à Clovis, qui vient de prendre le pouvoir.
« Une grande rumeur est arrivée jusqu’à nous, écrit l’évêque de Reims, on dit que vous venez de prendre en mains l'administration de la Belgique... Relevez ceux qui souffrent, protégez les veuves, nourrissez les orphelins, faites que tout le monde vous aime et vous craigne.….. Avec ce que votre père vous à légué, rachetez les captifs du joug de la servitude Si vous voulez régner, montrez-vous en digne ».
(Monum. Germ. hist. Epistolæ merovingici et Karolini œvi. t. I, p. 113).
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évêque doit faire ériger un hôpital pour les pauvres et les étrangers. Chaque clerc doit donner dans ce but la dîme de tout ce qu’il reçoit ».
(Canon 141) — Hefele — Leclerc (5), p. 14, LAN À 0 à
Charlemagne s’occupe aussi des hospices dressés sur les cols des Alpes. Il semble en avoir été sollicité par le pape Adrien. Après son règne, les hôpitaux et hospices alpestres tombent en décadence, comme en Allemagne. |
Saint-Bernard de Menthon élève ses deux hospices, du Grand et du Petit Saint-Bernard, à la fin du X° siècle. Celui du Grand Saint-Bernard, détruit au X° siècle par les Sarrazins, est reconstruit en 972 par l’évêque d’Aoste. Ces cols, bloqués par les neiges pendant les deux tiers de l’année, d’accès pénible et dangereux du fait des tempêtes, des ours et des brigands, sont des voies traditionnelles pour franchir les Alpes : chemins des invasions, des soldats, des marchands, des pèlerins. Les asiles de nuit pour voyageurs et pèlerins sont nombreux à cette époque, où l’on voyage beaucoup, malgré le peu de commodité et de sécurité des communications. En dehors des foires et des marchés, qui attirent les marchands, il y a les pèlerins. Aussi, les xénodochies de la période carolingienne se multiplient, où le voyageur à la bourse peu garnie trouve aide et assistance.
Au XIT° siècle, Saint-Pierre IT, archevêque de Tarentaise, bâtit deux asiles sur le mont de la Lésion et le mont Jura (Lallemand (6), p. 323-325).
En 1120, dans les rudes montagnes du Rouergue, nous ‘rouvons l’hôpital d’Aubrac. Ce dernier prend rapidement de l’importance ; il comprend des prêtres
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pour les secours religieux ; douze chevaliers, pour escorter les pèlerins et défendre la maison ; des frères, clercs et laïques, pour le soin des malades ; des oblats, pour le soin des fermes et de l’hôpital ; enfin des dames de qualité, ayant sous leur direction des servantes, pour laver les pieds, nettoyer les habits, et faire les lits des voyageurs. Dans la vie de Fr. d'Estaing, évêque de Rodez (par le P. Beau, 1656, p. 337) on lit : « qu’il arrivait souvent que l’abbaye distribuait jusqu’à cinq ou six mille pains dans un seul jour »> (V. Advielle) (7).
Partout, on sépare les hommes des femmes. Leurs vêtements, déposés parfois devant la porte des cellules, restent à la garde de l’hôtelier.
« Dans ces temps-là, il fallait, dans certaines provinces, veiller à la sûreté des chemins publics ; la religion s’en chargea >» (Gaume — in : (7), V. Advielle).
Un grand nombre d’hospices tombent pendant les guerres des successeurs de Louis le Pieux. Parmi ceux qui sont épargnés, on cite l’hôpital d’Artois, l'hôpital de Tonnerre qui date du X[I° siècle, l'hôpital du Saint- Esprit, de Marseille, de 1180. Le testament de Louis VIII, en 1226, mentionne l’existence de 2000 léproseries dans son royaume. Saint-Louis a le mérite de fonder plusieurs hôpitaux. Sous son impulsion, on vit éclore un grand nombre de ces établissements, dont le chiffre atteint, vers le milieu du XIIF siècle, vingt mille (Hurter (3), p. 260).
Aux XIVe et XV° siècles, les hôpitaux souffrent fort de la guerre de Cent Ans, qui lèse beaucoup leurs moyens d’existence. Avec la Renaissance, l'Eglise perd du terrain ; les belles années de foi, de charité du
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Moyen-Age déclinent ; dans nombre d’hôpitaux, l’administration n’a plus d’ecclésiastique que le nom. Le clergé sent diminuer sa valeur professionnelle et morale : il ne suffit plus aux soins assidus des malades. La Réforme approche, mais si elle diminue le nombre des catholiques, elle en relève la qualité ; elle est le coup de fouet qui ranime le clergé.
Cette transformation de l'Eglise, dans le premier tiers du XVTI° siècle, explique celle du monde hospitalier, la sécularitation d’un grand nombre d’hôpitaux.
C’est dans l’histoire de l’Hôtel-Dieu de Paris que l’on suit le plus facilement la lutte entre le monde laïque et le clergé. Elle donne une idée assez précise de ce conflit, c’est pourquoi nous en extrayons ces pages, à titre d’exemple (Coyecque (8) l’'Hôtel-Dieu de Paris au Moyen-Age, p. 184 — et rem. I) :
« L’Hôtel-Dieu n’était pas seulement un hôpital dans le sens actuel du mot, destiné à recevoir des malades des deux sexes, de tout âge, à l’exception des lépreux, mais aussi les pauvres sans distinction de nationalité, et même des pensionnaires trouvaient un asile dans cette « maison de Dieu >» (Coyecque, vol. I, p. 19). Depuis qu’il en est fait mention (829), jusqu’en 1505, l'Hôtel-Dieu de Paris avait été exclusivement administré par des religieux, comme cela était aussi la règle dans d’autres établissements. A la tête, se trouvaient deux proviseurs élus pour un an par le chapitre de Notre-Dame, dont un maître et une prieure étaient responsables de la gestion de la maison. Cette institution existant depuis sept siècles, sembie s'être montrée à la hauteur de ses fonctions jusqu’au XIV° siècle. Maïs vers la première moitié du XV*° siècle, de graves inconvénients se firent jour dans l’hôpital. Le maître de l’Hôtel-Dieu refusa de rendre des comptes réguliers de ses actes au chapitre, les infirmiers quittaient l’établissement sans permission et aimaient à entretenir avec les sœurs de «familiers colloques », malgré les peines sévères auxquelles les condamnait le chapitre. Sans respect pour les malades, et en présence de ceux-ci et des visiteurs étrangers, frères et sœurs se dirent les plus énormes grossièretés. Les repas en commun au réfectoire cessèrent ;
chacun s’en allait manger où cela lui plaisait, et lors d’une perquisition, on trouva un escalier caché qui, des chambres des sœurs, conduisait à celle du maître. Le soin apporté aux malades s’en ressentait, et les plaintes au sujet de mauvaise gestion, de prévarications et de tromperies, ne voulurent plus cesser.
Louis XI, en 1482, eut vent de ces irrégularités. Le chapitre essaya d’introduire quelques réformes, mais ce fut sans succès. En 1497, le chapitre se vit obligé de déposer le maître d’alors et de le jeter en prison, car il ne voulait pas rendre compte de sa gestion. Quand alors on y installa un nouveau « boursier », ce fut une révolte ouverte qui éclata à l’hôpital, au cours de laquelle on menaça de mort les nouveaux employés. Les sœurs, à cette occasion, se conduisirent comme de véritables mégères. Quand, le lendemain matin, deux envoyés du chapitre voulurent ramener les sœurs à la raison, et les bläâmèrent à cause de leur négligence dans le service, celles-ci soulevèrent les malades en leur racontant que la commission d’inspection voulait voler l’hôpital et causer du tort aux malades. C’est avec beaucoup de peine, que les deux envoyés du chapitre purent s'échapper de la fureur des sœurs et des malades. En 1498, le règlement de compte du maître déposé n’était pas encore terminé. C’est alors que le Parlement se mêla de l'affaire, mais le calme ne put être rétabli à l’hôpital, car malgré l'avis du chapitre, il se refusait à faire entrer quatre bourgeois de Paris dans l’administration. On peut bien penser quelle fut la situation des malades au milieu de cette lutte entre le chapitre et le Parlement. Le roi Charles VII perdit enfin patience. En 1498, il ordonna au chapitre d’avoir à ramener l’ordre à tout prix. Si le chapitre s’en montrait incapable, il prendrait luimême la chose en mains. Après plusieurs tentatives infructueuses, le chapitre se déclara incapable et pria la Ville de Paris de prendre la direction de l’Hôtel-Dieu. Ceci se passait le 5 mai 1505. C’est donc cette année là que le pouvoir civil s’introduisit dans l’administration de l'hôpital, et de cette circonstance, découlent pour le sort ultérieur de cet établissement de nombreuses conséquences. Le Moyen-Age était passé aussi pour l’'Hôtel-Dieu, les temps modernes commençaient. (Coyecque, vol. 1, p. 173. Felibien, vol. 1, p. 388).
Mais l’administration nouvelle rencontra de très grandes difficultés, parce que les revenus de l'hôpital avaient beaucoup diminué, par suite de la guerre de Cent ans, et que les dettes précédentes étaient incomplètement ou pas du tout payées. Malgré un zèle de plusieurs années, elle ne réussit pas à rétablir l’ordre dans ses finances. Les soins, le traitement et la visite
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des malades laissaient fort à désirer, d’autant que les sœurs, malgré les menaces d’emprisonnement et d’excommunication, ne voulaient pas obéir au nouveau règlement. Comme auparavant, elles continuèrent à vivre de la façon la plus déréglée; elles s’abandonnaïent aux frères, aux domestiques et aux livreurs ; on les rencontrait là où elles n’avaient rien à faire ; elles mangeaient et buvaient avec n’importe qui et abandonnaient le soin des malades aux sœurs converses. En 1535, le roi se vit de nouveau obligé de se mêler à la question. Une perquisition démontra toutes les turpitudes que nous avons déjà signalées, et prouva en outre que les sœurs s’appropriaient de grandes quantités de linge au détriment des malades. On expulsa donc les religieuses coupables et on en fit venir d’autres d’un ordre différent (Coyecque, vol. 1, p. 192, 337- 338) - (Weyl, p. 307-308-309).