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ORGANISATION DES HOPITAUX

L'admission des malades. — La propreté.

La nourriture. — Les soins. — Les lits.

La garde des malades. — La sortie de l'hôpital (*)

« Dans les maisons désignées par le maître de l’hôpital, « lorsque le malade se présentera, voici comment il sera reçu : « Ayant d’abord confessé ses péchés au prêtre, il sera commu- « nié religieusement, puis on le portera au lit, et là, le traitant « comme un seigneur, suivant les ressources de la maison, « chaque jour, avant les repas des frères, on lui servira chari- « tablement à manger » (10).

(Le Grand, p. X).

(*) Pour ce qui a trait aux maternités, voir chapitre : « Hygiène de la grossesse ».

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Cette belle formule qui est la conséquence des usages pratiqués dans l’ancien hôpital fondé par les gens d'Amalfi, ancêtre du premier hôpital de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, remonterait aux premiers siècles du christianisme. Elle domine toute la législation hospitalière du Moyen-Age.

On manque de renseignements sur la façon dont sont administrés les hôpitaux pendant les premiers siècles du Moyen-Age. À part quelques notions sur le régime intérieur des hôpitaux de Rome fournies par le Liber diurnus (Edit. Sickel, 1889, p. 62 et 63), au IX: siècle, il faut descendre jusqu’au XII siècle pour trouver le premier texte, qui renferme à ce sujet des indications précises.

Entre 1125 et 1153, sont promulgués les statuts de lPhôpital Saint-Jean de Jérusalem, qui exercent une puissante influence sur ceux des autres établissements .charitables.

Il ressort nettement des travaux de Coyecque, Lallemand, Chastel, Le Grand, et d’autres auteurs qui se sont attachés à l’étude du Moyen-Age, que dans l’immense majorité des cas, on ne soigne à l’hôpital que les indigents. Les malades fortunés sont traités à domicile. Le pauvre, donc, qui se sent atteint dans sa santé, n’a qu’à se présenter à la porte de l’hôpital, et exprimer au frère portier ses doléances. La prieure est alors requise et, suivant la vacance des lits, elle admet ou non le malade. En cas d’urgence, ou de maladie manifeste, l’admission est toujours concédée.

Les pauvres, à qui les forces ne permettent pas de se rendre à l’hôpital, ne sont pas pour cela délaissés. Des frères parcourent la ville pour les recueillir. A

Angers, la tournée de ces frères se fait deux fois par semaine, et l’on peut lire, dans le règlement de l’Hôtel- Dieu de cette ville, qui date des premières années du XIIIe siècle, au statut 5 :

« De recepsione autem pauperum ita provisum est quod ad querendum infirmos per civitatem bis in hebdomada proprios nuncios transmittemus quarta videlicet et sexta feria ».

(Le Grand (10), p. 23).

Cet article rappelle le paragraphe XI de la règle du Saint-Esprit de Montpellier, soucieux également que les malades ne soient pas abandonnnés dans les rues ou les places publiques. Leur hospitalisation est imposée et les soins les plus attentifs sont exigés :

«Pauperes infirmi per vicos una die cujuslibet hebdomadæ et per plateas querantur et in domum Sancti Spiritus deferantur et eorum curam diligentissime habeant ».

(Migne, Patrolog. lat., t. CCXVII, col. 1146).

Dans la plupart des villes, la Maison-Dieu est située au voisinage de la cathédrale, le pauvre malade n’a qu’à s’offrir devant le portail de l’église, à la pitié des fidèles et il est porté à l’hospice par des mains charitables.

Entré à l’hôpital, le malade est lavé, réconforté, puis mis dans son lit où il attend la visite du médecin.

« Après, sanz la garde et les veilles de jor et de nuit, que les frères de l’ospital doivent faire de ardant et de devot corage as povres malades com à seignors, fu ajoint en chapistre général que, en chacusne rue et place de l’ospital où les malades reposent, que IX sergents soient prest à leur servise, qui lavent lor piés bonnement, et les eissuent de dras, et facent lor liz, et amenistrent as languissans viandes necessaires et

profitables et hobeyssent en toutes choses au profit des malades ». =

(Statut 9 de St Jean de Jérusalem. Promulgué par Roger de Moulins en 1181. — in: Le Grand (10), p. 13).

Les grands malades ont chacun un lit; il n’y a d'exception que pour les moins sérieusement atteints et seulement lorsque le trop grand nombre d’hospitalisés dépasse celui des lits.

De plus, si la gravité du cas l’exige, on les transporte dans des chambres d’isolement, dont nous reparlerons à propos de la construction des hôpitaux (*).

« Premièrement, soit enjoinct à ceux qui ont la charge de coucher les malades, qu’ils mettent les griefs malades chascun à part soy en ung lit, sans compaignon, sinon au cas qu’il en eust si grans multitude que les litz de la maison n’y peussent fournir ».

(Année 1494 — Ordonnances (du chapitre) pour l’Ostel-Dieu et pour le bien des pauvres. In : Coyecque (8) — Hôtel-Dieu, t. II, p. 208).

(#) Ceci est à rapprocher, tout à l’avantage du Moyen-Age, de l'hygiène hospitalière des siècles suivants.

Un acte officiel, du 1° juillet 1525, nous donne des renseignements sur la situation des malades de l’Hôtel-Dieu de Paris, à cette époque. Il s’agit d’une lettre écrite au Parlement par Jehan Briçonnet, président de la Cour des Comptes, qui s’acquit de grands mérites à propos de cet hôpital. Il parle notamment de 5, 6 malades et plus, couchés dans un même lit, des pestiférés à côté de varioleux et même avec des convalescents (Coyecque — Vol. I, p. 338).

Voici une autre description de l’'Hôtel-Dieu, datant de 1765:

« Qu’on se représente une longue enfilade de salle contigués, où l’on rassemble des malades de toute espèce, et où l’on entasse souvent, 3, 4, 5 et 6 malades dans un même lit ; les vivants à côté des moribonds ; l’air infecté des exhalaisons de cette multitude de corps malsains, portant des uns aux autres les germes pestilentiels de leurs infirmités ; et le spectacle de la douleur et de l’agonie de tous côtés offert et reçu. Voilà l'Hôtel-Dieu ». d’Alembert. — Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des Sciences, Arts et Métiers — 8 vol. (article Hôpital et Hôtel-Dieu).

Le personnel hospitalier doit veiller tout spécialement à ce que les lits soient faits correctement, de façon que les malades puissent y reposer à leur aise. La propreté des draps est de rigueur. Ceci se retrouve dans de multiples règlements d’hôpitaux. Le souci qu’on prend des lits des malades est, du reste, bien prouvé par le fait qu’on exige qu’ils soient fait par les sœurs et non par les employés subalternes. Le change du linge a lieu au moins une fois par semaine, et une fois par jour si la propreté l’exige.

« Et la tierce fois ajousta que les liz des malades fucent faits en longueur et en largeur au plus convenable que estre poyssent à reposer, et chascun liz eut ses dras touz propres ».

(Statut 3 de Roger de Molins (15 mars 1181) de l’hôpital Saint Jean de Jérusalem (Le Grand (10), p. 13).

« Nunquam sorores vel ancillæ lavent pedes fratrum, vel capita, vel lectos faciant, sed infirmorum in domo jacentium ».

Statut 33 — Hôtel-Dieu de Paris (1120). Le Grand, p. 48). « Les sereurs doivent : en refaire les lis en linchens nès et honiestes et couvretoirs..… >.

(Chap. II — Statut V —— Hôpital Comtesse, à Lille (1250). Le Grand, p. 87).

91. — « Grabata infirmorum munda sint, cum pulvinaribus et culcitris, secundum quo melius poterit fieri ».

92. — « Linteamina ad minus semel in hebdomada abluantur : semel in die si necesse fuerit ».

93. — « In quolibet lecto duo sint coopertoria. — In hyeme tria, cum suis vestimentis ».

(Satuts 91-92-93 - Hôtel-Dieu le Comte, à Troyes( 1263), Le Grand, p. 116).

« Mox interdiu lectuli sternuntur per subinfermarium, cum duce tum custodum ; quæ sunt sordida lintea mutantur. Egroti qui possunt, e lectis surgunt ; qui nequeunt, prout potest, lecti tamen complanantur ».

Rapport de Portinari à Henri VIII d'Angleterre.

In : Passerini — Sforia diali stabilimenti di benifenza… di Firenze — in-8 — 1853 (Cité par Lallemand (6), t. III).

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Le service médical est assuré par des praticiens spécialement attachés à létablissement. Cela est certain pour les hôpitaux dépendant de couvents ou de cathédrales. On le constate longuement en lisant le livre de Dubreuil-Chambardel sur les Médecins dans l'Ouest de la France aux XI° et XII: siècles.

Naturellement, dans les infirmeries conventuelles, lParchiâtre est un moine formé dans une des nombreuses et alors célèbres écoles d’abbayes ou de villes réputées, comme Montpellier. Les clercs séculiers médecins sont ordinairement chargés du soin des malades dans la Maison-Dieu située au voisinage de la cathédrale. Ils n’ont, dans cet établissement qu’un rôle strictement professionnel à remplir, la direction du personnel et la gérance des fonds appartenant à un membre du chapitre, spécialement désigné pour s'occuper de ces fonctions (Dubreuil-Chambardel (2), p. 191).

L'heure des repas arrive. C’est d’abord aux malades que l’on songe ; ils sont servis avant le personnel : tous les statuts le déclarent nettement. Mais avant de les servir, il faut procéder aux ablutions. La cloche ayant tinté, les infirmiers doivent apporter à chaque hospitalisé de l’eau et un essuie-mains,

A Fiorence, par exemple, l’heure de la réfection sonne, un serviteur prend quelques pains, les coupe en longues tranches. Pendant ce temps, d’autres serviteurs apportent deux serviettes à chaque administré. Le patient en place une sur une planche formant table, posée sur le coussin de son lit ; il garde l’autre pour essuyer ses mains et sa bouche ; peu après, les servants présentent l’eau, froide en été, chaude en hiver, et leur tendent les essuie-mains. Là-dessus, les textes sont

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formels, les malades, les frères, les sœurs doivent se laver les mains avant de se mettre à table (Lallemand (6), p. 189 et 207. Citations des statuts des hôpitaux de Pontoise, Lille, Angers, Montdidier, Paris..….).

« Statutum est autem, quod singulis diebus, antequam fratres eant pransum, pauperes reficiantur, et, ad sonum tintinabuli, omnes sorores, sine aliqua excusacione, accelerent, et dominis nostris pauperibus cum omni humanitate et benignitate ministrent, dantes aquam cum manutergis ad collum..…. >.

(Statut 8 — Hôtel-Dieu d'Angers — prem. années du XIII° siècle) — (10), p. 24).

Que sert-on aux malades ?

Dans les régions du Nord, la chair de porc domine ; à Paris, c’est ia chair de mouton. Le bœuf est moins fréquemment servi. Les autres mets courants sont les poissons, la bouillie, les œufs, les pois, les légumes, le lait, le fromage.

À Paris, où l’on a tendance à trop admettre les malheureux au-delà des ressources, la portion de chaque malade s’en ressent : «une ration d’enfant de chœur ». Est-ce suffisant ? ajoute Coyecque (8) (t. I, p. 86-87), nous n’oserions le prétendre.

Ce même auteur mentionne au nombre des vivres servis à l'ordinaire : des potages aux amandes, des œufs, des poissons de mer et d’eau douce, des figues, des raisins, du gruau, des pommes de capendre, des poires, des tartes.

Les griefs malades, écrit Coyecque (1, p. 86) sont mieux servis : on leur donne du meilleur vin, la volaille leur est réservée. On ne les nourrit guère que de chapons, oisons, poussins ou pigeons. Les jours de poisson, au lieu de morue ou de merlan, on leur sert un plat de petits poissons frits.

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Après la réfection des malades, c’est le tour du personnel : frères, sœurs, servantes. Auparavant, le lavement des mains est également exigé. Son rituel est soigneusement rédigé dans les règlements.

« Devant le mangié dou matin et dou souper à heure souffisant doit-on sonner une cloque ki puist estre oïe par toutes les offecines de la maison, pour chou que li frères et les sereurs viegnent sans demorée al mangier, et quant ils ont leurs mains lavées, li prieuse ou celle à qui elle commandera doit sonner une cloquette.… et tantos li couvens doit entrer en refrotoir, faire le beneichon et mangier en silence ».

(Statut VII de l'Hôpital Comtesse, à Lille, fondé en 1237) (Le Grand (10), p. 71).

« Il est à savoir que, après réfection des malades, la prieuse doit sonner le eschiele dou refrectoir… Et lors les sereurs s’en venront par le laveoir et après se rassembleront au refrec- Loir. >.

(Statut 15 de de l’'Hôtel-Dieu de Vernon (règne de Saint-Louis) (Le Grand (10), p. 167).

Il en est de même pour les sœurs qui ont dû rester à la garde des malades, pendant le repas du personnel de l'hôpital :

Lire Celles qui (les sœurs) les ont gardez (les malades), et les autres qui ont été en occupation des besoignes de la meson, parveignent ensuite et se assembleint au refrectoir, leurs mains lavées, et usent des mêmes aliments et de ce mesme vin que les premières ».

(Le Grand, p. 171).

Les soins sont confiés aux femmes (sœurs, novices, chambrières) sous les ordres de la prieure (Lallemand (6), p. 213). De plus, comme le personnel soignant est en majeure partie composé de religieuses, astreintes, de par leur règle, à des exercices de piété, il est prévu dans les statuts que les malades ne doivent pas en souffrir. En conséquence, les infirmières ou infirmiers sont

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dispensés des offices religieux pendant le temps consacré aux malades, ou s’ils ont eu la fatigue d’une garde de nuit.

< Tam fratres quam sorores qui sant fuerint, intersint misse et vesperis et matutinis, in quocunque sint Domus officio nisi aliqui vel alique pro necessitate infirmorum remanserint.

(Statut 19 — Hôtel-Dieu de Paris (1220) (Le Grand, p. 46).

& Toutes les sereurs, s’elles ne sont malades ou elles n’ont veilliet celle nuit pour wardier les malades doivent oïr matines chascun jour... >.

(Chap. I — Statut II de l'Hôpital, à Lille (1250) (Le Grand, p. 65).

On trouverait des règlements identiques au statut 24 de l’Hôtel-Dieu le Comte, à Troyes ; au statut 8 de de l’Hôtel-Dieu de Saint-Pol ; au statut I de l’Hôtel- Dieu de Pontoise ; au statut 14 de l’Hôtel-Dieu de Vernon, etc... |

Dans chaque hôpital, c’est la prieure qui désigne les sœurs chargées de la garde de nuit. La veillée durera jusqu’à matines, moment où tout le personnel se lève :

« Usque ad matutinas dum conventus surrexit ». (Troyes XCIV ; Paris XXIV ; Angers X, etc...).

À Paris, les sœurs de nuit ont 3 pintes à boire pendant les heures de garde ; à partir de 1337, cette ration est portée à 5 pintes, en vertu du legs du chanoine Eudes, de Sens.

La prieure est tenue à des rondes de nuit (Coyecque, SL Dr).

Voici queiques s atuts de différents hôpitaux, au sujet de la veille des malades :

« Una autem soror, et una pedisseca, vel etiam plures, si necesse fuerit, qualibet nocte vigilent ut infirmos custodiant et eis de nocte necessaria subministrent, et ad communicandum infirmos, si necesse fuerit, vocent vel vocari faciant sacerdotes.

(Statut 10 —— Hôtel-Dieu d'Angers — XIII° siècle) (Le Grand, p. 25).

« Quod si ad tantam infirmitatem devenerit ut a communi consortio removeatur et in infirmaria pauperum ponatur tunc diligenti etiam quam prius in omnibus provideatur, et nrunquam sine custodia relinquatur.

(Statut 22 — Hôtel-Dieu de Paris (1220) (Le Grand, p. 46).

« In die infirmi a sororibus diligenter visitentur qualibet nocte duæ sorores vel puellæ statuantur a priorissa ad serviendum et ministrandum pauperibus ; et vigilent usque ad matutinas, dum conventus surrexit.

(Statut 94 —— Hôtel-Dieu le Comte, à Troyes (1263) (Le Grand, p. 116).

« Una sororum et una ancillarum qualibet nocte semper vigilent coram infirmis ita quod quælibet vigilet una post aliam, ad noctem ei spectantem.

(Statut 29 —— Hôtel-Dieu de Saint-Pol (1265).

Lorsque le malade est guéri, il ne sera pas renvoyé tout de suite de l’établissement. On le gardera encore 7 jours, afin de consolider sa guérison. Cette façon d'agir se retrouve dans la plupart des statuts.

ESr Et ne aliquis sanitati restitutus pro nimia festina recessione recidivum patiatur, septem diebus sanus in dome sustentetur.

(Statut 22 — Hôtel-Dieu de Paris (1220) (Le Grand, p. 46).

— Et quand il aura sa santé recouverte, par sept jours soit soutenu en la maison, pour ce que il ne renchée.

(Statut II — Hôtel-Dieu de Pontoise, en 1265) (Le Grand, p. 138).

— Si malades, quant il guerira, avant cen que il se desparte, sera soutenuz en la meson par VII jorz sains, qu’il ne rechiée

en le

en sa maladien, ou tant cum la prieuse ou les gardes des malades verront que metiers sera.

(Statut II — Hôtel-Dieu de Vernon (règne de Saint-Louis) (Le Grand, p. 161).

Quelle était la mortalité dans les hôpitaux du Moyen- Age ? Rien ne permet de dire qu’elle était anormale. Les chiffres considérables cités, s'appliquent, le plus souvent, aux siècles suivants, où en tout cas aux périodes des terribles épidémies de peste. Ce qui, du reste, n’est pas particulier aux hôpitaux, mais est général à l'Europe entière, aux campagnes comme aux villes.

Et avec Coyecque (+), nous pouvons dire : « grâce aux Comptes de l’Hôtel-Dieu, la légende a disparu des 10.000, 15.000 et même 30.000 décès par an, qui fournissait à maint écrivain un thème fécond en développements faciles sur l'insuffisance des hôpitaux au Moyen-Age ; sans ces comptes, plus d’un n’hésiterait pas à reprocher aux architectes des XII et XIII: siècles de n’avoir pas élevé leurs constructions sur le modèle de Lariboisière ou de Tenon ».

CONSTRUCTION DES HOPITAUX. — Les premiers hôpitaux, que voit se construire le Moyen-Age, ne se distinguent pas tous des maisons particulières (Weyl (1), p. 352 et suivantes). ,

En se reportant au chapitre sur les anciens hôpitaux d'Orient, on voit comment on passe, suivant les besoins d’une contrée, de l’hôtellerie à l’hospice, et comment se fondent les xénodochies et les nosocomies.

Bien que toutes ces constructions aient complètement disparu de nos jours, on peut se faire cependant une

(*) Coyecque — L’Hôtel-Dieu de Paris au Moyen-Age. — t. II — introduction — p. II.

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reproduction assez exacte de leurs dispositions, en se reportant aux maisons et aux hôtelleries de la Turquie ou de l’Asie-Mineure contemporaine. La façade étroite et sans apparence se rattache à 2 ailes latérales, dont toutes les chambres sont aménagées au premier étage et donnent sur une galerie. Entre ces ailes se trouve une cour plantée d’arbres et contenant le puits. Les chambres de ces ailes latérales hébergent quelques étrangers. Dans le bâtiment de façade, plusieurs grandes pièces sont affectées aux repas en commun. Les écuries et les logements des valets sont au rez-dechaussée dans les ailes latérales (Weyl).

‘Dans les hôpitaux de couvents d'Occident (se reporter à ce chapitre), par exemple à Farfa, Saint- Trond, et dans le célèbre plan du couvent de Saint- Gall (820) l'hôpital est toujours séparé des autres constructions. Un grand progrès est ainsi réalisé.

À Saint-Trond, l’hôpital est entouré de jardins, afin d'assurer l’aération la plus complète des salles de malades. À Saint-Gall, il est partagé en plusieurs parties, dont l’une appartient aux malades gravement atteints. On y remarque un bâtiment destiné aux saignées et aux purgations. Les salles de bains, la cuisine des malades, la maison des médecins, le jardin des simples complètent cette installation.

Dans ces conditions, l'hôpital en commun est par le fait abandonné et remplacé par une sorte d’hôpital spécial, combinaison que l’on croit généralement être d’origine contemporaine. Les dimensions des surfaces octroyées à chaque malade peuvent être évaluées, en ce qui concerne Farfa. Dans ce couvent, le quartier hospitalier comprend un ensemble de bâtiments se

composant de 6 cellules de malades, dont 4 de même grandeur (8 m. 90 X 7 m. 60) avec 8 Lits et autant de cabinets d’aisance. On y trouve, en outre, une salle de bains, une chambre réservée au nettoyage des objets et vêtements appartenant aux malades. L'installation de nombreux cabinets d’aisance en dehors des salles de malades, dans un bâtiment particulier réuni à elles par une allée, montre bien le souci que l’on a, dans les couvents de Farfa et de Saint-Gall, d’éloigner le plus rapidement possible les immondices.

Les hôpitaux des XII, XIII et XIV® siècles sont le plus souvent situés en dehors des villes ou à leur périphérie, souvent aussi à proximité d’un cours d’eau, pour faciliter leur alimentation en eau et l’éloignement des immondices.

Dans ces hôpitaux, de grandes salles claires et vastes, dont les fenêtres vont jusqu’au plafond, et servent souvent de portes pour conduire aux jardins, sont séparées par des cloisons fixes ou mobiles en plusieurs compartiments. Dans la salle de malades même, ou dans la chapelle en communication avec elle, se trouve un autel. Les mêmes dispositions se retrouvent au célèbre hôpital de Santo Spiritu à Rome, à celui de Tonnerre, fondé vers 1300, et à l’hôpital du! Saint-Esprit de Lubeck (vers 1234) (Weyl).

Les salles sont entourées de jardins où les malades peuvent trouver des lieux spécialement adaptés au repos en plein air. La plupart du temps, les cuisines et les hôtelleries sont situées dans des corps de bâtiments spéciaux, qui les rendent indépendantes des salles de malades.

Les hôpitaux revêtent, sous Saint-Louis, un caractère

artistique. Ceux de Beaune, de Tonnerre, d’Ours camp, dont les restes sont on ne peut plus remarquables, attestent avec un goût intelligent, une grande sollicitude pour le bien-être des malades.

La charité la plus tendre éclate dans les chartes des princes comme dans les testaments particuliers. Les fondations charitables pullulent. Les hospices, en particulier, sont organisés avec un sens pratique étonnant. « Dans le peu d’hôpitaux qui nous sont restés, dit Viollet-le-Duc, nous trouvons un esprit de charité bien entendu et délicat. Ces bâtiments sont d’un aspect monumental, sans être riches. Les malades ont de l’espace, de l’air, de la lumière. Ils sont séparés les uns des autres ; leur individualité est respectée » (Dictionnaire d’architecture, de Viollet-le-Duc — au mot Hôtel-Dieu).

A Tonnerre, dans le superbe hospice fondé par Marie de Bourgogne, belle-sœur de Saint-Louis, la grande salle est divisée de telle sorte que chacun a, non seulement son lit, mais sa chambrette particulière ; des cloisons d’une élévation suffisante partagent cette vaste nef en petits compartiments, et tout autour, sous la voûte, règne un promenoir à balcon, d’où l’on peut surveiller les malades.

Grâce au Saint Roi est bâtie, à Paris, la cité des aveugles des Quinze-Vingits, non point, comme l’a dit une légende, pour des gentilshommes auxquels les Sarrasins auraient crevé les yeux, mais pour 300 indigents. Là, chaque hôte a sa maison à soi ; l'établissement n’est qu’une agglomération de petites maisons particulières, où les pauvres aveugles vivent avec leurs femmes et leurs enfants. Grâce encore au roi, Vernon a sa Maison-

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Dieu, et aussi Compiègne et Pontoise ; l’'Hôtel-Dieu de Paris s’accroît.

Autant que nous pouvons l’imaginer, les hôpitaux du Moyen-Age sont donc, dans le vrai sens du mot, des installations très hygiéniques (Weyl (1), p. 356), donnant au malade un espace clair et facilement aéré et des soins assidus (*).

Le Moyen-Age mérite-t-il alors toutes les critiques dont on l’accable au nom de l’hygiène ? Si la science . médicale a encore d’immense progrès à faire, les efforts intelligents de la charité viennent à bout d’y suppléer. Et c’est certainement un des côtés les plus frappants de la religion du Moyen-Age que cet empressement unanime à soulager la misère d’autrui. On évalue à plus de 200.000 livres tournois les dépenses de Saint-

(#) Faisons ici un nouveau parallèle avec les siècles suivants; au temps de la Renaissance, on veut tirer un plus grand parti de la place occupée par les hôpitaux. On agence donc les salles autour d’une cour, puis on construit des bâtiments à plusieurs étages (Weyl, p. 356) : ce qui diminue laérage et Vinsolation des salles. On utilise mieux la place, mais on appauvrit les conditions hygiéniques de Vétablissement. Les constructions des siècles suivants nous montrent une régression encore plus accentuée. Ce qui, jusqu'ici n’était que l'exception, comme la superposition : de plusieurs étages, devient la règle. On peut ainsi, à meilleur compte se procurer le nombre de lits nécessaires, car l’esprit de charité, qui animait le Moyen-Age, a beaucoup diminué, et les fonds pour construire de nouveaux hôpitaux ne se trouvent plus que difficilement. On trouve l’exemple de semblables constructions, à l'hygiène des plus précaires, dans presque toutes les grandes villes, à la Charité de Berlin, à l’'Hôpital-Général de Vienne, à l'Hôtel-Dieu de Paris (Weyl, p. 360 et 361). Ces constructions se sont en partie maintenues jusqu’à la fin du XIX° siècle. C’est d’elles qu’un Français put dire : «Les malades n’y meurent pas de l’affection pour laquelle ils sont entrés à l’hôpital, ils meurent de l’hôpital même ».

Louis pour tout cet ensemble d'installations hospitalières et monastiques qu’il développe (Saint-Louis, de G. Goyau).

Il ne leur procure pas seulement son argent, mais ses électuaires et tous les remèdes de son infirmerie royale, devenue comme uñe pharmacie centrale pour l’approvisionnement des Maisons-Dieu ; et l’ordonnance qui règle les privilèges des chirurgiens laïques leur intime de soigner gratuitement les malheureux et les incurables. Cette obligation est inscrite par le roi dans la charte même de leurs privilèges.

La charité c’est, en effet, le grand moyen par lequel le Moyen-Age supplée à l’insuffisance de ses connaissances médicales. En multipliant partout les hôpitaux et les maladreries, il rend à l’humanité plus de services que les savants d’alors n’en peuvent rendre.

Au XIII siècle, on compte en France 2.000 hôpitaux (Hurter, p. 260). Le testament de Louis VIII mentionne l’existence de 2.000 léproseries, toujours dans ce seul pays (Weyl, p. 306). Les résultats d’une telle organisation charitable sont là pour prouver son efficacité : la lèpre a disparu de l’Occident.

Notre civilisation toute entière est fille de celle-là. Avec ses instruments si imparfaits, et ses ressources si bornées, le Moyen-Age n’en a pas moins préparé, dans le domaine de l’hygiène, le grand système si efficace maintenant des services sanitaires dont nous bénéfcions.

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