‹ L'Église et l'Hygiène au Moyen-ÂgeChapitre 7 sur 77 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

« Après la chute de l’empire romain,

« on chercherait vainement une trace :

« de médecine sociale. C’est l'Eglise qui « prit les premières décisions de pro- « phylaxie publique...

« Par ses ordres religieux . « elle < imagina du même coup le premier « groupement d’infirmières-visiteuses et « l’organisation des enfants assistés (1) ».

Telles sont les lignes qui ont suscité en moi le désir de faire connaître un peu de l’œuvre immense que l'Eglise accomplit au cours du Moyen-Age.

Cette importante période de l’histoire a été lobjet d’un dédain, d’un dénigrement et d’un engouement excessifs.

‘Les purs lettrés de la Renaïssance ne voient d’abord dans cette phase de dix siècles qu’une époque d’ignorance et de grossièreté. Pour les humanistes, ce n’est qu’une longue nuit entre deux époques de lumière : d’une part, l’époque de l’antiquité païenne, dont ils ne considèrent guère que la littérature à son âge d’or, d’autre part, celle de la Renaissance de l'antiquité.

Le dix-huitième siècle passe du dédain au dénigre-

ment.

(1) Collection Sergent — Médecine sociale — dans la préface de L. Guinon.

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Chez les Romantiques, avec les études d'histoire nationale, on voit renaître le culte du Moyen-Age. Les Wackenroder en Allemagne, las Walter Scott en Angleterre, les Chateaubriand et les Viollet le Duc en France ne rêvent que de cathédrales gothiques, de chevaliers et de moines.

Les sévères méthodes historiques, que les travaux de notre Ecole des Chartes et des Universités allemandes font prévaloir dans le cours du dix-neuvième siècle, amènent peu à peu les historiens à une vue plus juste du Moyen-Age.

Aujourd’hui, aux yeux des historiens les plus réputés, : cette époque apparaît comme «l’une des périodes les plus fécondes de l’histoire, la période où se forment les nations de l’Europe nouvelle, où se crée une civilisation très différente de la civilisation gréco-romaine, mais qui, à certains égards, ne lui est pas inférieure » (1).

Travail et charité : tels sont les principaux mobiles d'alors.

Travail partout, et en premier lieu dans les monastères, qui l’ont réhabilité, en montrant qu’il n’est pas fait seulement pour l’esclave, qu’il est digne de l’homme pauvre ou riche.

Au début du onzième siècle, il ne reste rien de la culture carolingienne, les Normands ayant commencé par tout détruire. On voit alors se dresser à Chartres la grande figure médicale de l’évêque Fulbert. En trente ans, il fait de l’école capitulaire un centre.intellectuel d’üne puissante activité. I rétablit, en parti-

(1) Lavisse et Rambaud - Histoire Générale, tome 1, pi 1

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culier, l'étude de la médecine en y professant la pure docirine d’Hippocrate. Et Fulbert est un grand médecin : quelques-unes de ses ordonnances qui nous restent, en témoignent (1). L'esprit médical français, suscité par lui sous le signe d’Hippocrate sera donc, avant tout, clinique. Cette impression première marquera la médecine française d’une façon indélébile.

Ses nombreux élèves, procédant avec lui, vont propager d’abbaye en abbaye, d’école épiscopale en école épiscopale la culture médicale dans tout le royaume de France, pour le déborder ensuite.

Unissant le travail et la charité, ces pionniers, presque tous clercs réguliers, voués à la pauvreté, ne feront pas payer leurs services, encore moins leur enseignement. De ce désintéressement va naître le beau principe de la gratuité hospitalière et scolaire.

Ces hommes vont jeter les premières bases de l’assistance publique. Des xénodochies, des infirmeries conventueiles, des ordres hospitaliers, des léproseries, des lazarets, va s'épanouir magnifiquement un système hospitalier qui couvre tout le territoire.

Il est de règle de fonder dans chaque abbaye, dans chaque collégiale, des écoles gratuites ouvertes à tout venant, sans distinction de rang ni de fortune (1). Les écoliers dépourvus de ressources sont hébergés gratuitement. Peu à peu, le besoin de spécialisation se fait logiquement sentir. On voit se créer, dans les écoles, des chaires distinctes. Ce sera, au siècle de Saint-Louis de parachever cette œuvre, en créant les Universités.

(1) Dubreuil-Chambardel. Les médecins dans louest de la France aux onzième et douzième siècles (Publicat. de la Sté

Franc. d’hist. de la Médecine, 1914).

(1) Dubreuil-Chambardel, loc. cit. p. 91, 92, 162, 165, 166, 196.

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