LES SYRIENS ET LEUR ROLE
d'argent et on la montrait solennellement aux fidèles le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Croix; cette fête était célébrée à Jérusalem dès le iv® siècle ^ . Désormais les reliques de la Passion et les souvenirs qui se rattachent aux principales localités de Palestine vont tenir une place de plus en plus grande dans les préoccupations des Occidentaux. L'Orient devient pour eux le pays des saintes reliques et beaucoup iront rechercher jusqu'en Higypte les traditions relatives à la Sainte Famille ou les étapes de la marche des Israélites vers la Terre Sainte.
§ 3. — Les « Syriens » et leur rôle dans les rapports entre l'Orient et l'Occident.
Les colonies de marchands orientaux, désignés sous le nom général de « Syriens », établies en Occident depuis une époque très ancienne, ont contribué dans une large mesure à répandre chez les Occidentaux le goût delà culture orientale et des voyages en Orient. Du iv® au vu" siècle on peut suivre les traces de leurs établissements en Gaule, en Italie, en Afrique et jusqu'en Bretagne 2. Ils forment des groupes nombreux dans les grandes villes, à Rome, à Ravenne, à Trêves, à Lyon, à Bordeaux, à Narbonne, etc.. On les trouve même établis loin des ports maritimes, dans la plupart des villes de la Gaule mérovingienne, à Orléans et à Paris par exemple. Ce mouvement d'expansion ne se dirigeait pas d'ailleurs seulement vers l'Occident. Les traces des Syriens se
1. Pahooire, Église byzantine, p. 114, montre que la fête de l'Exaltation, contrairement à l'opinion commune, est*bien antérieure au règne d'Hi radius.
2. L. Brkhikr, Les Colonies d'Orientaux en Occident au commencement du moyen âge [Byz. Zeit., XII, 1 et 2). — Strzygowski, Der Dom zu Aachen, p. 45,
retrouvent à la même époque en Arménie, en Perse, dans rinde, en Asie centrale et jusqu'en Chinée Prédécesseurs des Arabes, les Syriens ont au vi® siècle le monopole du commerce transcontinental; ils sont les intermédiaires attitrés entre les lointaines civilisations d'Extrême-Orient et le monde gréco-romain. Partout où ils s'établissent ils apportent les denrées de leur pays, vin de Gaza et d'Ascalon, étoffes de lin de Tyr et de Béryte, pourpre de Césarée, palmes de Jéricho, pistaches de Damas ^, papyrus d'Egypte, verreries de Sidon et aussi les produits d'Extrême- Orient, les précieuses épices qui tiennent une si grande place dans la vie habituelle de cette époque et les admirables étoffes de soie tissées en Perse et, depuis le vie siècle, en Syrie et à Constantinople. A ces importations économiques, si considérables qu'elles soient, ne se borne pas l'activité des Syriens. Au milieu des populations- étrangères ils restent de purs Orientaux, continuent à parler leur langue nationale^ et forment des quartiers séparés dans les villes où ils sont établis. Loin de s'assimiler aux indigènes, ils exercent au contraire sur eux sans le vouloir une action féconde. Ils introduisent en Occident de nouvelles conceptions et sous leur influence, l'architecture religieuse, l'art décoratif, l'iconographie * et aussi les idées religieuses de l'Orient pénètrent en Gaule et en Italie. En laissant de côté leur action artistique, il est impossible de ne pas être frappé de l'im-
4. Von ScALA, Weltgeschichte von Helmolk. Leipzig, 1904, tome I,p.53-64.