CONTINUAT. Guillaume de Tyr, XXIII
2. ScHLUMnERGER, Renaicd de Châtillon. — Makrizi (Irad. Blochet), Rev. Or. lat., VIII, 550-50-2.
qui enfermait les états chrétiens : vainqueur du sultan d'Iconium, maître de Mossoul, affermi en Egypte par l'exécution des principaux Schiites, il n'attendait plus qu'un prétexte pour rompre la trêve conclue en 1180 : Renaud de Châtillon le lui fournit. En 1187, il pilla une caravane dans laquelle se trouvait la propre sœur du sultan : Saladin demanda au roi de Jérusalem la punition de son vassal, mais Guy de Lusignan n'avait ni le pouvoir, ni la volonté de l'accorder. Aussitôt Saladin fît prêcher la guerre sainte dans tout l'Orient musulman M -a situation des chrétiens étaitdésespérée : ils n'avaient à compter ni sur les secours de l'Occident, ni sur ceux de l'empire byzantin où la mort de Manuel Comnène, en 1180, avait été suivie d'une période d'anarchie qui se termina par le massacre des Latins de Constantinople, en 1182, et l'usurpation d'Andronic Comnène. D'autre part, la rancune de Raimond de Tripoli contre Guy de Lusignan ne céda même pas au souci de sauver le royaume et il ne craignit pas d'appeler les musulmans. Un fils de Saladin parut à son instigation devant Tibériade^.
Cependant Guy de Lusignan parvint à se réconcilier avec le comte de Tripoli ; tous les hommes disponibles furent convoqués, l'on put réunir deux mille chevaliers et dix-huit mille piétons à Sephouri, au nord de Nazareth et à l'ouest du lac de Tibériade et une solde fut promise à tous ceux qui viendraient. Les Templiers abandonnèrent au roi les trésors que leur avait envoyés Henri Plantagenet, au moment où il se croisa pour expier le meurtre de Thomas Becket; enfin le patriarche Héraclius apporta la vraie Croix. Au mois de juillet, Saladin en personne vint s'emparer de Tibériade, mais les défenseurs de la ville se réfugièrent dans
!. COî^TlN. Gliu.. DE Tyh, XXIII, 23, 24, 25. 2. ID., 26.
la citadelle et la comtesse de Tripoli qui y était renfermée, fit demander secours à l'armée chrétienne. Le comte de Tripoli, redoutant pour ses compagnons la traversée du désert qui sépare Sephouri de 1 ibériade, était d'avis de sacrifier la place, mais le grand maître du Temple déclara au roi qu'il serait honteux pour lui d'abandonner une ville qui succombait à si peu de distance de lui. La marche commença donc le 4 juillet 1187 à travers un désert brûlant; les chrétiens harcelés de tous les côtés par des corps de Sarrasins, épuisés par la chaleur et mourant de soif, durent faire halte, pour y passer la nuit, au village de Hattin. Saladin ne cherchait qu'une occasion de leur livrer bataille; aussi vint-il s'établir devant eux, et si près, qu'on pouvait se parler d'un camp à l'autre. A la pointe du jour les chrétiens voulurent engager le combat, mais les Sarrasins reculèrent et attendirent que la chaleur fût dans son plein ; pour l'augmenter encore ils mirent le feu aux bruyères qui entouraient le camp chrétien. La situation devint intolérable : les piétons, incapables de supporter la soif, se faisaient prendre volontairement par les Sarrasins. Sur l'ordre du roi, le comte de Tripoli chargea à la tête des chevaliers pour arrêter la déroute, mais les rangs ennemis s'ouvrirent pour le laisser passer, puis se refermèrent. Guy de Lusignan restait isolé sur une colline, entouré des chevaliers du Temple et du reste de l'armée qui essayait, dans une confusion indescriptible, de se rallier autour de la vraie Croix. En vain les chrétiens essayèrent de s'ouvrir un chemin vers le lac de Tibériade : enveloppés de tous les côtés, ils furent massacrés ou faits prisonniers. Tandis que Raimond de Tripoli parvenait à s'enfuir dans Tyr, le roi Guy et les personnages les plus considérables du royaume, le grand maître du Temple, Renaud de Chàtillon, Josselin de Courtenay, le marquis
116 DESTRUCTION DU ROYAUME DE JÉRUSALEM. j
de Montferrat, etc.. tombaient au pouvoir de Saladin et étaient transportés à Damas ; mais à la vue de Renaud, Saladin se rappelant l'agression contre les villes ^ saintes et la captivité de sa sœur, fut saisi de colère ; pour accomplir le vœu qu'il avait fait de le tuer luimême, il demanda un cimeterre et lui trancha la tête ^ La destruction de la dernière armée chrétienne entraîna la chute du royaume de Jérusalem ; avant même que la résistance pût s'organiser, Saladin faisait occuper toutes les villes du royaume, sauf Tyr et Jérusalem qu'il vint lui-même assiéger (17 septembre). A la première brèche la ville capitula et Saladin accorda la liberté à tous les habitants moyennant une énorme rançon ; le 2 octobre 1187 le sultan fit son entrée dans la ville ^. En quelques mois l'œuvre de près d'un siècle avait été détruite et les chrétiens ne possédaient plus en Syrie que Tyr, Antioche et Tripoli : une nouvelle croisade était nécessaire.
1. Textes orientaux, MrcHAUD, Biblioth. des Crois., IV, 194 et suiv. — M\KRizi, trad. Blochet, Rev. Or. lat., IX, p. 21 et suiv. — Contin. Gctll. DE Tyr, XXIII, 33-40.
â. CoNTix. GuiLL. DE Tyr, XXIII, 55-62.