‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 103 sur 268 · LucHAiRE (La visse, h. de Fr.), III · texte numérisé non relu

LucHAiRE (La visse, h. de Fr.), III

sa marche, le cardinal d'Albano se dirigea vers l'Allemagne en soulevant les populations sur son passage . Arrivé au terme de sa carrière, après avoir assuré à son fils aîné Henri VI l'héritage del' Allemagne et des Deux- Siciles, Frédéric Barberousse embrassa avec ardeur la cause de la croisade. Le 27 mars 1188, jour du dimanche de « Laetare Jérusalem «, à la diète de Mayence, le légat lut devant une nombreuse assemblée les lettres du pape. L'archevêque Philippe de Cologne et un grand nombre de princes qui avaient naguère combattu l'empereur étaient venus abdiquer leurs rancunes. Frédéric avait refusé de présider rassemblée en disant que le Christ y était présent. Chacun des évêques allemands parla en faveur de l'expédition : l'empereur qui versait des larmes de joie, reçut la croix des mains de l'évêque de Wûrzbourg. Son exemple fut aussitôt suivi par son fils Frédéric, landgrave de Thuringe, un grand nombre de princes, d'évêques, de chevaliers. A la seule diète de Mayence treize mille fidèles firent le vœu de croisade 2.

Ce mouvement se propagea bientôt dans toute 1 Lurope. En Italie le pape Clément III s'interposait dans les querelles de Pise avec Gênes; Venise faisait la paix avec la Hongrie, Guillaume de Sicile avec l'empire byzantin. Dès le mois de mars 1188, le roi de Sicile envoyait les premiers secours en Orient : sa Hotte parvint à empêcher Saladin de prendre Tripoli. Dans les pays Scandinaves les lettres des papes reçurent le même accueil : en décembre 1187, la croisade futprêchée en Danemark, puis en Suède et en Norvège. Un an plus tard une flotte de 55 navires portant 12.000 Danois, Frisons, Norvégiens, Suédois, se dirigeait vers la Terre Sainte, en faisant le tour dé l'Europe : à leur

1. Chron. magni presbiteri, M. G. SS., XVII, 509, ^2. Annales Marbacenses, M.G.SS., XVII, 164.

passage en Portugal, les croisés du nord contribuèreni à la conquête d'Alvor sur les musulmans *. Le seul obstacle à la croisade vint de la lutte engagée entre Philippe-Auguste et Henri Plantagenet. Au moment même où avait lieu le départ de Frédéric Barberousse (mai 1189) le roi de France se préparait à conquérir le Maine et laTouraine. Après la prise de Tours, Henri II vaincu signa le traité d'Azai et les deux rois décidèrent que le départ pour la croisade aurait lieu à Vézelai, à la mi-carême de 1190. Henri II mourut sur ces entrefaites et Richard Cœur-de-Lion son successeur renouvela son alliance avec Philippe-Auguste. Les deux rois décidèrent de prendre la route maritime et d'organiser leur expédition en Sicile, mais ce fut seulement le 4 juillet 1190 qu'ils partirent enfin de Vézelai pour accomplir leur vœu^.

Rien n'est plus instructif que l'organisation de cette croisade qui révèle en Europe des conditions politiques toutes différentes de celles de la fin du xi® siècle. L'enthousiasme est encore très grand et continue à produire de véritables miracles, mais il est étroitement contenu et limité par les intérêts des souverains. La diplomatie, qui avait déjà joué son rôle en 1095, prend une place de plus en plus grande dans la préparation de la croisade. La chrétienté dans son ensemble a une politique extérieure dont les papes ont la pleine conscience et dont ils défendent les intérêts contre les litiges particuliers qui affaiblissent leur action. Avant de se lancer aveuglément sur la route de la Palestine, les chefs de la croisade cherchent par des négociations à s'assurer l'alliance des princes dont ils vont traverser les terres. Philippe- Auguste et Richard Cœur-de-Lion

1. Riant, Expédit. et pèlerinages des Scandinaves, i>. 277-278 (d'après une relation anonyme).

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