LA CROISADE DE FRÉDÉRIC BARBEROUSSE
sont les amis du roi de Sicile; Frédéric Barberousse envoie ses ambassadeurs aux rois de Serbie et de Hongrie, à l'empereur Isaac l'Ange, au sultan d'Iconium ennemi de Saladin, à Saladin lui-même à qui il adresse un ultimatum. Enfin, du côté musulman aussi, la lutte change de caractère. Jusque-là les chrétiens n'ont eu affaire qu'à des tronçons d'état, séparés les uns des autres par des jalousies politiques et religieuses : maintenant ils ont devant eux un chef que la prise de Jérusalem a couvert de gloire dans le monde musulman et qui dispose à la fois des forces de l'Egypte et de l'Asie. Contre les chrétiens Saladin fait prêcher la guerre sainte et organise comme une contre-croisade. Jamais les adversaires en présence n'avaient eu l'intelligence aussi complète de l'importance de la lutte qui allait s'engager ; jamais la croisade n'avait encore pris aussi nettement ce caractère de duel entre la chrétienté et l'islam.
§ 2. — La croisade de Frédéric Barberousse.
Frédéric Barberousse quitta Ratisbonne le 11 mai 1189; son armée, qui aurait compris 100.000 hommes d'après les chroniqueurs, était divisée en bataillons de cinq cents hommes, chacun sous un chef, et un conseil de guerre de soixante seigneurs se réunissait autour de l'empereur. La Hongrie fut traversée sans difficulté, mais il n'en fut pas de même de la Bulgarie et de l'empire byzantin. Depuis le massacre des Latins, en 1182, les rapports étaient demeurés très mauvais entre Constantinople et l'Occident. Frédéric Barberousse avait encouragé les'entreprises de Guillaume de Sicile contre les Grecs ; de son côté, à la nouvelle de la croisade, Isaac l'Ange n'avait pas hésité à se mettre en rapport avec Saladin, qui envoya
une ambassade à Constantinople en 1189 : pour prix de son alliance contre le sultan d'Iconium, Saladin promettait à l'empereur de rendre aux Grecs la possession des Lieux Saints. L'attitude d'Isaac l'Ange vis-à-vis des Allemands fut donc des plus douteuses : tout en les amusant par des négociations, il essaya d'arrêter plus que de faciliter leur marche. En Bulgarie les habitants s'enfuirent de tous côtés à leur approche en obstruant les routes avec des abatis d'arbres. Le 16 août, il fallut emporter d'assaut le défilé de Trajan; le 24, on arriva à Philippopoli vide d'habitants ^ Le 25, Frédéric reçut une lettre d'isaac qui lui refusait le titre d' « empereur romain » et lui défendait de continuer sa marche avant d'avoir livré des otages et promis de lui céder la moitié des conquêtes qu'il ferait en Syrie. Les ambassadeurs allemands à Constantinople étaient jetés en prison ; le patriarche grec traitait les Latins de « chiens » et promettait des indulgences à qui les tuerait 2. Transporté de colère, Frédéric fit mettre à feu et à sang tous les environs de Philippopoli et songea sérieusement à une attaque contre l'empire byzantin ; des offres lui étaient faites dans ce sens par des chefs serbes et bulgares. Le 16 novembre, il écrivait à son fils Henri VI de rassembler une flotte dans les villes d'Italie et d'obtenir du pape que la croisade fût prêchée contre les Grecs ^. Puis continuant sa marche, il mit à sac Andrinople qu'il trouva déserte et il aurait probablement attaqué Constantinople, si Isaac l'Ange n'eût enfin cédé. Le 21 janvier 1190, il fit promettre à Frédéric de ravitailler son armée, de la transporter en Asie et de lui donner des otages. Le passage des Allemands en Asie Mineure
1. Récit de Dietpold évêque de Passau-Tageno, M. G. SS., XVn, 50^