CONTIN. GUILL. DE TYR, XXVII, 4-G
vaient vide d'habitants, repoussaient victorieusement une attaque de Malek-el-Adil et par la prise de Beyrouth (23 octobre), rétablissaient les communications entre le comté de Tripoli et le royaume de Jérusalem. La marche sur la ville sainte fut décidée, mais, du 28 novembre 1197 au 2 février 1198, les Allemands furent arrêtés devant la petite place de Tibnin. Tous leurs assauts furent repoussés et à l'approche d'une armée de secours, ils levèrent le siégea A ce moment une nouvelle terrible et inattendue vint jeter la consternation parmi eux : depuis le 28 septembre l'empereur Henri VI était mort.
Au mois d'août 1197 il était venu lui-même à Messine pour diriger le départ des croisés ; il était plein d'ardeur et comptait rassembler soixante mille hommes; peu après son arrivée il vit venir quarante-quatre navires sur lesquels se trouvaient les troupes du comte Palatin et de l'archevêque de Brème. L'expédition allait être dirigée contre Constantinople quand, le 6 août, Henri VI tomba malade d'une fièvre maligne; sa maladie ne dura pas deux mois et il mourait le 28 septembre 2. Une deuxième fois l'Orient échappait aux Hohenstaufen. Privés désormais de direction, les croisés allemands se dispersèrent : le 1" juillet 1198 les chrétiens furent trop heureux de signer une trêve avec Malek-el-Adil qui leur laissa Beyrouth, afin de pouvoir continuer tranquillement contre les fils de Saladin sa politique envahissante 3. Malgré son échec et l'effondrement des ambitieux desseins de son chef, la croisade de 1197 n'en eut pas moins des résultats durables pour l'inlluence allemande en Orient : c'est de cette
1. CONTIN. Gdill. dk Tyr, XX VU, 9. — Ar.NOLD DE LUBEGK, M. G, SS. XX, 20'i et suiv.
2. Ann. Marbacenses, M. G. SS , XVII, 1G8. a. CoxTiN. Glill. de Tyr, XXVII, 9.
époque en effet que date l'organisation de l'ordre teutonique.
Avant 1143. un pèlerin allemand et sa femme avaient fondé à Jérusalem un hôpital et une église dédiés à la Vierge, destinés aux malades de nationalité allemande et desservis par des religieux qui suivaient la règle de saint Augustin '. Les papes Célestin II, en 1143, et Adrien IV (1154-1159) approuvèrent cette œuvre qui fut bientôt enrichie par des donations 2. On voit en 1186 le chef des Hospitaliers de Sainte-Marie-des-AUemands avancer cent onze marcs au roi Guy de Lusignan. Ces Hospitaliers se transportèrent à Saint-Jean d'Acre où un hôpital nouveau fut fondé en 1190 par des bourgeois de Brème ^. Enfin, en 1198, les « Frères de la maison allemande » furent organisés en ordre militaire sur le modèle des Hospitaliers et des Templiers. Leur règle fut approuvée par Innocent III, en 1199, et ils adoptèrent, pour se distinguer des autres ordres, le manteau blanc à croix noire" .
Tels furent les résultats de l'entreprise qui, de 1187 à 1198, poussa contre la Syrie toutes les forces de l'Europe ; elle avait réussi à sauver les débris des états chrétiens et à reconstituer en partie le royaume de Jérusalem, mais de cette longue guerre de onze ans, l'idée de la croisade sortait profondément n>odifiee et dans une certaine mesure affaiblie. Ce n'est p'hs sur Jérusalem, mais sur les villes de la côte, nécessaires au commerce de Gênes et de Pise, que tous les efforts de la croisade avaient été concentrés ; dès l'époque de Richard on voit naître chez les croisés l'idée, une fois maîtres des ports, d'obtenir par des négociations la propriété
A. Jacqdes DE ViTRY, éd. Bongars, I, 1085 et trad. Guîzot, p. 124-126.