NicÉTAS, éd. de Bonn, p
2. Ann. de Marbach, m. g. SS., XVII, 166. — Otton de St-Blaise, M. G. ,SSo3-26.
Barberoiisse, il ne pouvait y avoir dans le monde qu'une seule autorité, celle de César. 11 était donc naturel qu'Henri VI revendiquât la souveraineté de l'Orient : puisqu'il était le chef de l'Europe, c'est à lui qu'appartenaient les territoires conquis en commun par tous les fidèles. Les circonstances paraissaient d'ailleurs justifier cette ambition : au moment même où il tenait une diète à Gelnhausen en Franconie pour préparer sa croisade (octobre 1195), il vit venir une ambassade d'Amauri de Lusignan qui avait reçu de son frère, Guy, la succession de Chypre. Amauri lui faisait hommage de ses états et s'adressait à lui pour obtenir le titre de roi. Peu de temps après, une demande analogue lui fut adressée par le chef de la Petite Arménie, Léon IL Henri VI accueillit avec joie des ouvertures qui constituaient pour lui un premier succès en Orient et en envoyant un sceptre à Amauri, il lui promit d'aller lui-même lui conférer la couronne de Chypre \
Cependant l'empereur hâtait les préparatifs de la croisade. Au mois de décembre 1195 une nouvelle assemblée de princes eut lieu à Worms ; chaque jour pendant une semaine l'empereur passa plusieurs heures à la cathédrale afin de solliciter lui-même les enrôlements. Les archevêques de Mayence, de Brème, de Prague, dix évêques, les ducs Frédéric d'Autriche, Henri de Brunswick, etc.. et un grand nombre de chevaliers prirent la croix. Un véritable enthousiasme auquel le souvenir du grand empereur Frédéric Barberousse n'était pas étranger, s'empara de l'Allemagne. En 1197, les croisés allemands, très mal vus d'ailleurs des populations qui les considéraient « moins comme des pèlerins que comme des loups ravisseurs», commencè-
i. De Mas-Latrie, Histoire de Chypre, 1, 127.
rent à affluer dans les ports de Fouille. Une flotte de croisés du Bas-Rhin et de la Saxe qui sur son passage avait aidé les Portugais à reprendre Silves aux musulmans, arriva à Messine. Les premiers départs eurent lieu en septembre 1197 \ Les navires firent voile pour Saint-Jean d'Acre pendant que Conrad, chancelier et archevêque de Mayence, accompagné de plusieurs princes, allait sacrer Amauri de Lusignan roi de Chypre dans la cathédrale de Nicosie, et, quelques mois plus tard, Léon roi d'Arménie dans celle de Tarse (6 janvier 1198) ^ Les croisés envoyés par Henri VI en Palestine avaient pour mission de reprendre Jérusalem et peut-être de rejoindre ensuite l'armée que l'empereur préparait contre Constantinople. Leur séjour à Saint-Jean d'Acre parut bientôt odieux à la population ; ils durent camper hors de la ville et ils commencèrent à faire en territoire sarrasin des incursions qui s'étendaient souvent au delà du Jourdain.- Le sultan Malek-el-Adil avait pu s'emparer sans peine de Jaffa dont presque tous les habitants furent massacrés (5 septembre 1197)^. Le roi de Jérusalem Henri de Champagne, qui vint trop tard au secours de la place avec une flotte pisane, se tua à son retour en tombant d'une fenêtre : plusieurs prétendants à la main de sa veuve et au royaume se présentèrent, mais le chancelier Conrad favorisa Amauri de Lusignan, afin d'attirer le royaume de Jérusalem sous la suzeraineté allemande. Le mariage d'Amauri avec la reine Isabelle et son élection comme roi de Jérusalem furent donc de nouveaux succès pour la politique allemande^. En outre les croisés allemands, commandés parle duc de Lorraine, s'emparaient de Sidon qu'ils trou-
i. Ann. Marbacenses, M. G. SS., XVII, 1G7.