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CHAPITRE VU

LE PAPE INNOCENT III ET l'oRIENT (1198-1216)

§ 1. — Innocent III et les principes de sa politique

orientale.

Au moment où mourut en janvier 1198 le pape Célestin III, l'influence allemande et impériale était prédo-

BIBLIOGRAPHIE.-- Sources : Innocent UJ. — Ges ta Innocenta papse (1198-1208), récit fait par un contemporain d'après les archives pontificales, P. L., CCXIV, xvii-ccxxviii. — Registres d'Innocent III. Les parties éditées par Baluze et Laporte du Theil se trouvent dans P. L., CCXI v- CCXVI. Delisle, Lettres inédites d'Innocent III (Dib. Ec. des Ch., XXXIV, ' 1873).

Venise : Voy. Tafel et Thomas (Introduction), et MunATORi, XII, 323-330.

4« Croisade : Devastatio Constantinopolitana, sorte de journal officiel, provient de l'entourage du marquis de Montferrat, M. G. SS., XVI, 9-12.— Villehardouin, La conquête de Constant inople. Source la plus importante, par suite du rôle prépondérant joué par l'auteur, mais se présente comme une apologie de la politique des grands chefs de la croisade, éd. Natalis de Waillv, 1872. — Robert de Clari, chevalier picard du corps de Hugue d'Amiens, représente l'opinion de la moyenne des croisés; son témoignage complète utilement celui de Villehardouin (éd. préparée par Riant en 1868, et Hopf, Chron. gréco-romanes^ 1873). — 6iinther, moine de Pairis (Alsace) : récit composé en l'honneur des reliques trouvées à Constantinople, P. /-., CCXII, 222-255. — Voy. les chroniques llamandes, italiennes, russes (chronique de Novgorod) dans HopF, Chroniques gréco-romanes. — Témoignages sur les enlèvements de reliques : Riant, Exuviae sacrœ Constantinopolitanae. Genève, 1877, 2 V. et Mém. Ant. Fr., t. 36, 40, 46. — Nicétas Acominatos (voy. chap. vi), point de vue byzantin.

Empire latin. — Lettres de l'empereur Henri (P.L., CCXV, 706-710et 1522. ■— Tafel et Thomas, II, 37. — Buchon, Recherches et mater., 11,211-213;. — /

INNOCENT m ET SA POLITIQUE ORIENTALE. 145

minante en Italie. Non seulement les troupes allemandes occupaient les Marches et le royaume des Deux-Siciles où le fils d'Henri VI, Frédéric-Roger, avait été proclamé sous la tutelle de sa mère, la reine Constance, mais les environs de Rome n'étaient même pas sûrs. Afin d'être protégés contre une attaque possible, les cardinaux s'assemblèrent dans un monastère situé près du Colisée et ils élurent pape le plus jeune d'entre eux, Lothaire de Segni, âgé de trente-sept ans, qui prit le nom d'Innocent III. Le nouveau pape avait été choisi à

Henri de Valenciennes, continuateur de Villehardouin, éd. Natalis de Wailly, 1872 (à la suite de Villehardouin). — Chronique de Morée, récit de la 4* croisade et de la conquête de la Morée au point de vue grec. Deux versions en grec (éd. Schmitt, Londres, 1904), trad. franc. Buchon, Chron. étrangères, 1840. Version française (éd. Buchon, Recherches et matériaux, l). Version italienne (éd. K. Hopf, Chron. gréco-romanes), Yersion aragonaise (éd. Mouel-Fatio, 1885, Soc. or. lat.). La question des rapports entre ces différentes versions est toujours un problème insoluble.

Concile de Latran, Mansi, XXII , 954-1086.

Monographies.— Hurter, Histoire du pape Innocent III et deses contemporains (trad. franc.). Paris, 1867, 3 v.— Brischar, Pabpst Innocenz III, Fribourg, 1883.

Origines de la 4« croisade : Winkelmann, Philipp von Schwaben. Leipzig, 1873, 2 V. — Riant, Innocent III, Philippe deSouabe et Boni face de Montferrat [R. Q. H., 1875). — Streit, Venedig und die Wendung des Vierten Kreuzzugs gegen Constantinopel. Anklam, 1877. — Hanotaux, Les Vénitiens ont-ils trahi lachrétienté en 1202? Rev. historique, IV, 1877. — Riant, Le changement de direction de la quatrième croisade {R. Q. H., 1878). — ILGEN, Markgraf Conrad von3foni/'erraMHarbourg, 1881. — TessiER, La quatrième croisade. Paris, 1884. — W. Norden, Der Vierte Kreuzzug im Rahmen der Beziehungen des Abendlandes zu Byzanz. Berlin, 1898. — DasPappstum und Byzanz. Berlin, 1903, p. 133-164. — Gerland, Der Vierte Kreuzzug und seine Problème {Neue lahrbûcher fur das Klassiche Altertum Geschichte und deutsche Litteratur, XIII).

Empire latin. Ducange, Histoire de Vempire de Constantinople sous les empereurs français. Paris, 1668. — Hopf, Geschichte Gricchenlands im Mitttelalter (Erscîi et Grubers, Encyclopddie, 85). — Pears, The fall of Constantinople. Londres, 1885. — Gerland, Geschichte der Kaiser Balduin I und Heinrich 1204-16. Homburg, 1905 (fait partie d'une histoire générale de la domination des Francs en Grèce que l'auteur prépare en utilisant les regestes de Karl HopO. — Buchon, Recherches historiques sur la principauté française de Morée et ses hautes baronnies. Paris, 1845, 2 V.

RoHRicHT, Der Kinder Kreuzzug SybeVs historische Zeitschrift, XXXVI, 1876).

cause de sa connaissance du droit canon dont il avait reçu les principes à Bologne et de la théologie qu'il avait étudiée à Paris : cardinal depuis dix ans environ, il avait déployé une grande activité dans les conseils de l'Eglise; enfin la gravité de ses mœurs et la iermelé de son caractère entraînèrent les suffrages. A peine était-il élu depuis quelques mois qu'il avait profondément modiiié la situation critique dans laquelle son prédécesseur lui avait laissé le pouvoir. L'influence allemande était expulsée de Tadministration de Rome, puis des villes de Toscane, puis des Marches dont les habitants prêtèrent serment aux cardinaux; la tutelle | de l'Eglise était établie sur les Deux-Siciles pendant la minorité de Frédéric- Ro^^er; son appui était assuré au guelfe Otton de Brunswick, candidat à l'empire contre Philippe de Souabe, dépositaire des projets dllenri VP. A la puissance universelle que prétendait exercer l'empereur, Innocent' III allait opposer dans tous les domaines la puissance universelle de l'Eglise. La mort d'Henri VI avait ruiné l'influence impériale en Orient: Innocent III se proposa dès son avènement d'y res-' taurer l'autorité pontificale et de reprendre, comme ses prédécesseurs, la direction suprême de la politique chrétienne en face du monde musulman. Dans ses premières encycliques il s'engagea à mettre toutes ses forces au service de la Terre Sainte^, appela toute la chrétienté à la croisade, puisque les états latins délaissés par les Allemands vivaient seulement par la grâce de leurs ennemis, et prit sous sa protection Amauri II et le royaume de Jérusalem ^. Il enjoignit au patriarche de Jérusalem, Haymar, à l'évêque de Lydda et aux

i. LucHAiRE, Innocent III, Rome et l'Italie. Paris, 1904.

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