INNOCENT III ET SA POLITIQUE ORIENTALE
grands maîtres des ordres militaires de lui envoyer des raj3purts sur la situation de la Terre Sainte. Il se mettait aussi en relations avec le roi d'Arménie qui le reconnaissait comme évêque universel et à qui il envoyait une bannière bénite. On peut dire que depuis son avènement jusqu'à sa mort, Innocent III a toujours eu visà-vis de l'Orient la même politique : tous ses efforts, toutes ses démarches ont été subordonnés à la seule idée de la croisade et de la restauration complète des états chrétiens.
Mais pour assurer le succès de la croisade Innocent 111 ne pouvait se dispenser de trancher la question si difficile de» rapports entre l'Occident et Constantinople. C'était une opinion commune à la fin du xiie siècle que la neutralité malveillante gardée par l'empire byzantin avait contrarié la réussite des croisades. Henri VI avait voulu résoudre la difficulté en s'emparant de Constantinople; cette solution eût rendu la prépondérance de la maison de Souabe si dangereuse en Europe que Célestin 111 n'avait pas hésité à se mettre en rapports avec Alexis 111. Innocent 111 ne voulait pas avoir pour allié un schismatique et il était aussi peu disposé que son prédécesseur à favoriser une entreprise allemande contre Constantinople : Philippe de Souabe, gendre de l'empereur détrôné, Isaac l'Ange, était à la fois l'ennemi du pape et celui d'Alexis III. Innocent III résolut donc d'obtenir de l'empereur de Constantinople la réunion des églises et, quand il l'aurait ramené sous son obédience, de faire de lui un des principaux auxiliaires de la croisade. Les premières sollicitations vinrent d'ailleurs d'Alexis III lui-même, ^préoccupé de l'attitude qu'aurait le nouveau pape vis-à-vis de Philippe de Souabe. Dès le mois d'août 1198 Innocent 111 envoyait à Constantinople deux légats chargés de traiter les deux questions du rapprochement religieux
et de la croisade ' et il entretenait lui-même avec le patriarcHe grec une correspondance destinée à venir: à bout des objections du clergé orthodoxe ^. En cas dej résistance le pape menaçait de favoriser les plans de Philippe de Souabe. Au mois de févtier 1199 Alexis III répondit favorablement à ces ouvertures : il acceptait l'idée de la réunion d'un concile pour établir l'union religieuse et il se déclarait prêt à coopérer à la croisade si on lui rendait l'île de Chypre *. En réalité il cherchait à gagner du temps et à écarter le danger d'une expédition allemande contre Constantinople : il n'était en mesure ni d'imposer l'union à ses sujets, plus irrités que jamais contre les Latins, ni d'apporter une aide efficace à la croisade. Menacé par la nouvelle puissance bulgare avec laquelle Innocent III entretenait aussi des rapports, exploité par le commerce vénitien dont les exigences augmentaient sans cesse, l'empire byzantin marchait vers une prompte dissolution. Dans toutes les provinces, en Grèce, en Asie Mineure, dans les îles s'élevaient des dominations locales sur lesquelles l'action du pouvoir central était impuissante,, La flotte n'existait plus ; l'armée était mal recrutée et mal payée. L'ignorance dans laquelle Innocent III était de cette situation paraît avoir fait naître chez lui des illusions qui devaient être fatales à la réussite de se» plans : l'empire byzantin n'était plus une force sur laquelle on pût compter pour secourir la Terre Sainte. Cependant tout en poursuivant ses négociations avec Constantinople, le pape ne cessait de préparer l'organisation d'une croisade générale. Il envoyait des lettres pressantes à tous les princes de la chrétienté et ses légats parcouraient toute l'Europe en promettant la