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CHAPITRE XI

2 *• —L'invasion des Ottomans et les états chrétiens d'Orient au XIV« siècle.

Au moment même où le goût de la croisade semblait ainsi disparaître en Europe, une nouvelle offensive

BIBLIOGRAPHIE. - Sources : Lettres et actes des papes (vov le chapitre précédent). Sur le reyistre inédit de Clément V consacré anx affaires d'Orient, voy. G.vy, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient p. 8-10. '

Philippe de Mézières (1326-1405). Voy. la bibliog. de ses œuvres dans JoRGA, Philippe de Mézières, p. vu et suiv. ; Lettres (Manuscrit de l'Arsenal). -Vie de saint Pierre Thomas, cardinal légat en Chypre, éd A. Sanci. Bom i^n\ier II, 995-102-2. - Oratio tragedica (1389/ (Mss. de la Bib. Mazanne). — Militia Passionis Jhesu Christi (1384). La 1" rédac tion est de 1368. Mss. d'Oxford et de la Mazarine (Molinier, Arch Or lat., 33f>-64 et JoRGA, op. cit.). — Som^e du Vieil pèlerin (1319), Mss* de la Bib. Nation., Arsenal et Vienne. - Fragments édités par Lebeuf* Mem. Ac. I»scrip., XIV, 223-235. - Epitre à Richard II, roi d'Angleterre (JoRGA, p. 482-487). — Epistre lamentable et consolatrice (1397), fragments dans Kervyn de Lettenhove, éd. de Froissari, XVI.

Chroniques de Chypre ou relatives à Pierre de Lusignan • Guillaume de Machaut, La Prise d'Alexandrie, poème en 8887 vers. L'auteur né en Champagne, au service de Jean de Luxembourg et de Charles le Mauvais, mourut en 1377, éd. de Mas-Latrie, Soc. Or. lat., 1877. — Leontios Mâcheras, chronique de Chypre, 1359-1432 (en grec), éd. Sathas, Bî- Miothrca greca medii aevi, II, et Miller et Sathas (avec trad. franc ) Publicat. de l'Ecole des Langues Orientales, II. — Amadi, mort en 1566.' Histoire de Chypre, traduction italienne d'anciennes chroniques françaises jusqu'en 1441. éd. de Mas Latrie, Doc. inéd. de VHist. de France 1891. — D.omedes Strambaidi. Chronique de Chypre, en italien (en Jartie trad. de Mâcheras) éd. de Mas-Latrie, Doc, inéd. Hist. de Fr , 1893

du monde musulman contre la chrétienté vint le réveiller brusquement : l'invasion des Ottomans s'ajouta aux éléments si complexes qui formaient déjà la trame de la politique chrétienne en Orient. Les nouveaux venus avaient une origine très modeste : ils étaient sortis d'une tribu de Turcomans, empreints de culture iranienne, les Kei-Kankli , qui vivaient au début du XIII® siècle sous la domination du sultan de Kharezm, à Ourgendj dans le Khorassan. A l'approche des Mongols, en 1220, ils émigrèrent vers l'Occident, séjournèrent dans l'Azerbaïdjan, puis en Arménie et enfin au nombre de quatre cents familles, pénétrèrent sous la conduite d'Ertoghrul (l'homme au cœur droit), dans l'état du sultan d'Iconium désorganisé par l'invasion tartare. A la fin du xiii« siècle

— Florio Bustron, Chronique de l'île de Chypre (x\T siècle), raconte l'histoire de l'île jusqu'en 1^89, éd. de Mas-Latrie, Doc. inéd. Hist. de Fr., i886 (texte italien).

Chroniques byzantines. Nicéphore Gregoras, né en i295, mort vers 1360. Histoire (1204-1359), 6d. de Bonn, etP.G.CXLVnCXLIX.— Jean VI Cantacuzène empereur (13M-54) : Histoire (1320-1356;, véritables mémoires, éd. de Bonn et P. G.. CLIII et CLIY.

Chroniques occidentales. Nous nous bornerons à mentionner Froissart, les Grandes Chroniques de France, la Chonique des Quatre premiers Valois, le religieux de Saint-Denis, Juvénal des Ursins, et les Annales de Gènes etc.. — Chroniques de Savoie (Croisade d'Amédée VI), éd. Monum. historiae, patriae. Turin, 1840, t°. — La Chronique du bon duc Louis de Bourbon, par Jean d'Orreville (croisade du duc de Bourbon en Afrique), éd.CuxixvD, Soc. Hist. de Fr.., 1876.

Monographies : Ouvrages déjà cités de Delaville-Lfroulx {La France en Orient au XIV' siècle), W. Norden, Heyd. — Gay, Le pape Clément VI et les affaires d'Orient (1342-1352), Paris, 1904. — Jorga, Philippe de Mézières, 1327-1405 et la croisade au XI V* siècle. Paris, 4896 {Bib. Ec, des Hautes Études).— Jorga, Latins et Grecs d'Orient et l'établissement des Turcs en Europe (1342-1362). Byz. Zeit,\Y. — Parraud, Vie de saint Pierre Thomas. Angers, 1895. — Rabanis, Notice sur Florimont, sire de Lesparre (Actes de l'Académie de Bordeaux, 1843). — Jarry, Le retour de la croisade de Barbarie [Bib. Ec. des Ch., 1893). — Manfroni, La battaglia di Gallipolli e lapolitica veneto-turca. Venise, 1902.

DeHammer, Histoire de l'empire ottoman, t. I (irad. Hellert, 1835). — Hertzberg, Geschichte der Byzantiner und des Osmanischen Reiches. Berlin, 1883 (coU. Oncken). — Caoun, Op. cit., L. V. Timour et le triomphe de rislam. — Saint Martin, Mémoires historiques et géographiques sur V Arménie. Paris, 1818, 2 v.

L'INVASION DES OTTOMANS, v289

TAsie Mineure échappa aux Mongols, mais le sultan d'Iconium ne put y rétablir son autorité. Ses émirs ne tardèrent pas à fonder un groupe de principautés indépendantes : un des plus puissants était celui qui occupait le sud de l'Asie Mineure et que les Occidentaux appelaient le Grand Caraman; il disposait d'une armée de 50.000 hommes. Au centre de l'Anatolie l'émir de Kermian, maître de Kutayeh et d'Iconium en 1277, avait 40.000 cavaliers et 700 forteresses^. Les Ottomans, d'abord mercenaires à la solde du sultan d'Iconium, formèrent aussi près de Dorylée un état indépendant et commencèrent à s'agrandir aux dépens du territoire byzantin. En 1306 une de leurs bandes prit pied pour la première fois en Europe, appelée par la compagnie catalane et son chef Roger de Flor. En 1308, ils s'emparèrent de la grande métropole ecclésiastique d'Ephèse, massacrèrent les habitants et détruisirent la célèbre église Saint-Jean. En 1326, leur sultan Othman assiégea Brousse et, après l'avoir prise, en fit sa résidence. Du règne d'Ourkhan (1326-1359) date leur première organisation politique et militaire : ce fut lui qui créa l'infanterie des janissaires (yéni-tchéri), milice permanente recrutée avec les enfants enlevés aux chrétiens et convertis à l'islam ; par une éducation religieuse et militaire on leur inculquait en même temps l'enthousiasme pour la guerre sainte et l'amour du drapeau et de la discipline. Alors que l'Europe attardée n'avait pas encore renoncé à ses bandes de chevaliers, les Ottomans avec leurs régiments de janissaires et de spahis possédaient une armée moderne. Leur^ progrès devinrent bientôt inquiétants pour les possessions de l'empire byzantin en Asie Mineure. En 1328, Ourkhan

1, QuATREMÈRE, Not. et Ext. dcs Manuscrits, t. XIII, p. 340-355 et 373. l'éclise et l'orient. 17

prenait Nicomédie ; en 1330, après avoir infligé une défaite à l'empereur Andronic III, il entrait à Nicée, transformait en mosquée l'église du premier concile œcuménique et occupait les petits ports de la mer Noire et de la Propontide : les Grecs ne gardaient plus en Asie Mineure que Chrysopolis (Scutari) et Philadelphie. Au même moment les émirs indépendants voisins de l'Archipel, en particulier celui de Smyrne, envoyaient leurs navires rava.i^er les côtes de la Grèce et les Cyclades. Athènes était au pouvoir de la Compagnie catalane depuis 1310. En face de ces nouveaux envahisseurs les débris de l'empire latin et l'empire byzantin incomplètement restauré étaient sans défense. En 1339, Andronic III envoya à Avignon un des principaux théologiens grecs de cette époque. Barlaam, chargé de négocier une alliance avec le pape Benoît XII et de lui-promettre l'union religieuse en retour d'une croisade dirigée contre les Turcs. Barlaam était accompagné du Vénitien Etienne Dandolo, mais cette démarche n'eut aucun résultat ^

Au sud de l'Asie Mineure, le royaume de Petite-Ar-' ménie menacé à la fois par les émirs turcs, les Mamlouks et les Mongols, conservait péniblement son indépendance. 11 avait cependant pour le défendre un certain nombre de chevaliers occidentaux, immigrés après la perte de Saint-Jean d'Acre. En outre depuis la fin du xiiie siècle, le port de Lajazzo était devenu un des principaux marchés d'Orient où les navires des puissances maritimes d'Occident venaient chercher les produits qui arrivaient du centre du continent asiatique par caravanes. La prohibition du commercer avec l'Egypte ne fit qu'accroître son importance, mais le désigna aux attaques des Soudans qui essayèrent

1. Gay, op. cit., p. 27. Sur ces négociations, voy. Cantacuzène II, 39, 40.

— NICÉPHORE GRÉGOKAS, IX, 10.

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