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la chevalerie du Poitou accourue en foule se montrait disposée à prendre la croix. Mais en 1364 moururent les deux principaux partisans de la croisade, le cardinal de Talleyrand-Périgord et le roi Jean le Bon. Charles V, au sacre duquel Pierre assista dans la cathédrale de Reims, refusa nettement d'accomplir le vœu de son père. Sur ses conseils, Pierre se rendit auprès de Fempereur et en Allemagne les f(*^es et les tournois recommencèrent : Charles IV logea son hôte au Hradschin de Prague et pendant trois semaines ce fut une succession de joutes dans lesquelles le roi de Chypre remporta de brillantes victoires. A ses demandes l'empereur répondit que ses seules forces étaient insuffisantes pour une croisade et en septembre 1364 il convoqua à Cracovie une brillante assemblée à laquelle assistèrent Casimir roi de Pologne et Louis roi de Hongrie ; après- de nouveaux tournois, Pierre repartit avec de belles promesses et au mois de juin 1365 il s'embarquait à Venise *.
Rien n'est plus caractéristique que ce voyage de Pierre de Lusignan à travers l'Europe : l'idée de la croisade y est encore populaire et son côté romanesque séduit les imaginations, mais ces princes et ces chevaliers qui s'exaltent en entendant parler de la Terre Sainte ne tardent pas à se laisser reprendre par le souci de leurs intérêts politiques. Quelques chevaliers anglais poussèrent bien jusqu'à Venise, mais revinrent dans leur pays au lieu de s'embarquer. Les puissances maritimes satisfaites des traités conclus avec les musulmans étaient opposées à toute entreprise : les Génois dénoncèrent au soudan d'Egypte les desseins du roi de Chypre. Pierre, réduit à peu près à ses seules forces, résolut de commencer la croisade
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sans le secours des Occidentaux : pendant son absence Satalie avait résisté à une armée de Turcs et les pirateries sur les côtes de Chypre avaient recommencé ; il était donc urgent de défendre les positions chrétiennes menacées. Pierre avait quitté Venise le 27 juin avec une trentaine de navires sur lesquels se trouvaient des chevaliers français, anglais et allemands, des Italiens et deux nobles byzantins. Il se dirigea vers Rhodes où la flotte de Chypre vint le rejoindre. Ses forces s'élevaient à 10.000 hommes, dont 1.000 chevaliers : le légat pontifical Pierre Thomas suivait l'armée et exerçait une grande influence sur ces bandes cosmopolites. Le 4 octobre 1365, le légat monta sur la galère royale et bénit les croisés pendant qu'on arborait la bannière de Chypre au lion rouge. Toute l'armée s'embarqua pour une destination inconnue, puis le 9 octobre la flotte parut devant le Vieux-Port d'Alexandrie; la ville était défendue par une garnison de 100 Arabes dont la couardise était légendaire; l'eau et les approvisionnements lui manquaient pour soutenir un siège. Le lendemain toute l'armée débarqua malgré les habitants qui couvraient les embarcations de naphte enflammé : Pierre se battit comme un simple chevalier, tua trente Sarrasins et pourfendit un émir; puis il se dirigea vers la Porte de Mer et y mit le feu pendant que d'autres croisés entraient dans la ville par les aqueducs complètement à sec. Alexandrie était ainsi au pouvoir des chrétiens et pendant deux jours eut lieu un pillage en règle de la ville : les quartiers chrétiens eux-mêmes ne furent pas épargnés; les Génois qui étaient restés neutres pendant Te combat emportèrent pour 800.000 florins d'épices et de marchandises précieuses. Mais bientôt on annonça que le Soudan réunissait 100.000 hommes au Caire pour marher contre la ville. Tous les chevaliers parlèrent
aussitôt de retraite : malgré l'indignation du roi et les objurgations du légat, le retour fut décidé et l'armée se rembarqua le 16 octobre au moment même où l'avant- garde turque paraissait devant la ville ^ Tout cet immense effort n'avait aboutit qu'à un coup de main et le soudan exaspéré se vengea sur les chrétiens d'Egypte et de Syrie dont les biens furent confisqués. Venise intervint alors et ses envoyés empêchèrent une nouvelle flotte chypriote d'aller attaquer Beyrouth : Pierre dut signer la paix avec le soudan en 1366, mais au moment même où les négociations se poursuivaient, il préparait une nouvelle croisade ^. Le bruit de la prise d'Alexandrie n'avait pas tardé à se répandre en Occident et y avait excité l'enthousiasme. Duguesclin avait pris la croix et voulait en traîner les grandes compagnies en Orient. Le pape Urbain V cherchait à' préparer une croisade pour dé fendre l'empire byzantin contre les Ottomans qui de venaient chaque jour plus dangereux : en 1363 ils étaient entrés à Philippopoli; en 1365 le sultan empor tait Tzurulon et Didymotica, puis malgré une énergiqu résistance, s'emparait d'Andrinople dont il faisait si résidence. L'existence même de Constantinople étai menacée et, suivant les conseils donnés autrefois pa Barlaam à Clément VI, le pape croyait qu'une inter vention des Occidentaux en sa faveur pouvait hâte l'union religieuse. Urbain V voulait donc organiser] contre la puissance ottomane une action combinée d roi de Hongrie par terre et du roi de Chypre pa mer. En outre le comte de Savoie Amédée VI, cousi germain de l'empereur Jean V, avait pris la croix i Avignon en 1363. Sans attendre même la fin des négocîations, le comte de Savoie s'embarqua à Venise