PHILIPPE DE MKZIÈRES ET LA CROISADE
en captivité au Caire *. Non seulement tous les plans de Pierre de Lusignan avaient échoué, mais après sa mort la puissance de sa dynastie s'effondrait définitivement.
§4. — Philippe de Mézières et la propagande pour
la croisade.
Et pourtant malgré les leçons d'une cruelle expérience et les démentis incessants de la réalité, l'idée de la croisade hantait toujours les imaginations des Occidentaux. Au moment où disparaissait Pierre de Lusignan, son fidèle ami Philippe de Mézières continuait en France sa propagande pour l'œuvre dont il avait fait le but suprême de son existence. A la différence de Pierre, Philippe, le « vieil pèlerin », comme il s'appelle, est surtout un théoricien, mais il a pour ainsi dire fixé dans ses ouvrages les rêves de prouesses extraordinaires et d' « apertises » miraculeuses qui étaient ceux de ses contemporains, grands lecteurs des romans delà Table Ronde et désireux d'égaler le courage du roi Arthur. Cadet d'une nombreuse famille, Philippe passa son enfance au château de Mézières et étudia à l'école des chanoines de la cathédrale d'Amiens ; il montra un goût très vif pour l'étude et surtout pour la lecture, passant d'Aristote au cycle de Troie ou d'Alexandre et dévorant surtout le livre d'Eracles et les ouvrages relatifs à la Terre Sainte. Enflammé par l'histoire de Pierre l'Ermite et de la première croisade, il rêva d'aller en Orient chercher fortune. En 1345, à dix-neuf ans, il quitta son château de Mézières et alla faite l'apprentissage de la guerre d'abord en Lombardie, puis à Naples et enfin en Espagne. En 1346, il prit la croix et assista aux batailles livrées sous Smyrne par le dauphin de