L'LNITIATIVE DE LA. CROISADE
telles sont donc, d'après les contemporains, les raisons qui ont déterminé Urbain II à convoquer le concile de Clermont. En fournissant une carrière infinie à l'humeur batailleuse des princes et des chevaliers d'Occident, la croisade pouvait réussir où la trêve de Dieu avait échoué ; d'autre part le pape abandonne momentanément l'idée de réunir les églises orientales et se préoccupe d'abord de les délivrer. Avec une largeur de vues admirable et appuyé sur le seul prestige de son autorité religieuse, Urbain II va accomplir ce prodige, de réunir dans une entreprise commune des peuples de toutes les provinces de l'Europe que leurs langues, leurs habitudes nationales, leurs intérêts divergents tendaient à éloigner les uns des autres.
Cette initiative du pape a-t-elle été sollicitée par Alexis Comnène? L'empire byzantin a-t-il vraiment fait appel aux secours de l'Occident? Il est certain qu'à plusieurs reprises Alexis, suivant en cela une tradition constante, a cherché à enrôler des Occidentaux dans son armée. Des demandes ont été adressées à cet effet au comte de Flandre^ et au pape. En 1091, l'empereur attendait une armée qui devait venir de Rome afin de l'aider contre les Petchénègues^. En 1094, à la veille de la croisade, si l'on en croit l'auteur contemporain Bernold, en général bien informé, des ambassadeurs de Constantinople parurent au concile que le pape tenait à Plaisance et supplièrent Urbain II et tous les chrétiens « de leur accorder quelque secours contre (( les païens pour la défense de la Sainte Eglise... » Le pape excita les fidèles à prendre les armes et beaucoup s'engagèrent par serment à prêter leur appui à l'empereur^. Il est donc certain qu'Alexis Comnène a de-