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arrivaient à Rodosto, surveillés de près et quelquefois molestés par les troupes byzantines, et à la fin de ce mois ils paraissaient devant Constantinople où leur chef les avait précédés ^
La quatrième armée était formée par les Normands de l'Italie méridionale qui avaient à leur tête Bohémondj fils aîné de Robert Guiscard, et son neveu Tancrède. Tous deux avaient pris part aux expéditions normandes contre l'empire byzantin et, seuls de tous les croisés, avaient la pratique de la diplomatie orientale. En septembre 1096 les Normands, achevant leur conquête de l'Italie méridionale, assiégeaient Amalfi sous le commandement de Roger, comte de Sicile. Les premières bandes de croisés traversaient l'Apulie. A cette nouvelle, Bohémond et Tancrède prirent la croix et leur exemple entraîna un grand nombre de leurs compagnons. Ils furent bientôt à la tête d'une armée de dix mille chevaliers et de vingt mille piétons qui débarquèrent dans les ports d'Epire (novembre 1096). Malgré la discipline que les Normands essayèrent d'abord d'observer, le souvenir de leurs déprédations dans l'empire byzantin était encore trop récent pour qu'il fût possible d'éviter des conflits. Tantôt les habitants du pays refusaient des vivres que les croisés prenaient de force, tantôt ils avaient à soutenir l'attaque de Tarmée impériale qu'Alexis avait chargée de les surveiller. Enfin après bien des pourparlers l'armée de Bohémond arriva à Constantinople le 26 avril 1097 et fut transportée de suite en Asie Mineure ^.
Ainsi au mois de mai 1097 la concentration des quatre grandes armées était un fait accompli, mais le passage des croisés dans l'empire byzaptin n'avait pas
i. Hist.Occ. Crois., HI, 235. — Gesta Franc, VII, 1. 2. Gesta Francorum, IV- VII. — Hist. belli sacri{Uist. Occ. Crois., Iir, 477). Albert d'Aix, 11,18.
l'églisb et l'orient. 5
été sans soulever de graves difficultés et les rapports qu'ils eurent avec Alexis Comnène contribuèrent à engendrer le malentendu irrémédiable qui eut des suites si funestes, et pour Constantinople, et pour l'avenir des conquêtes chrétiennes en Orient. Le passage des bandes de Pierre l'Ermite et de Gautier Sans- Avoir n'avait guère contribué à donner aux Grecs bonne opinion des Occidentaux. Aussi lorsque Alexis apprit l'approche de nouvelles armées, devant ce mouvement qu'il n'avait pas sollicité et dont il ne saisissait peut-être pas le caractère généreux, il résolut d'agir de tout son pouvoir pour préserver son empire d'une| ruine totale et tirer profit pour lui-même de l'entreprise des Occidentaux. Dès qu'une armée de croisés | avait franchi les frontières de l'empire, des envoyés* impériaux venaient trouver ses chefs et leur demandaient de s'abstenir de toute déprédation; en mêmel temps des corps de- troupes impériales surveillaient tous les mouvements des croisés et réprimaient toute tentative de pillage. Arrivés à Constantinople, les chefs étaient habilement circonvenus par un mélange savant de présents et de menaces, et mis en demeure de prêter serment de fidélité à l'empereur. Le dessein d'Alexis était de se servir des croisés pour restaurer son pouvoir en Asie Mineure et en Syrie. Godefroi de Bouillon, arrivé le premier à Constantinople avec son armée, refusa de prendre cet engagement : cantonné dans le faubourg de Péra, il résista tout l'hiver aux sollicitations impériales sans accepter même une entrevue avec Alexis, et attendit l'arrivée de Bohémond. Mais c'était précisément cette jonction que l'empereur voulait éviter : le 2 avril 1097 il menaça les croisés de leur couper les vivres. Un conflit se produisit entre eux et l'armée impériale. Une première fois les croisés vinrent brûler la porte des Blachernes, mais un second
engagement fut favorable aux Grecs et Godefroi, après avoir prêté le serment demandé, fut comblé d'honneurs, reçu à la table impériale et transporté en Asie avec ses troupes ^ Bohémond, dont l'armée arrivait au même moment, fut plus facile à séduire; sur l'invitation d'Alexis il se rendit à Constantinople dès le l^"" avril et prêta sans difliculté le serment ; il reçut en échange de magnifiques présents et, enhardi par cet accueil, demanda à Tempereur la dignité de grand Domestique dOrient qui en eût fait un des chefs de l'armée impériale : sans lui opposer un refus formel, Alexis sut ajourner sa réponse ^. Tous les autres chefs, Robert Courte- Heuse, Élienne deBlois, etc.. prêtèrent serment sans résistance ; plein de mansuétude pour les terribles hôtes qu'il lui fallait subir, Alexis les comblait de présents, leur permettait de parcourir les salles du palais et souffrait même que l'un d'eux au mépris de toute étiquette, s'assît sur le trône impérial^. Seul Raimond de Saint-Gilles refusa avec obstination de répondre à la demande de l'empereur. Irrité des dommages que les troupes impériales lui avaient causés à son arrivée, il méditait de mauvais desseins contre Constantinople et protestait « qu'il n'était pas venu pour servir un autre « seigneur que celui pour lequel il avait quitté sa pa- « trie ». Ce ne fut qu'après l'intervention de Bohémond qu'il consentit à jurer de ne rien entreprendre contre la vie et l'honneur de l'empereur, mais il fut impossible de tirer de lui davantage. Alexis ne lui fit que peu de présents^*.
Le premier résultat de l'alliance conclue entre l'empereur et les croisés fut la prise de Nicée après un
i. CiiALANDON, p. 175 et suiv. Discussion critiqlie des témoignages d'Albert d'Aix et d'Anne Comnène.