CHAPITRE V
§ 1. — L'organisation des états chrétiens.
Le mouvement des premières croisades a eu pour résultat la création, en Orient, d'une véritable colonie
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portante de 1 h sloire du royaume de Jérusalem de H44 à 4184 éd Hist * Crois, l -Eude (Odon) de Deuil moine, puis abbé de St oLn.^ rhi'^ ""frll^^- "^T' '^" ^"'^^ ^ ^"^^'i à ^^ croisade :deLuaovicrvn pro-
Pilation ÎI .^ 'au xm. stècle éd M à~S^T. f.flT' ""''' ''^' Freisingen, Gesta Frid^îSl^raôr^ (ffcit de a c oi'sa^e'^d?? '" rad ,1, à laquelle Frédéric Barberousse Tp s'p'a "). i?i,v^^^^^^^^ composé vers 4156. éd. M a <?<? yv qît ^^ '^'H'*^^' l- ouvrage a été
teur serait Jean de Salisbury, éd. M. G. SS. XX, 545-54^ "^^
Son Pm^'""'^^'""^'""'^ (H43-1180), secrétaire de Manuel Comnène
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207-337. - Nicetas Acominatos ^^oi^yers^^^H^^^^^^ suite a Anne Comnène, éd. de Bonn. P. G cTixix e wV,/ 1 ?? ^ ^^ I. MILLER (a amélioré le texte). ' ^^ ^'^'- ^'^' ^^^*^-'
Pour les historiens orientaux vov. le chapitre précédent
Vies el lettres des papes :Gélase II (4448-lTpr ri xni r.v » t.
(4419-4424) P / ri Yiir ^. ^r « ^ ^' ■*"' *^L.X»'I Calixte If
inij 1124J, F. L., CLXIll et V. ROBERT, BuUaire du pape Calixte II, 2 v.,
îuropéenne alimentée sans cesse par de nouveaux imniorants et visitée par de nombreux pèlerins ou comine^rçants. Les états ainsi fondés ont un caractère tout 1 fait international : ils sont l'expression de la chrétienté, de l'empire des Francs, ainsi que les Orientaux désignent encore l'Occident. Celui qui est en théorie le chef temporel de l'Europe, l'empereur, n'a pris aucune part à cette entreprise ; il n'est donc pas un seul moment question de lui subordonner les nouvelles conquêtes ; au contraire l'existence des états latins est due aux efforts répétés d'Urbain II et de ses successeurs; la croisade devient à partir de cette époque la préoccupation constante de tous les papes; il n'est donc pas étonnant que la Terre Sainte, patrimoine commun de tous les fidèles, soit rattachée étroitement à leur autorité et qu'ils y envoient souvent leurs légats. Un autre caractère de cette colonie est la place considérable qu'y tient dès l'origine l'élément français. Les Français ont fourni la plus grosse partie du contingent de la croisade : c'est ce qui explique que le
1891.— Honorius II iH-24-1130), P. L., CLXVI. - Innocent II (1130-1143), P. L., CLXXIX. - Céleslin II (1143-114'*), P. L., CLXXIX. - Lucius II (1144- 1145), P. L.,CLXXVin. -Eugène 111(1144-53), P.L., CI.XXX.- Hadrien .IV (HS4-59),P.L., CLXXXVIII. - Alexandre HI (1159-1 181), P. L.,CC et vie par Boson, éd. Duchesne, Lib. Pont., II, 3^il-4'.6. - Lucius ni (1181-1183), P. L.. CCI. — Urbain III (1185-1187), P. L., CCH.
Lettres des rois, princes et prélats de Terre Sainte au roi Louis VIT. P. L., CLV, 126ri-1282.
Monographies. — Ouvrages généraux de Dodu, ROhricht, Rey, Dela- TiLLE-LEROux, etc... (vov. Introduct.).
Woi-FF, Kônig Balduin I von Jérusalem. Kœnigsberg, 188». — ROhricht, Amalrich J, Kônig von Jérusalem {Mittheilungen des Instituts fur œsterreichischeGeschichtsforschung, 1891).— Delaville-Leroulx, i)e prima origine Hospitalariorum. Paris, 1885. — Neumann, Bernard von Clairvaux und die Anfange deszweiten Kreuzzuges. Heidelberg, 1882. — Vacandard, Saint Bernard et la seconde croisade {Rev. Q. H., XXXVII). — SCHM'MBERGER, Rcuaud de Châtillon tprince d'Antioche, seigneur de la terre d'OuUre- Jourdain. Paris, 1898. — E. Caspar, Roger II (1101-1154), und die Grûndung der normannisch-sicilischen Monarchie. Innsbriick, 1904. — G. Paris, La légende de Saladin {Journal des Savants, mai 1893).
français ait été dans les nouveaux états la langue officielle et courante et que des dynasties françaises se soient implantées dans toutes les principautés et dans la plupart des fiefs; à côté des Français dont toutes les variétés provinciales, depuis les Provençaux jusqu'aux Lorrains, sont représentées en Terre Sainte, les villes italiennes exercent, surtout dans les ports, une grande influence; quant aux Allemands, c'est surtout à la fin du xii^ siècle qu'ils arriveront en grand nombre.
Au point de vue territorial ces états étaient compris d'une manière générale entre l'Euphrate et l'Egypte. Ils arrivèrent à posséder toute la côte de Cilicie et de Syrie; dans l'intérieur au contraire leur extension fut très inégale : à l'ouest, ils furent menacés par les progrès de l'empire byzantin en Asie Mineure; à l'est ils ne purent occuper les trois grandes villes d'Alep, Hamah et Damas; au sud ils se heurtèrent à l'Egypte mais parvinrent à exercer leur protectorat sur les monastères du Sinaï et à occuper le port d'Aïla sur la mer Rouge. Au nord la principauté d'Antioche avait comme annexe la Petite Arménie placée sous son protectorat; le comté de Rohez (Edesse) formait la limite extrême des conquêtes latines : la ville de Mélitène sur l'Euphrate en faisait partie.
Cette division en quatre états à peu près indépendants les uns des autres n'était guère favorable à l'unité de la politique chrétienne qui eût été pourtant si nécessaire. Bien plus dans l'intérieur de chaque principauté le pouvoir du souverain était arrêté par un grand nombre d'obstacles. L'organisation féodale limitée en Occident par des rois qui avaient conservé des débris de leur pouvoir historique, se développa au contraire en Orient sans résistance. Le royaume de Jérusalem, par exemple, ressemblait à une fédération
de fiefs et de puissances de toute sorte sur laquelle le roi n'exerçait qu'une autorité strictement limitée. Malgré l'appareil somptueux dont les rois s'entourèrent depuis Baudouin 1^"", qui revêtit le costume oriental et fit porter devant lui un bouclier d'or décoré d'un aigle, malgré l'étiquette à moitié byzantine adoptée à leur cour, la souveraineté leur appartenait moins qu'à l'ensemble des feudataires dont l'organe était la Cour des Liges ou Haute-Cour, établie par Godefroi de Bouillon. Cette assemblée qui comprit non seulement les vassaux, mais même les arrière-vassaux, exerçait un contrôle permanent sur l'exercice du pouvoir royal. Le droit même de succession au trône dépendait d'elle. Godefroi de Bouillon en 1099, Baudouin 1" en 1100, son cousin Baudouin du Bourg en 1117 furent élus expressément par les barons. Sans doute ils appartenaient à la même famille et à la fin du xii^ siècle l'hérédité dynastique parut prévaloir; bien plus au xiii" siècle on admit que la veuve d'un roi mort sans enfants pût apporter la couronne de Jérusalem en dot à son deuxième mari : ce fut ainsi que Jean de Brienne l'obtint en 1210. Cependant, en cas de contestation, les prétendants devaient faire valoir leurs droits devant la Haute-Cour : ce fut elle qui, en 1269, examina les droits contradictoires de Hugues 111 et de Marie d'Antioclie. Elle était d'ailleurs le pouvoir suprême en matière législative et aucune « assise », aucune loi fondamentale ne pouvait être mise en vigueur sans le consentement du patriarche, des barons et des « hauts hommes ». Le roi prêtait serment devant elle de respecter les « assises et coutumes » ; il ne pouvait, sans un jugement des barons, priver un vassal de son fief. « Et c'il avient puis en aucune manière, que il vaise « contre ses sairements il renée Dieu, puis qu'il fauce « ce que il a juré. Et ne le doivent soufrir ces homes
« ni le peuple * » ; c'est la proclamation officielle du droit à rinsurrection. En matière de justice la Haute- Cour, présidée par le roi ou par le maréchal, forme donc le tribunal suprême; ses jugements sont sans appel et le roi lui-même est son justiciable. Les Assises de Jérusalem rédigées à la fin du xii® siècle forment le recueil de sa jurisprudence. A côté de la Haute-Cour, la cour des Bourgeois organisée dès le XII® siècle a une juridiction analogue sur tous les procès entre les bourgeois et peut condamner un criminel à l'exil ou même à mort. Enfin dans chaque fief siègent des cours mixtes de chevaliers et de bourgeois dont les pouvoirs vis-à-vis du seigneur sont aussi grands que ceux des cours centrales en face du roi; dans les ports sont organisés des tribunaux de police et de commerce^.
A côté de la noblesse et des bourgeois, la puissance ecclésiastique contribue àlimiter plus étroitement encore l'action du pouvoir royal. Le patriarche de Jérusalem, seigneur spirituel du royaume, est presque l'égal du roi ; de lui dépendent les quatre métropolitains de Tyr, Césarée, Bessan, Pétra, sept évêques sufîragants et un grand nombre d'abbés, ceux du Mont de Sion, de la Latine, du Temple, du Mont Olivet, de Josaphat, de Saint-Samuel, du Saint-Sépulcre, etc.. Au momentoù les croisés sont entrés en Palestine la hiérarchie grecque était désorganisée et le patriarche grec s'était réfugié dans l'île de Chypre^. Des clercs de rit latin furent donc tout naturellement placés à tous les degrés de la hiérarchie. Des monastères se fondèrent et à la suite de donations considérables, le clergé devint le plus grand propriétaire du royaume; bien plus les églises et les