‹ L'Église et l'Orient au Moyen ÂgeChapitre 99 sur 268 · W. NOKDEN, p · texte numérisé non relu

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«. GuiLL. DE Tyr, XXH, 4.

^>. Corpus inscriptionum grœcarunii ^~3Q.

véritable bénéfice : Nour-ed-Din s'était emparé de Damas en 1154 et menaçait la principauté d'Antioche ; en 1164. le nouveau prince d'Antioche, BohémondlII, et le comte de Tripoli tombaient entre ses mains, mais par crainte de Manuel il s'abstint d'assiéger Antioche. D'autre part les rois de Jérusalem, sans s'inquiéter suffisamment de Nour-ed-Din, reprenaient leurs entreprises contre l'Egypte. En 1153, Ascalon, la dernière ville possédée par les califes fatimites en Palestine, fut prise par Baudouin III. Sous le roi Amauri une lutte d'influences commença en Egypte entre Nour-ed-Din et les chrétiens. Deux vizirs se disputaient le pouvoir auprès du calife : l'un d'eux, Schaver, chassé d'Egypte, se réfugia auprès de Nour-ed-Din qui envoya un de ses meilleurs généraux, Schirkouh, Kurde de naissance, le rétablir par la force. Mais bientôt l'influence de Schirkouh devint plus grande auprès du calife que celle de Schaver et 'celui-ci implora l'alliance du roi de Jérusalem. En 1164, une armée chrétienne vint forcer Schirkouh à quitter l'Egypte; une tentative qu'il fît pour y rentrer en 1167 fut repoussée de même. Mais à peine l'armée chrétienne était-elle de retour à Jérusalem qu'Amauri regrettait d'avoir abandonné l'Egypte. En 1168, il se mit d'accord avec Manuel Comnène pour en préparer la conquête ; sûr du succès, il en distribuait déjà les territoires aux Hospitaliers. Au mois d'octobre, l'armée chrétienne envahissait pour la troisième fois l'Egypte, prenait d'assaut Bilbaïs et marchait sur le Caire. Mais le 13 novembre, l'incendie de Fostat allumé par Schaver arrêtait la marche des chrétiens. Schaver et son maître s'étaient jetés dans.! les bras de Nour-ed-Din et Schirkouh revenait en Egypte, tournait l'armée chrétienne et entrait au Cair&| le 18 janvier 1169. Amauri battit en retraite : Schir-1 kouh, resté maître de l'Egypte, fit périr Schaver et

prit le titre de grand vizir. Il mourait lui-même le 23 mars suivant, mais il était remplacé par son nev^u, Salah-ed-Din, qu'il avait amené avec lui et qui sous le nom du calife devint le maître de l'Egypte ^

Saladin avait passé sa jeunesse à Damas où il s'était plus occupé d'études et de plaisirs que de guerre; musulman orthodoxe ou sunnite, il avait hérité des plans gigantesques de Scliirkouh et rêvait de détruire les états chrétiens de Syrie et même d'attaquer l'Occident. En 1169 sa situation n'en était pas moins très critique et ce fut à son habileté et à son énergie qu'il dut son salut. Une flotte byzantine parut en octobre à l'embouchure du Nil, tandis qu'Amauri assiégeait Damiette sans pouvoir s'en emparer. En 1171, le calife étant mort, Saladin ne lui nomme pas de successeur et trois ans plus tard réprime cruellement une conspiration des Fatimites contre lui. Mais l'événement le plus heureux pour lui fut la mort de Nour-ed-Din en 1174 : tandis que ses fils et ses neveux se disputaient ses nombreuses possessions, Saladin profitait de ces troubles pour envahir la Syrie et s'emparer de Damas ; de là il gagna la Mésopotamie qu'il conquit tout entière, sauf MossouP. Il entourait ainsi les états chrétiens de tous les côtés et les craintes commençaient à être vives à Jérusalem, d'autant que les demandes de secours adressées par Amauri à Louis VII, à Frédéric Barberousse, à tous les souverains d'Europe restaient sans réponse. Le voyage d'Henri le Lion en Terre Sainte (1172) fut un pèlerinage plutôt qu'une expédition. Tandis que leurs querelles particulières occupaient seules les princes d'Occident, le royaume de Jérusalem allait

i. Chroniq. orientaux, Michaud, Bibliolh. des dois., p. 113 etsuiv. — Makrizi (txad. Blochet), Rev. Or. lat., VHI, 202 et suiv.

2. Makrizi (trad. Blochet), Rev. Or. lat., VIIl, 203-212 et SOI et suiv. GuiLL. DE Tyr, XIX.

être réduit à soutenir avec ses propres forces les attaques de rennemi le plus redoutable qui Teût encore menacé.

Et ce fut le moment même où les discordes entre les chrétiens d'Orient augmentèrent. Le roi Amauri était mort en 1173 à Tâ^e de trente-huit ans ; il laissait; un fils de treize ans, Baudouin IV, qui fut proclamé roi sous la régence de Raimond, comte de Tripoli : depuis l'âge de neuf ans le malheureux enfant était atteint de la lèpre, d'où son surnom de Baudouin le MeseP. Un cadet de la maison de Lusignan, Guy, fils; de Hugue VIII, comte de la Marche, banni d'Angleterre où il possédait des fiefs, pour avoir tué lei comte de Salisbury, vint se mettre au service de Baudouin IV et acquit bientôt sa faveur. 11 épousa la propre sœur du roi, Sibylle, veuve de Guillaume de Montferrat dont elle avait eu un fils appelé aussi Baudouin^. Deux partis se dessinèrent bientôt dans le royaume, celui du comte de Tripoli et celui de Guy de Lusignan. En 1183, Baudouin le Mésel perdit la vue : il nomma Guy régent, comte de Jaffa et d'Ascalon, en se réservant pour lui-même la ville de Jérusalem et un revenu de 10.000 pièces d'or. Puis la faveur de Guy cessa : Saladin lui ayant infligé un échec, le parti du comte de Tripoli reprit le dessus. Baudouin IV entreprit de priver Guy de la succession au trône ; il lui enleva la régence, fit couronner roi le fils de Sibylle, âgé de cinq ans, sous le nom de Baudouin V et, malgré l'opposition du patriarche Héraclius et des grands! maîtres des ordres militaires, il rendit le pouvoir à Raimond de Tripoli. Mais Baudouin le Mésel mourut en 1184 et deux ans après, Baudouin V disparaissait à son tour. On accusa le comte de Tripoli de l'avoir em-

i. GUILL. DE TyR, XXI, 1-2.

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