LÉON XIII, PAPE
L'Encyclique sur la «Démocratie Chrétienne
Longuement attendue, Longuement désirée, l'encyclique Graves 'le communia sur la » démocratie chrétienne -, est parue le îs janvier. Des polémistes onl immédiatement surgi, pour exploiter ce document contre les catholiques d'initiative qui, depuis dix ans, s'occupaient de l'aire passer dans l'action catholique et dans la vie publique elle-même les enseignements de la lettre pontificale sur la condition des ouvriers, ('os polémistes ont fait fausse route. Ils ont objecté à la » démocratie chrétienne •• les souhaits et les conseils d' ■• union -, perpétuel le m en 1 renouvelés par le magistère suprême: c'était tourner au profit de la discorde les sages avis qui ladevaienl éteindre.
L'union implique une direct ion commune et suppose un but commun : c'est le Pape qui indique cette direction, c'est le Pape qui définit ce but. Il n'en saurait être de V •• union i\<^ catholiques -, présidée par l'autorité papale, comme des .. concentrations •• qu'ébauchent entre eux des partis politiques : ces concentrations sont des jeux d'artistes; pour les édifier, on fixe tant bien que mal une sorte d'' moyenne proportionnelle entre des opinions variées, parfois même divergentes ; 1' ■• union des catholiques -, (die, réclame beaucoup moins l'experte adresse «les intelligences que la droiture de- bons voulu Noua détachons cette étude, parue d'abord daua d'un nouveau volume: » Autour du Catholicisme social a.
loirs ; elle ne peut être et ne doit être que le corolla naturel de l'unité catholique elle même, de cette uni qui groupe tous les enfants, proches les uns sous l'hégémqnie du même père. 1/ » union des cath liques », bien comprise, sera le résultai permanent d'une commune obéissance à un chef souverain ; elle sera un acte de loyalisme, non un acte d'habileté : ce n'est point à l'ingéniosité de certaines combinaisons fad >lle
devra son existence e1 su durée; l'origine en sera p] simple et plus spontanée : elle sera l'épanouissement, allègre et facile, de l'adhésion dos unies aux déa pontificaux. Au point de départ de cette union, l'on n'apercevra point un compromis artificiel, pénibleme élaboré par des velléités incertaines, mais une comraii promesse de soumission, franche et claire, prêt un
chef pur les différents membres d'une vaste famille. El que cette famille, comme toute autre, comprenne^une infinie variété des âges et des tempéraments : que mémo, si l'on veut, à la façon d'une armée, elle comporte une avant-garde et une arrière-garde : rien n'est plus logique, et même plus inévitable. Mais si l' avant-garde concerte son allure d'après celle du Pontife suprême, l'arriére-garde n'a le droit de se piquer d' « union •• que si elle règle à son tour sa marche sur celle de l'avantgarde.
Mgr Ireland, en septembre 1899, dans une •• lettre a un ami de France (1) », discernait, parmi les catholiqu< trois familles d'esprits. Il accordait un cloge d'élite à « ceux qui cherchent les moyens les plus appropriés aux circonstances, les méthodes les mieux adaptées aux dispositions régnantes des intelligences et des cœurs, pour développer l'action de l'Église et assurer l'expansion de son influence » : ainsi définissait-il les hommes de la « démocratie chrétienne ». Et puis il distinguait, a côté d'eux et en dehors d'eux, » ceux qui, uniquement frappés
(1) Univers, 21 septembre 1899.
des grandeurs du passé, visenl à en faire revivre les procédés <it les tonnes sans tenir un compte effectif des conditions constamment changeantes delà réalité », et - ceux qui estiment bout leur devoir rempli quand ils ont fait profession de foi individuelle, acte de piété et œuvre de bienfaisance ». Puissent ces deux dernières ramilles d'esprits, dont les premiers semblent avoir torl de s'enliser en des pensées rétrospectives, el dont les seconds, plus nombreux, ont peut-être le vice plus grave de ne point penser du tout, se laisser ouvrir ou dessiller les yeux par l'encyclique Graves de communi ! Puissent cette oligarchie qui voudrai! embast Hier la religion dans le passe, et cette foule de fidèles qui voudraient, avec une discrétion à demi rougissante, l'emprisonner dans les âmes individuelles, comprendre peu à peu que nous sommes tous appelés, parce que chrétiens et parce que citoyens du x\" siècle, à faire s'épanouir le christianisme dans la société contemporaine, et à en imprégner la trame des rapports sociaux ! Cette conviction, sitôt acquise, les induirait a l'union loyale et agissante avec la " démocratie chrétienne» ; et leur paresse coutumière, enfin secouée par leur foi, ferait tous les frais de cette union désirée.
11 plaît a un souverain plus que nonagénaire de jeter en pleine mer cotte barque de Pierre, que volontiers certains laisseraient a l'ancre : la robuste vieillesse de s.-i loi, l'incessante jeunesse de ses espérances lui donnent la force nécessaire pour tenir le gouvernail. L'équipage est nombreux m divers. Il en es! qui d'une main décisive, s'acharnent sur les avirons; il en est d'autres que leur tempérament plus timide parait destiner à la manœuvre des amarres. Mais voici qu'en un geste, geste unique, au monde, geste de commandement qui s'ébauche et s'achève en une bénédiction, le doigt du chef s'élève ; et le mot de l'Évangile : Duc in altum, un moi qui jusqu'à la lin des siècles résumera l'histoire de l'Église, remplit l'immensité des échos. Si les amarres retardent les avirons,
si l'ancre indocile et ter bliquement dissimulé»
l.i couche des eaux, paralyse le vouloir du pil< l'obéissance des rameurs, qui donc, ce jour-là, sera n ponsable «lu manque d •• union •■ '. il ne peut ter
d'union, parmi les catholiques, en dehors du chef : toute parole du chef est un lien par là même qu'elle est un ordre, <ii l'encyclique Graves de commu r la •• déu
cratie chrétienne », doit pi ment apparaître comme mi lien lien définit if, espérons le, entre uni ntgarde confiante et une ai rière-garde soupçonneu -
Léon XIII, en élaborant cette Encyclique, avail spécialement en vue .a •• démocratie chrétienne •• d'Italie. ()n désigne de ce nom, au-delà <!<•.> Aples,tout un ensemble dégroupements et d'entreprises catholiques, qui visent au relèvement et. au soulagement des masses. L'organisation des catholiques, en Italie, par suite de l'abstention électorale qu'ordonne le Saint-Siège, ne peut avoir aucune répercussion immédiate surle> agissements des pouvoirs politiques; elle influe directement, par l'exercice du droit de suffrage, sur les destinées de la commune et sur celles de la province ; mais elle n'a qu'un effet indirect sur I destinées de l'État. Au jour où se renouvelle le Parlement italien, l'Œuvre des Congrès, ramassant les catholiques sur lesquels elle a prise, obtient d'eux qu'ils s'éloignent des urnes et que, spectateurs passifs et ironiques, ils laissent l'Italie royale fare dà se. Mais l'Église, puissance de vie, n'aime point à grouper des énergies civiques pour les immobiliser : elle les veut faire agir, et c'est ici que la « démocratie chrétienne » intervient. La « démocratie chrétienne » propose un luit positif et garantit un tout prochain succès à ces comités et à ces cercles catholiques que multiplie l'Œuvre des Congrès ; elle les met en branle et en besogne ; interpellant ces organisations spontanées, elle leur offre une tâche et tout ensemble
une jouissance, la tâche d'agir et la jouissance de recoller le bien, sous les regards stérilemenl jaloux d'un parlementarisme officiel, qui n'agit point et ne récolte que le mal. Dans le Bergamasque, par exemple, où l'Œuvre dr^ Congrès et la «démocratie chrétienne», sous auspices du comte Medolago Àlbani et de M.Rezzara, vivent en une intime fusion, les résultats soin admirables; e1 tandis que les députés de cette pro\ ince à Montecitorio assument l'ingrate corvée de représenter 10 à 15 pour 100 (1rs électeurs inscrits, le catholicisme, s'appuyant sur la masse fidèle des abstentionnistes, réussit, lentement, à ressusciter l'antique guelfisme. De tels succès et de tels augures expliquent avec quel attachement Léon XIII suit les progrès de la •• démocratie chrétienne » en
Italie.
En ces dernières années, un certain nombre de plaintes assiégeaient le Vatican : elles reprochaient a la «démocratie chrétienne*' de s'être glissée comme une intruse dans les cadres de cette Œuvre des Congrès, qui centralisait et unifiait l'action catholique. Cette intruse avait i\e> audaces, dont s'offusquait la routine; elle réagissait quelquefois par des exubérances de langage contre l'occulte parti pris <\e> inimitiés. Ni ces audaces n'intimidèrent Léon XIII, ni ces exubérances ne le découragèrent. 11 appela M. Toniolo, professeur a l'Université de Lise, il le chargea a plusieurs reprises, de soumettre à de subtiles analyses le « concepl chrétien de la démocratie •■ ; la Rivista Internationale di Scienze sociali, de juillet L897, publia sons ce titre, une longue étude du savant juriste ; et le Lape des cette date, bénissait et encourageait, sous le nom de •• démocratie chrétienne », •- cette ordonnance de la société civile dans laquelle tontes les forces sociales, juridiques et économiques, dans la plénitude de leur développement hiérarchique, coopèrent proportionnellement au bien commun, en aboutissant, finalement, à un surcroît d'avantages pour ^lasses intérieures-. La «démocratie chrétienne»»,
ce i cette définition, était nettement distinguée d< qu'on appelle en politique lu - démocratie •■ : elle a] raii sait comme une 01 ; ttion d'action populaire, susceptible dô fonctionner sous toutes lea latitudes sous ions les régimes, el destinée à la diffusion intégrale et à L'application effective des doctrines soci évangéliques. Retenons ce point de départ : certai distinctions de l'encyclique Graves de communi nous <lc\ iendront ainsi d'une intelligence plus
Mais les imperméabilités, les cloisons étanches ont je ne sais quoi d'incompatible avec la vie modei quel que fût le désir de la «démocratie chrétien d'éviter le terrain proprement politique, l'action économique et sociale d(>* «démo chrétiens» dans l'agglomération milanaise et dans la région lombarde inquiéta ce «libéralisme» archaïque dont la maison de Savoie demeure, en Europe, la suprême gardienne. L'Osservatore cattolico, de Milan, subit les persécutions du pouvoir: Don Albertario, son directeur, Don En Vercesi, son collaborateur, furent emprisonnés; et par la grâce du roi la « démocratie .chrétienne » avait des confesseurs, de même que parla grâce du Pape cil.' avait en M. Toniolo son docteur. Les anxiétés qu'elle inspirait aux partis dynastiques montrèrent qu'elle était une Lorsqu'une prison garde certains captifs, les murs n'ont pas seulement des oreilles, ils ont une éloquence, et cette éloquence s'entend au loin. Il en advint ainsi pour les échos captifs de la « démocratie chrétienne ». C'est en vain que l'Italie royale s'abandonnant a l'un de - .-ces de conservatisme farouche et pudique qui sont la marque commune des révolutionnaires assagis par les fonctions et des Madeleines converties par l'opulence, voulut arrêter la propagation de ces échos : la liberté de la pensée sociale, enchaînée dans la péninsule, continuait de s'épanouir a l'aise dans les conseils et aux approches du Vatican.
On vit paraître à Rome, en 1899, sous la direction
Zi
d'un jeune prêtre des Abruzzes, l'abbé Romolo Murri, un périodique bi-mensuel qui s'appela la Cultura sociale (1). i m entendit, en lévrier 1900, la voix autorisée de son Éra. le cardinal Agliardi, évêque d'Albano, recommander à son clergé d'avoir un soin spécial du peuple et vanter les sociétés ouvrières, mutualités, caisses rurales, banques de crédit, sociétés (rassurai) ces, corporations professionnelles, coopératives, c'est-à-dire les multiples institutions par lesquelles la •• démocratie chrétienne •• s'efforce <lc servir le peuple (2). On apprit qu'à Bitonto, dans les Pouilles, l'initiative épiscopale de M** Berardi créait, sous le titre de Era novella, un périodique destiné aux Grands Séminaires, et qui deviendrait connue une façon • le trait d'union entre la jeunesse du sanctuaire et la » démocratie chrétienne ».
Enfin, Léon XIII parla ; et l'école qui s'intitulait « démocratique chrétienne •• s'est inclinée sous le souille de celte parole en un agenouillement victorieux.
La presse démocratique chrétienne de la péninsule, immédiatement, a multiplié les commentaires, et ces commentaires sont des remerciements. .. Apres l'encyclique Graves de communi, écrit M. Meda, rédacteur a VOsservatore cattolico^ on peut dire, je crois, que la démocratie chrétienne est M>rtie de sa minorité et qu'elle a acquis la plénitude de sa capacité juridique 3)... » MgT Ballerini, professeur au Grand Séminaire de Pavie, établit, par une discussion tout a la l'ois large et pénétrante, que le nom même de démocratie chrétienne esl
(1 Battaglie d'oggi .• ainsi s'intitule le recueil récent dans lequel l'abbé Murri ;i rassemblé ses principaux articles de la Cultura; il le faut lin- pour avoir un résumé des aspirations de la «démocratie chrétienne» en Italie et pour discerner avec pré* dans quelle mesure 'lie est une école, dans quelle mesure un parti; ce livre, comme tout ce qu'écrit l'abbé Murri, éclaire d'une lueur nouvelle, assez imprévue pour les regards exotiques, la véritable vie publique (!<• la péninsule.
(2) Uni» r», 17 mars 1900.
x la cattolica e /</ tcienza italiana, Janviei février 1901, p.
désormais accepté, et que le pi nom
sert d'étiquette sommaire est désormais approuvé 1 . .. L'encyclique Graves de communi, écrit M. l'abbé Muni, est en quelque mesure l'achèvement de l'encyclique Rerum novarum ; en quelque mesure, aussi, elle la dépasse même en importance. I tte première Ency-
clique ne faisait que remettre sou nos yeux, conformément aus besoins des temps, un programme de vi< justice sociale qui est le programme immuable de l'Eglise, le programme d'hier, d'aujourd'hui, de I temps et de ions les lieux. L'Encyclique nouvelle place en présence d'un fait qui <isi une chose vivant une fluor d'aujourd'hui, d'un mouvement qui renferme les germes les plus féconds de la vi< de l'apostolat catholique contemporain ; et elle accepte, elle approuve, elle encourage ; ainsi, en outre l'importance qu'elle offre en soi, elle revêt d'une importance nouvelle dève jusqu'à une signification grandiose, universelle, ce mouvement même qu'on appelle la démocrat ie chrét ienne 2 •• Tel est le jugement de M. l'abbé Muni, et voici les leçons d'attitude et d'action qu'il en dégage : •• Nous ne croyons pas, dit-il, pouvoir demander à l'Encyclique d'aujourd'hui toutes les directions et la solution de toutes les quest ions pratiques, non plus que nous ne demandions à i'auti l'encyclique Rerum novarum, un programme universellement détaillé, mais seulement les grandes lignes maîtresses : c'est affaire, maintenant, à ceux pour qui la démocratie est un apostolat vivant et fécond, de recueillir jour par jour les enseignements de la vie, de les unir à ceux de la foi et de l'autorité religieuse, et de traduire ainsi, en une histoire nouvelle, cet heureux accord de la vie populaire et de la vie chrétienne que recommande le document pontifical (3 . •■
Après M. Meda, Mgr Ballerini et M. l'abbé Murri,
1 lbid., pp. 34-47.
(2) La Cultura sociale, le» février 1901, p. 33. i3 Cité par Invrea : L'Enciclica sulla denwcrazia cristiana, p. 1". n. 2.
c'est M. le professeur Toniolo qui intervient à son tour. Il public, dans la Rivista internazionale di Scienze sociah, un long article intitulé: •• La parole du Pape en cette heure solennelle», et il y met en relief les trois caractères de l'encyclique Graves île communi : d'abord, l'acceptation de la démocratie chrétienne •• en ce qui regarde le nom et en ce qui regarde la substance - : puis, le soin que prend Léon XIII de •• munir la démocratie chrétienne de toutes les garanties nécessaires pour que le grand renouvellement social atteignes sa fin - ; enfin, l'impérieuse insistance de l'Encyclique pour que la démocratie chrétienne, » appelée à engager la lutte décisive peur l'amélioration el la rédemption du peuple et de toutes les classes sociales, passe du domaine ^(^ idées au domaine de la réalité concrète (1) ». La personnalité de M. Toniolo donne à ces conclusions une valeur d'élite: confident des intentions pontificales, l'éminent professeur de l'Université de Pise souhaite évidemment que l'encyclique Graves de communi soil le point de dépari d'une action, le débul d'un mouvement, et non point seulement un objel d'études platoniques, inactives et stérile3.
Nous pourrions prodiguer les citations. Les démocrates chrétiens d'Italie paraissent si qualifiés, aux regards de l'opinion publique d'outre-monts, pour donner l'interprétation exacte de l'encyclique Graves de communi, que c'est à l'un d'entre eux, M. l<i marquis Franco [nvrea, que M. le professeur Nitti, de Naples, confie le soin d'étudier ce document dans la grande revue d'économie politique appelée la Riforma sociale. M. Invrea, ainsi chargé par la science italienne d'expliquer et de développer la pensée du Vatican, est ce jeun.' sociologue qui, peu d'années en arrière, dans un congrès catholique tenu a Padoue, appuyait de son éloquence et de son autorité certains vœux Port remarqués, et dès lors appli-
1 Rivista internazional 5 ociali, février, 1901, p. -Mi 211
qués par les municipaliti itholiques de la péninsule, en Paveur de la progressivité de l'impôt. Cédant è l'in tation de M-Nitti, M. Invrea s'est courbé *ur l'Encyclique il a suivi tous les méandres de la pensée papale, et voici comment il conclut : •• Il n'\ a pas à douter q itte Encyclique doive exercer une grande influence dans le développement futur du mouvement démocratique chi tien. Elle pousse tous les catholiques, d'une Façon plus explicite et plus décisive, à l'action sociale; et nul
(loin»1 le programme concrel démocratique chrétien, qi dans les diverses localités, les catholiques iront développant, trouvera toujours de plus nombreux adhérents de plus assidus propagateurs, à mesure qu'il s'inspirera des grandes Lignes des enseignements pontificaux et de l'étude sereine de la réalité. Et il est certain, dès lors, que la démocratie chrétienne deviendra un facteur social dont l'importance ira graduellement croissant 1
Quelque significatifs que soient ces commentaires, d'autres manifestations, qui se déroulent ou se préparent en Italie, permettent d'apprécier plus sùremeni encore la portée du document pontifical. La Società Italiana cattolica di Cultura, dès le lendemain de l'Encyclique, a Iam l'annonce d'un surcroît d'activité : elle a fonde, sous le titre de Domani (VItalia, un nouveau périodique catholique populaire ; elle a, désormais consciente de sa force et confiante au succès, arboré le programme d'une série de manuels scientifiques qui formeront une sorte d'encyclopédie' « catholique sociale », et pour lesquels des professeurs d'Universités comme MM. Toniolo et Pétrone, des professeurs de Grands Séminaires comme W Rossignoli, des Jésuites comme le P. Mattiussi, ont promis leur fidèle concours. Les représentants autorisés de l'Église enseignante, les évèques, les supérieurs des séminaire-, les aumôniers des cercles de jeunes gens, organisent à
(1) Invrea: h'Enciclica sulla democrazia cristiana, i>. II. (Extrait de la Rifoi sociale, février 1901.)
l'envi des conférences, où l'Encyclique est commentée, analysée; on en tire, suivant les diocèses, les conclusions, pratiques qu'elle comporte, tant pour la jeunesse des Universités que pour la jeunesse des sanctuaires. Don Albertario, dans une conférence donnée le 17 février au Fascio democratico cristianode Milan, salue l'Encyclique et ses premiers effets comme une brillante revanche sur les vexations doni la démocratie chrét ienne était l'objet : .. Devant le tribunal militaire, s'écrie-t-il, la qualité de démocrate chrétien étail un crime, a l'égal de celle de socialiste ei d'anarchiste. Hors «lu tribunal, on déclarail les démocrates chétiens criminels, ou peu s'en faut, et rebelles à la hiérarchie sociale et a la hiérarchie ecclésiastique. » Touies ces suspicions sont désormais balayées. La prudence temporisatrice des pasteurs, planant au-dessus des polémiques, épiait depuis longtemps un signe du Vatican ; ils achèvent de comprendre ce signe et tout de suite commencent «à s'y conformer. Jusqu'ici, dans certaines chaires, en présence île la ^lencieus*' expectative du Pape, on préférait l'ennui d'être incomplet au risque d'être faillible, et l'on aimait mieux déconcerte]- les curiosités juvéniles par une muette réserve que de les satisfaire par un exposé d'opinions peut-être aventureuses ; désormais ce risque est évité, ces opinions sonl consacrées : il a suffi que la voix de Léon Mil se fît entendre et qu'elle fût rassurante pour que le programme d'action qui s'intitule démocratique chrétienne devînt sans ambages ni retard, sous les auspices de l'épiscopat italien, un thème d'éloquence et un objet d'enseignement.
Ainsi commence de s'épanouir, en Italie, par l'action commune de l'épiscopat et du jeune clergé, cet esprit d'harmonie active, de concorde féconde, d'initiative à la fois hiérarchique et autonome, que réclame Léon XIII, en tous pays, avec une inlassable ténacité; les Lettres qu'il adressait naguère à M*r Doutreloux, évêque de Liège, et au clergé de France, étaient un premier
témoignage du désir pontifical ; l'action qui s'inaugure dans un certain nombre de di< italiens en es! la
réalisai ion.
Victorieuse en Italie de certaines timidités, l'Encyclique Graves de communi, en d'autres p ison de plusieurs équivoques. On craignait en Allen - que la •• démocratie chrétienne •• ne fût socialiste; on craignait en Belgique que la «démocratie chrétienne» ne fût nécessairement républicaine. La bonne foi concevait ces craintes, la mauvaise foi les - ait. Le dictionnaire, en Allemagne, paraissait complice. Sozial- Demokraiie, c'est ainsi que se dénomme, au-delà du Rhin, le parti socialiste révolutionnaire. Les appréhensions qu'il inspire ont porté préjudice, là-bas, au mot même de démocratie ; beaucoup de catholiques ont dit et quelques-uns ont pu croire que la « démocratie chrétienne» était un collectivisme déguisé. La Belgiqueà tour s'alarmait : dans ce royaume, dont la constitution même, parfois, semble menacée par une sorte di curité, les tentatives de groupements ouvriers, que poursuivaient, parallèlement aux socialistes lutionnaires et, à rencontre de ceux-ci, les ■• démoci chrétiens », servirent de prétextes aux ennemis des organisations ouvrières pour accuser la ««démocratie chrétienne » d'être, qu'elle en eût ou non consciei une aile droite du parti républicain.
La parole de Léon XIII dissipera ces anxiétés. 11 en avait, plusieurs années durant, recueilli l'expression, tantôt naïvement émue, tantôt savamment concertée ; il a senti qu'il fallait pacifier les émotions et déjouer les artifices ; de là, sa nouvelle Encyclique. - Il est évident, déclare-t-il, que la démocratie chrétienne et la démocratie sociale n'ont rien de commun ; il y a entre elles toute la différence qui sépare le système socialiste de la
profession de foi chrétienne.» Que l'Allemagne donc cesse d'avoir peur e1 d'être la dupe, aveugle ou complaisante, d'une question de mots. La Belgique, elle aussi, reçoit satisfaction. -11 serait condamnable, dit le Pape, de détourner à un sens politique le terme de démocratie chrétienne. Sans doute la démocratie, d'après l'étymologie même du mot et l'usage qu'en onl fail les philosophes, indique le régime populaire; mais, dans les circonstances actuelles, il ne le faut employer qu'en lui ôtant tout sens politique el en ne lui attachant aucune autre signification que celle (Tune bienfaisante action chrétienne parmi le peuple. Cela étant pose, les intentions et l'action des catholiques qui travaillent au bien des prolétaires ne peuvent, a coup sûr, jamais tendre à préférer un régime civil a un autre ni à lui servir comme de moyen de s'introduire. » Les chefs les plus autorisés de la « démocratie chrétienne » en Belgique s'étaient, en effet, soigneusement gardés de toutes visées anticonstitutionnelles; la «démocratie chrétienne», pour eux, était un système social, et rien autre chose. Relisez, pour nous en convaincre, la définition qu'énonçait naguère le théologien de ce groupement, M. le chanoine Pottier, professeur au Grand Séminaire de Liège: *La démocratie, écrivait-il, entendue au point de vue chrétien, est un système social qui a sa racine dans une doctrine précise et absolue, celle du christianisme, et qui exige, à titre de conséquence nécessaire, une organisation protectrice de la classe ouvrière, et, dans ce moment historique, à titre de convenance contingente, une amélioration et une élévation de sa condition 1). » Rien ici n'était politique; il n'y avait rien ici dont le régime civil existant en Belgique eût le droit de prendre ombrage. C'est as pour le trône de Belgique, que sous la poussée des part is révolutionnaires il se doive résigner à trembler : la - démocratie chrétienne •• ne mérite point de lui susciter
par M. ! \
cet autre tremblement, celui de la peur. On peut augurer qu'au delà de la Meuse comme au delà du Rhin dispa Iront, i la faveur des explications de Léon XIII, - tous dissentiments relatifs au terme de démocratie chrétienne ••, el que •• tous les soupçons de danger s'évan ront, quant à la chose elle-même exprimée par ce moi -.
Il est intéressant d'obs< d'ailleurs, qu
France même, où pratiquement, comme no • verrons loiii à l'heure, les démocrates chrétiens doivent la démocratie politique, M. l'abbé Gayraud, quelques jours avant la publication de l'Encyclique, énonçait déjà les mêmes distinctions théoriques sur lesquelles l«- Souverain Pontife insiste : - .)<■ voudrais, écrivait le député du Finistère, dégager le devoir 'le1 l'act ion >eei;il<' de toute suspicion de républicanisme et do démocratie... < action a pour principes, non pas une adhésion politique quelconque, mais le sentiment <i<- la justice social*' et Je sentiment chrétien de la fraternité, (liez le prêtre, un nuire puissant motif vient s'y joindre: celui de démont au peuple la divinité du christianisme par ses bienfaits sociaux. L'action sociale ne se présente donc pas essentiellement avec un caractère politique et démocrati Rien ne le prouve mieux que l'action du clergé en Italie, au Canada, en Belgique, en Allemagne, en Alsace- Lorraine (1). •■
Ainsi le mot de » démocratie chrétienne », libéré des fausses interprétations dont l'accablait la malveillance des partis ou l'étroitesse des coteries, possède désorn dans l'encyclique Graves de communi, son acte de baptême, et cet acte de baptême le naturalise, si l'on peut ainsi dire, dans tout l'univers chrétien.
La démarcation si nette que Léon XIII vient de tracer entre la » démocratie chrétienne •■ et le socialisme
1 Gayraud : La Crise de la foi, ses p. 215. Paris, Blodd, 19U1.
révolutionnaire sera désormais, pour la première d< ces tendances, la ligne de défensela plus sûre, La plus efficace, la plus décisive, contre une accusai ion dont, ailleurs même qu'en Allemagne, les .. démocrates chrétiens étaient fréquemment l'objet. On les soupçonnait parfois, en France, sous un accoutrement qu'ils s'efforçaient de rendre orthodoxe, de jouer le rôle de fourriers ou de recruteurs pour l'armée grossissante de l'hérésie sociale ; et Ton justifiait le grief en cataloguant un certain nombre de revendications, effectivement communes à la •• démocratie chrétienne •• et aui partis révolutionnaires.
L'encyclique Graves de communi élève singulièrement le débat : elle ne s'arrête point à ces analogies de détail, elle va droit au fond des idées. D'une pari, il y a une métaphysique ; et cette métaphysique, précisée h perpétuellement enrichie par les enseignements de la révélation et de l'Église, est le point de départ de la doctrine sociale : la fraternité humaine s'appuie sur la paternité divine. D'autre part, au contraire, --'étale la négation du transcendant ; le culte de l'Humanité - car l'âme humaine est ainsi faite qu'il lui faut toujours un culte — s'installe sur les décombres des croyances anciennes : se présentant sous les noms de panthéisme, positivisme, solidarisme, s'étayant <m un mot sur l<i> systèmes philosophiques les plus divers, ce culte se propose comme le seul garant du bien-être humain et projette contre Dieu, docteur de résignation, le défi d'un incessant blasphème. D'une part, cette métaphysique souveraine, qui crée les assises de la doctrine sociale, <-on\ ie les être humains a considérer les biens de la terre comme des moyens d'existence personnelle, d'existence familiale, de progrès social ; et Ton démontre, comme l'a l'ait un jour, avec son originalité d'autodidacte, M. Paul Lapeyre, que la recherche du progrès humain et du bien-être général n'est pas contraire aux obligations de l'ascétisme chrétien. D'autre part, les systèmes nouveaux — renaissance parfois avouée du paganisme antique —
dan le quels tout est Dieu excepté Dieu lui même, entenl la jouissance des biens terrestres comme une fin en soi. D'une part, on s'inspire de ces pai ol< ainl
Thomas', qui, d'après M. l'abbé Naudet, formulent le but même de la * démocratie chrétienne » : -Il y a une fin surnaturelle qui esl Dieu. La société doit fournir aux hommes les moyens les meilleurs de travailler à leur développement intégral, afin de rend leur créateur un hommage plus complet, et, ainsi, de se rapprocher de leur finfl).* D'autre part, on traite d'imposteur qui lèvent vers les deux leur regard, — Lamartini dit: leur souvenir. L'écart est Immense, le fossé infranchissable.
Mais voici se dessiner, sur l'une des rives de l'ossé, certains signes d'assagi ssement pratique, certains gestes de politique, qui nous permets absurdité,
d'entrevoir une heure d'histoire, plus prochaine peut-
qu'on ne le croit, où le parti qui s'intitule socialis atténuant la rigueur de ses constructions ou l'ambition de ses exigences, deviendra simplement un parti de réformes radicales. La théorie de cette évolution est déjà toute prête; elle est là, à portée de nos yeux, dans les écrits de Bernstein, où cette façon d'opportunisme socialiste, qui semble commandée par l'intérêt, se prévaut orgueilleusement de la science, et où le marxisme, bagage trop lourd pour être traîné dans les ministè est dénoncé, ou peu s'en faut, comme une erreur historique et sociologique. Chaque leader socialiste qui parvient aux fonctions publiques^devi<>ni, quoi qu'il veuille et quoi qu'il dise, un disciple de Bernstein ; et l'hypothétique Cité de V Avenir juxtapose désormais ses bâtisses, correctement régulières, ennuyeusement homogènes, à la ligne déjà longue des nombreux châteaux en Espagne édifiés à toutes les époques par l'oisive imagination des architectes sociaux.
(1) Naudkt : La Démocratie et les démocrates chrétiens, p. 30.
Naturellement, au cours de celle évolution même, les points de contact se multiplieront entre les désirs immédiats et précis des politiciens socialistes ei ceux de l.i «démocratie chrétienne». Le volume si lucide et si fouille que M. Max Turmann vient de consacrer aux développements du catholicisme social depuis l'encyclique Rerum novarum[] permet à tout lecteur intelligent de deviner ces points de contact et «le les définir ; nous n'avons pas à insister. Ne voyons-nous pas, déjà, quels éloquents parallèles pourraient être tracés cuire le décret de M. Millerand sur les conseils du travail et les lointaines propositions déposées il y près de quinze ans par MM. de Muu et Lecour-Grandmaison : le projet de loi qu'on dénomme, en un laconisme assez inexact, projet sur la « grève obligatoire »> est présent à tous les souvenirs; si discutable qu'il soit à beaucoup d'égards, il réserve peut-être aux aventureux prédicateurs de la grève générale la plus gênante des entraves, et c'est ce qu'ont osé dire les socialistes allemands, qui l'ont critiqué (2) ; tel qu'il est, ne prend-il pas son point d'attache dans une conception de l'organisation professionnelle commune aux inspirateurs de M. Millerand et aux sociologues, trop longtemps méconnus, de l'Œuvre des Cercles catholiques ouvriers ? Le remarquable ouvrage de M. Paul Boncour: Le Fédéralisme économique (3), où Ton pourrait saisir en quelque mesure la philosophie du projet Millerand, allègue loyalement comme témoins ou comme maîtres plusieurs d'entre ces sociologues : el c'est de quoi, sans doute, ne se pouvait consoler M. G. Sorel lorsque, dans le Mouvement socialiste (4 , il prenait a partie un publiciste indépendant, M. de Monzie, coupable d'avoir parle en termes excellents (lu livre de M. Paul Boncour et de la thèse, non
iris, Ai . an.
.' Mouvement socialiste, 15 Janvier el Le' févrii i
r iris, Ai i vn, 1900.
! .1/' iliste, !<•■■ <-t 15 janvier 1901.
moins digne de lecture el d'attention, que M. Fernand Payen consacrait naguère aux conseils belges de l'ind
trie «'i du I ra> ail i ).
Il semble donc que, pratiquement, sur le terrain des vœux «'i, sur le terrain des fait », certaines afflni ■ perceptibles entre les projeta pratiques de quelques écoles socialistes et l'action de la * démocratie chrétienne Mais M. Gustave Rouanet, dans les multiples corn rendus dont il honore les publications catholique et auxquels la Revue socialiste donne l'hospitalité, , perpétuellement l'initiative de nous avertir qu'entre lui • ■i nous l'antagonisme philosophique est irrémédiable : sa plume impétueuse se donne une peine bien superflue. Nous n'avions qu'à relire, pour être édifiés à ?ard,
la lettre que Léon XIII, dès le début de son : [ cra au socialisme ; nous n'aurons qu'à relire, désormais, la récente Encyclique sur la •• démocratie chrétien! Deux intransigeances doctrinales sont en , ice : ce
n'est pas la notre qui cédera. Surviennent dès 1< discussions parlementaires où des signatures hétérogènes se juxtaposeraient au bas de certains projets, où des bulletins hétérogènes se confondraient au fond des urnes : nous ne nous alarmerons pas, le cas échéant, de voir certains socialistes être avec nous — que ce soit devanl derrière — les auxiliaires de certaines mesures immédiates de justice sociale; et telles rencontres épisodiques, sagement concertées ou délimitées, nous paraîtront <1 autant plus exemptes de périls, qu'une fois de plus la parole de Léon XIÏI vient de rappeler et de garantir les droits intangibles de la vérité. Cette page de philosophie dans laquelle le Pape, pour rassurer l'Allemagne, dresse une infranchissable barrière entre la doctrine de la démocratie chrétienne et la doctrine de la Sozial-Demokratie, émancipe pratiquement, en même temps qu'elle la guide, l'action publique et l'autonomie parlementaire des
(1) Paris, Rousseau.
.. catholiques sociaux - ; et comme il arrive souvent dans l'histoire de l'Église, cet enseignement donne une impulsion par là même qu'il érige une digue.
I Pareillement, les lignes où Léon xm semble surtout vi§er la Belgique, el dans lesquelles il explique, en substance, que l'action populaire qualifiée de » démocratie chrétienne » se peut exercer sur ions les terrains politiques et sous l'égide do toutes les constitutions quelles qu'elles soient, renferment implicitement, pour nos Français, une direction e1 une leçon. Issue historiquement, comme on l'a dit ici même, de l'abdication effective do la noblesse el delà royauté 1 , lu démocratie représente, eu France, le régime établi ; elle propose à tous les citoyens un commun terrain d'action ; suscep tible assurémenl d'être constituée d'une façon diverse, elle ne cessera jamais, a ce qu'il semble, de faire prévaloir comme principe fondamental, que le dépô! et la disposition de la puissance publique appartiennes au peuple, dûment organisé et dûment consulté.
Si donc nous voulons appliquer en France les maximes de l'encyclique Graves de communia nous y lirons, et nous en retiendrons : que •• les préceptes chrétiens peuvent concorder avec n'importe quelle forme de gouvernement, pourvu qu'elle ne soit pas contraire a l'honnêteté et à la justice •• ; nous constaterons qu'en France In forme de gouvernement est la forme démocratique ; et jaloux d'une docilité littérale aux indications du Pontife suprême, nous nous installerons sur le terrain démocratique, qui est le terrain national, pour exercer
I Fonseqrivi /■ crise sociale, p. 448. Cf. Gayraud: / hrétiens,
\>. 10 : •• La d< mocratie u esl paa regardée par nous comme l'avènement d'un droit primordial résultant de L'égalité naturelle des nommes, mais comme un fait social issu il<-^ faits antérieurs qui forment la trame de l'histoire
parmi nos concitoyens l'action - démocratique chi tienne ••. En France, en Si en Amérique, ,m
'•m et veulent être où ce mol est pi le
Pape, des ■■ démocrates chré! iens • . doivent êtr< . la blement, des démocrates bout court, et cela, non i l'effet d'afflnit clusives, purement Lhéoriqi ntre
la ■• démocratie chrétienne •• et telle ou telle forme de gouvernement, mais en vertu de ce principe que les •• démocrates chrétiens ••, dégageant leur action d • toi préoccupation politique, la doivent appropri politiques existants I .
L'Eglise romaine, respectueuse d'une part de tout pouvoir constitué, et soucieuse d'autre part quel'en< clique Rerum novarum soit appliquée sous toutes latitudes, comprend et bénit, sous le vocable comn - démocratie chrétienne ••. l'ensemble des efforts i tentent les catholiques pour adapter aux i divers pays e1 a l'organisation des divers États l'ui réalisation des enseignements de l'encyclique Rerum novarum. Ainsi, en France, comme ailleurs, le mou1 ment •• démocratique chrétien •• aura pour but le soulagement et le relèvement du peuple ; en France, comn
'1) Il est intéressait de rapprocher de l'encyclique (;,■«,■ ; xill
dégage la « démocratie chrétienne ». de toute affinité politique exclusive, les id< qu'exprimait il y a deux ans M. l'abbé Gayradd dans son livi
(Paris, Lkcoffre). «La politique, écrivait M. Gayraud, est très secondaire aux yeux démocrates chrétiens, soit qu'ils la subordonnent entièrement, comme il est juste, à l'asociale, soit qu'ils tiennent la question politique pour résolue en fait. Ils ne s'intéressent a la réorganisation du suffrage universel, à la décentralisation administrative et à l'émancipation communale, qu'à cause des rapports étroits de ces changements ave.- la n :iou professionnelle et la part légitime d'influence qui doit appartenir aux associations dans le gouvernement du pays. Leur programme, de même «nie leur doctrine, est donc avant tout économique : et le grand devoir de l'heure présente leur parait être celui de l'action démocratique sociale. •• Gayrauo: Les dén p. 291 etsuiv, —A grès du parti ouvrier chrétien tenu à Reims en 1896 et au Congrès national de la Démocratie chrétienne tenu à Plaisance en 1900, on a voté la proposition suivante : ■ Le parti démocratique chrétien, estimant que les questions sociales priment les autres, laisse à chacun de groupements la liberté de se placer ou non sur le terrain politique ; mais si ces groupements se placent sur le terrain politique, ils doivent se déclarer nettement républicains démocrates... •• [Association catholique, 1900, II, p. 17:j. Ainsi les deux Congrès admettaient : ]<> que la -démocratie chrétienne- n'est pas nécessairement un groupement politique: 2o que, si elle veut avoir une action politique, elle doit, au milieu de la démocratie franc; : se placer sur le terrain démocratique.
ailleurs, il tiendra compte du régime civil accepté par la nation ; ce régime est la •• démocratie » ; et le mouvement .. démocratique chrétien -, si le Chris! est propice, aura peut-être cette vertu suprême de christianiser, parmi nous, la •• démocratie politique... -
Léon XIII, recevant, le 8 octobre 1898, un pèlerinage d'ouvriers français, prononçait ces graves paroles : .. Si la démocratie s'inspire des enseignements de la raison éclairée par la foi ; si, se tenant en garde contre de fallacieuses ou subversives théories, elle accepte, avec une religieuse résignation et comme un fait nécessaire, la diversité des classes et des conditions; si, dans la recherche des solutions possibles aux multiples problèmes sociaux qui surfissent journellement, elle ne perd pas un instant de vue les règles de cette charité surhumaine que Jésus-Christ a déclaré être la noie caractéristique des siens ; si, en un mot, la démocratie veui ('are chrétienne, elle donnera a votre pairie un avenir de paix, de prospérité et de bonheur (i). »
Léon Mil parlai!, ce jour-là de la forme politique connue sons le nom de démocratie, et de l'accès qu'elle peut et doii offrir aux influences chrétiennes. L'action populaire dite » démocratique chrétienne •• au sens que prémunit ces mois dans l'encyclique Graves de communi, fraiera la rouie à ces influences. Sembierions-nous l'aire un jeu de mois en disant qu'en France la démocratie peut devenir chrétienne grâce à la •• démocratie chrét ienne - ? ('cite apparente subtilité, nous la risquons, afin qu'il demeure bien établi, au terme de cette étude, que Léon KM, en publiant l'encyclique Graves de communi, a prétendu offrir à l'univers catholique un document sociologique, non un document politique ; que la - démocratie chrétienne •• dont il reconnaît, pour tous pays, le droit a l'existence, est un système d'action sociale, ei non l'ébauche d'institutions politiques; que cette
(1 Cité daus Gayraud : Les Déniocrad 520-2Î1.
• démocral ie chrét ienne », ainsi compr tppelée
.! raire prévaloir l'esprit de l'Evangile dans l< nement des Etats, quelle qu'en soil la forme : '-1 q France enfin, «'11'' doit être, logiquement, le plus ferme appui <l<i la * démocratie politique *», qui est le régime en vigueur et le cadre naturel de l'action civique.
I ,i ,,i; ,i g i ,i iY.\l .
C'est à juste titre que nous dédions nos modestes pensées sur la vénérable Encyclique Graves
DE COMMUNJ RE a GEORGES GOYAU
à Tizio Veggi \n et " M \\ Turm \N.
A Georges Goyau qui de nosjours, a fait connaître avec une profonde et géniale intuition la sagesse di la réforme sociale proposée par V Eglise; û T. Veggian qui, le premier parmi les Italiens a tente d'en écrire l'histoire, à M. Turman qui Va reliée aux destinées et aux espérances de la civilisation contemporaine. En même temjts nous exprimons l'espoir que, dans une affectueuse concorde des esprits, Von reconnaisse de pins en plus que Léon XIII, en définissant et en consacrant la démocratie chrétienne, t'a indissolublement lice an programme commun etgéneral des catholiques.
G. TONIOLO-A. POTTIER.