A CETTE HEURE SOLENNELLE
Une l'ois de plus par l'Encj cli |ue du 18 janvier 1901 . « Graves de communi re - sur la Démocratie chrétienne, Léon XIII a fail entendre sa voix au monde entier.
Croyants ou incroyants, tous sont habitu< sormais à reconnaître dans la parole du Pontife un événement historique. Ainsi apparaît plus évidente que jamais, la vérité de la parole du philosophe Schelling, ~ que le christianisme (entendez ici le catholicisme en toutes ses affirmations intéresse autant l'historien que le théologien.
Et en effet, ce Document pontifical, tout en gard entière l'Autorité suprême sur les fidèles, heureux de lui donner une prompte et docile adhésion, et sans perdre son cachet personnel d'oeuvre de l'homme supérieur, que tous reconnaissent en l'Auguste Vieillard du Vatican, présente (comme chaque manifestation d'ailleurs de la divine mission de l'Église) un double lien qui le rattache à l'histoire du siècle où il parait.
D'un côté il se mêle et s'entrelace a toutes les vicissitudes historiques qui constituent la physionomie caractéristique de la société contemporaine et s'adapte à X ambiance extérieure,
De l'autre il se prépare et se forme à travers une longue élaboration historique, apparaissant enfin comme le fruit mur d'une progressive et intime évolution.
Toujours dans l'histoire de la civilisation chrél ienne, la semence divine tombe h germe au milieu de circonstancesqui semblenl l'attendre el au temps opportun.
La considération de la nouvelle Encyclique dans ses rapports intimes avec l'histoire et la sociologie, répond donc aux bonnes méthodes scientifiques el semble en mémo temps la meilleure règle d'interprétation pour en comprendre la signification el la valeur.
1. Trois immenses faits sociaux (pour s'en tenir strictement à ces derniers dominent tout le XIX' siècle et se prolongent dans le nôtre :
a La dissolution définitive de l'ordre social chrétien dont la sage et laborieuse élaboration avait coûté des siècles à l'Eglise. Cette dissolution a été amenée par le triomphe de deux théories philosophico civiles, toutes deux filles de la négation des Droits de Dieu sur la Société. Leurs deux représentants philosophiques sont Kant et Hegel, l'un, auteur dun individualisme libéraliste qui émancipe et désagrège, l'autre d'un panthéisme autocratique d'Etal qui concentre et nivèle tout. Tous deux ont lini par réduire la Société à un endettement absolu.
b L'effet parallèle de ce processus pathologique a été d'introduire à la hase de la Société, de développer de longue main et enfin de déchaîner comme des flots, sous l'impulsion de profondes et immenses innovations techniques dans l'industrie, le commerce et les communications, un prolétariat misérable, matérialisé et menaçant. L'état de ce prolétariat est la négation et la destruction de la condition respectée, prospère et faisant corps avec la solidité même de l'Etat, a laquelle l'Eglise avait autrefois élevé les fils (\u peuple travailleur.
c Enfin, comme conséquence logique de ces principes philosophico-civils, et comme réaction historique contre ceiie double maladie générale et particulière, on a vu se constituer, se répandre ci s'imposer dans tous les pays le socialisme scientifique. Il s'est divisé en deux écoles puissantes, se rattachant respectivement a Kant et a Hegel : l'une a tendance individualiste, libérale, anarchique, l'autre a tendance panthéistique, autocratique ou d'Etat,
Depuis qu'il s'est affirmé d'une raanièi lennelle en 1848, l'un l'anarchisme avec Proudhon et
en Russie avec Bakounine : l'autre le collectivisme d'Etal , établi en France avec L. Blanc et en Allemagne avec Lassale, le Socialisme s'est complété par le Manifeste de Londres d'Engels et de Marx, et a fini par prendre en mains l'organisation pratique et la direction doc! ri nale du prolétariat mondial groupé en deux arnu grandioses: l' Alliance Universelle Anarchiqueôc 18 l' Association Internationale des Travailleurs de 1864.
Ces faits immenses devaient naturellement susciter des projets et des efforts de restauration sociale, el c'est précisémenl sur eux qu'est venue se greffer Faction sociale de l'Eglise. Trois écoles on1 individualiste-libérale, l'école politico-sociale, et l'école réformat rice morale-chrétienne.
fJécole individualiste-libérale ; elle eut d'abord une carrière heureuse et propagea des institutions populain conformes à l'individualisme doctrinal et inspirées du principe du self-help (sociétés de secours mutuels, co< >pératives de crédit); cela se passa spécialement en l£ grâce à Schulze-Delitzch (les banques populaires allemandes) et a Holyoake (la coopération anglaise ; puis elle commence à subir, même à l'égard de la crise sociale, ce processus de dissolution qui aujourd'hui est manifes et irrémédiable.
En présence de l'immense question sociale, sauf quelques optimistes solitaires qui continuent à appeler un plus large souffle de liberté, le vieux parti libérai décompose en trois courants et se confond avec eux : les uns Rattachant à un libéralisme radical avec Feuerbach et Dûhring font de loin des amours à un idéal anarchique; d'autres plus positifs et plus sensés, au risque de passer pour incohérents à l'égard des principes individualisa s, se mettent dans les rangs des réformateurs d'Etat favorisent cette législation sociale qui avant toute antre fut l'honneur .des libéraux anglais et s'enlace à l'histoire parlementaire de Pitt, Huskisson, Peel et Gladstone. Enfin il y a un résidu puissant d'hommes d'affaires et
non de doctrine, p >ur La plupart capitalistes el politiciens
qui tiennent avec ténacité aux institutions libérales présentes favorables à leur puissance actuelle el qui en présence du malaise social el de l'envahissement du socialisme, ne font appel qu'aux lois d'exception et à la répression parla force. Quoi d'étonnant si pareille école se montre impuissante à apporter un frein ou un remède à un malais" que, par ses ihéories et ses agiss mon is, elle a «mi grande partie engendré elle-même?
Uécole politique sociale^ poussée par les jeunes économistes allemands, s'est détachée du parti libéral en 1870, s'est constituée en une puissante union de propagande (Verein fur sozialpolitik) et a eu une meilleure fortune. Elle ^<i leva avec le propos explicite d'analyser a fond le problème social (so/iale Frage) et de le résoudre immédiatement au moyen de lois et de mesures d'Etat ; à cet effet, il arma celui-ci (conformément à une conception politico-panthéiste) d'un pouvoir sans limites pour transformer toutes les institutions privées et publiques de la manière qu'elle jugeail utile ou nécessaire au salut et au progrès indéfini de la civilisation morale et matérielle ; c'est ainsi qu'elle élabora ce système complexe, et pesant <le législation sociale ouvrière qui, rentré dans le programme politique du prince de Bismark et du nouvel empire depuis L879 el abattu ensuite au parlemenl allemand redressa, il l'aui l'avouer, beaucoup d'injusiices et apporta de notables adoucissements au malaise social, spécialement dans les classes laborieuses et pour ce motif fut plus lard copié en large mesure par les autres Etats européens.
Mais cela n'arrêta point le cours du socialisme qui envahit plus que jamais les muli iiudes et les assemblées. .. Si nous, loin comme nous, disait Bebel, vous invoquez l'omnipotence panthéiste du gouvernement pour restaurer Tordre social, quel droit avez-vous de nous empêcher si, avec plus de logique, nous riii\<M|Uons jusqu'au bout pour la complète réalisât ion du collectivisme dans lequel mais apercevons le sommet de la civilisation? Vous autres soci a listes de lu chaire cl socialistes d'état^ s. don le
el les échanges à In loi de la jus lice, de l'éthique i prescriptions chrétiennes. Il fau! aider à la double tâche
ononiiqueet sociale)par toutes les espèces S associait populaires d'initiative privée en \ comprenanl aussi les corporal ions libres et mixtes •i| inférieures) ; il faut enfin féconder cette tâch* toutes les formes modernisées de charité individu» <'| sociale, et en particulier du patronage chrél l'égard des classes travailleuses; et à tout cela il faut aider par l'action de l'Etal protectrice de l'ordre jui dique d promotrice du bien commun, action qui don se développer complètement en traitant tout le monde avec égalité; il faut surtout appeler le secours de l'autorité directrice el de l'efficacité régénératrice de qu'on reconnaît el proclame la source première et pensable de conservation sociale et de pn -ml.
Il y eut une admirable et éclatante radiation rie théories chrétiennes oubliée-. Ellesconvei : biei
en quelques loyers très vastes et lumineux autour desquels tous se retrouvèrent. Ce fut une renaissai inattendue et en moins de vingt ans, de 1870 à 1890, elle mit en évidence l'existence systématique d'une •"•oie sociale-catholique qui s'imposa au respect de tout écoles réformatrices et a l'attente anxieuse du monde enténébré et souffrant. Elle fut le produit d'une collab ration universelle qui montrait en quelque façon l'unité des esprits chrétiens autour du problème social. OU y retrouve en France, de Mun et de la Tour du Pin. A peine revenus des campagnes sanglantes de 1870, ils commencent Ja lutte de pensées et d'œuvres restauratrices qui trouve plus tard son organe dans Y Asssociation catholique et où brillent les noms de de Pascal, Lecour- Grandmaison, de Segur-Lamoignon et plus tard, de Lorin, de Milcent, de Savatier, de Cetty : on y voit des BeL longtemps commandés par Woeste publiciste et homme d'Etat et qui guerroient sous l'oppression du libéralisme maçonnique; on y aperçoit des catholiques du nouvel empire allemand, continuateurs de la pensée de Ketteler
et inspirateurs de ce centre parlementaire germanique déjà constitué depuis 1871 ; ce sont Moufang, Lehmkuhl, Winterer, Costa-Rosetti, Hertling aidés eux-mêmes par les aristocrates autrichiens Vogelsank, Bloeme, Kufstein qui gémissent sous l'oppression du capitalisme de la banque et de la bourse ; on y retrouve l'Italie qui, mêlant dans ses congrès tenusdepuis 1875, lesél udes aux oeuvres, marquait chacun d'eux d'une pierre milliaire des revendications sociales. Enfin on voit réunies toutes les nationalités dans les assemblées scientifiques de V Union de Fribourg dont l'aimable président, Mermillod, Evêque puis Cardinal servait de correspondant entre tous • ■■ agissants et le Vatican.
Cette école catholique refleurissant autour de Léon XIII l'ut aussi une force qui suscita et propagea des institutions et des organisations pratiques sociales et chrétiennes; ce furent, des 1871 pour la France les cerles ouvriers de Meignan, de de Mnn ei de de la Tour du Pin ; en Allemagne et en Angleterre, les associations ouvrières de Kolping, les unions de patrons et de paysans de Schorlemer-Alst, les premières initiatives pour la défense de la petite propriété i Hofrecht, Homestead , les sociétés coopératives de toutes formes depuis celles de production de Ketteler jusqu'à celles de crédit de Raiflfeisen avec une efflorescence simultanée d'œuvres d'épargne, d'assurance et d'achats collectifs, sociétés coopératives transportées en [talie pur Cerutti, en France par Durand et plus tard multipliées partout de la Gallicie jusqu'à l'Irlande et l'Espagne; tout cela constitue une véritable bénédiction qui est tombée sur le peuple et prouve aux yeux du monde que l'idée chrétienne, comme son divin auteur, a passé pur là en faisant le bien.
Et cependant, bien qu'il représentai quelque chose de systématique et de classique, ni l'idée scientifique, ni
Paction pratique dea catholiques ne se contei programme, pas plus que de lires qui pourra
se dire normales et fondamentales. Et peudetemp cette date solennelle de 1870, se firent jour parmi les hommes de la pensée et de l'action catholique des tendances vers des directions plus marq et plus
hardieSi
i . Mlles reçurent leur impulsion d'aut mptoi
et d'autres révélations de la conscience publique contemporaine qui menaçaient de rendre la crise sociale plus universelle.
Tels i'ureui :
— la diffusion du matérialisme scientifique. Comprise par les multitudes déchristianisées : universalisée autant par Haekel sous forme pantheistique que Dûhring continuateur de Feuerbach, aous forme ^individualisme radical ; alliée au triomphant pessimisme d'Hartmann, et enfin répandue par une effrayante propagande de l'université à la place publique, c philosophie poussa partout à l'extrême, l'intolérance malaises sociaux et aigrit spécialement l'esprit, révolutionnaire de la multitude.
— Le socialisme sous foutes les formes qui partout se campait menaçant. L'association internationale <\''> travailleurs représentant le collectivisme panthéiste d'Etat avait été dissoute en 1872. Elle réparait après peu (Tannées animée d'un mouvement fébrile sous la forma d'autant de sociétés nationales autonomes adapt génie de chaque peuple et coordonné des
statuts communs, (ceux de Gotha en 1875 et d'Erfur 1801). Ainsi ce mouvement prend, sous le nom de démocratie sociale, une intensité vertigineuse dans les parlements et dans les foules, depuis l'Amérique jusqu'aux pays latins les plus réfractaires.
D'autre part Yalliance anarchique universelle reprétant l'individualisme nihiliste fut recomposée en 1873. Sous le prince Krapotkine et avec le mot d'ordre allons
au peuple, elle entra dans la période de la terreur ; c'est alors qu'écjatèrenl les traîtres assasinats d'Alexandre II de Russie 1880), du président Sadi Carnot en France, suivis plus tard de ceux <l<i l'impératrice Elisabeth L889 el du roi Eîumberl 1900). Le public était désormais convaincu de la marche irrésistible que, grâce au prolétariat, l'anarchie avail réalisée.
Les organisations de l'industrie moderne avaient pénétré dans tous les pays mêmes Kis plus retardataires, depuis ceux dos Slaves jusqu'à l'Italie <ii l'Espagne. Il eu était résulté chez 1rs prolétaires une conscience de classe impatiente de hâter son émancipation et ses vengeances. [1 s s'enrôlent en masse dans les chambres collectivistes de travail et dans les sociétés secrètes de l'anarchisme.
En présence de ces faits formidables, il était naturel, il fut même providentiel que de ce programme social catholique ordinaire et commun à tous, vint à se détacher, à croître et à acquérir la prépondérance, un courant de pensées et de programme plus urgent pour répondre à l'inéluctable nécessité de faits immanents, plus intensif pour se proportionner à la gravité exceptionnelle des dangersei surtout s'adressant plus directement au prolétariat pour aller du côté ou le besoin était plus pressant et les menaces plus proches. C'est de là qu'est venue Vécole catholique populaire et démocratique dont l'intensité s'adapteà la gravité exceptionnelle du danger et dont la préoccupation directe est de pourvoir aux malaises et aux exigences du prolétariat .
2. Cette ccoli' sociale catholique uiv ses lumière son impulsion d'un diagnost ic et d'une connaissance plus intime des maux immanents d'aujourd'hui et leur applique avec plus de décision les doctrines et les enseignements sociaux de la scholastique qui refleurit, du droit canon, de l'histoire de la civilisation chrétienne. Cette école sociale catholique plus récente ne renie pas les autres, mais elle les complète et les dépasse. En résumé elle revienl à ces règles direct rices
Si tous coin iennenl que la réform* Je dé] i
d'une action coordonnée de la justice et de in charité chrétienne, cependant, il importe premièrement aujourd'hui de faire œuvre de justice, de réparer les flagrant iniquités qui existent entre les classes inférieures el ; classes supérieures; pour cela il faut faire œuvre de justice non seulement commutative, celle qui s'exei entre égaux, mais encore distributi iale proj
ment dite. — Si tous admettenl l'intervention de l'Etal faveur de l'ordre el du bien commun, il faut cependant qu'elle se développe d'une façon proportionnée au h elle doit par conséquent, aujourd'hui plus que jamais, avoir pour objet d'assurer une protection et un soûlai ment spécial aux multitudes plus faibles et plus soufrantes.— Si tous \ isenl à la recomposition de l'oi ganis social basée sur la constitution des clas e qui p
pour le moment, c'esl de commencer par la nstituiù de la classe du prolétariat pour en revendiquer l'autonomie et la relier, en vue du salin général, à l'ordre hiérarchique de la société.
Pour traduire en propositions concr >s aspira-
tions qui, il faut le répéter, n'excluent pas les autres plus générales et ordinaires, cette école s'attache principalement à trois mesures spéciales dont elle déniant l'immédiate et, urgente adoption : — la réforme juridique des contrats de travail sous toutes les formes — une législation sociale ouvrière spéciale — les unions prof ssionnelles même composées de seuls ouvriers, éventuellement obligatoires et représentant les intérêts moraux et matériels delà classe autonome des travailleurs.
C'est donc un programme spécial, d'opportunité et plus militant, qui, répondant parfaitement au moment historique qui résulte des faits, place avant toutes les autres, la solution du problème populaire. C'est là, en présence de la propagande de la démocratie socialiste le programme de la Démocratie sociale chrétienne.
Cette démocratie sociale chrétienne a elle aussi son
histoire; histoire instructive, grandissante el glorieuse. Elle ne prend pas son origine chez <l<is hommes en désaccord avec l'école ancienne el générale des catholiques, mais dans une poignée (le ceux-ci. Los premiers, ils comprennent la nécessité imposée parle moment présent, de se replier vers îles préoccupations populaires plus marquées, A cette poignée viennent s'ajouter des phalanges nouvelles et pins jeunes ; et enfin, ils deviennent nn flot qui passant sur l'autre pins lent et pins pesant, arrive jusqu'au seuil du Vatican pour solliciter l'approbation du Pape.
Déjà le programme donne en 1869 par Ketteler, que Léon XIII a appelé son grand précurseur, avait été formulé dans un congrès ouvrier el renfermait en germe toute la nouvelle école populaire, ("est le centreparlementaire catholique fondé en 1871, rapidement illustré par Winhorst, Mallinkrodt, Reichensperger, Ballestrem ei pins lard par Iliize ([ni, de 1878 a 1883, an sortir île la fortifiante persécution du Kulturkampf, développe en Allemagne la législation sociale ouvrière. C'esl donc aux eai I îol ii pies que cette législation doit en I ion ne partie son inspiration et son triomphe et cela depuis les premiers et célèbres rescrits impériaux de 1880 jusqu'à la conférence internationale (\\\ travail tenue a Merlin en 1890.
En Belgique, après avoir secoué le joui!' maçonnique de Frère-Orban e! de Bara, les catholiques inauguraient le pouvoir par Venquête industrielle de 1886 et de 1890; relie enquête donnait origine en 1887 el ensuite aux lois sociales ouvrières et en part iculier a la célèbre loi sur les conseils du travail; en même temps et a une extrémité opposée, les vieux féodaux autrichiens, l'âme imprégnée d'un frais ei vivant modernisme, fondent dos 1882 sons la conduitede Louis Psenner [eparti réformateur Reformpartei), parti appelé pins tard d<^ Chrétiens sociaux et illustré par les noms «In prince do Lichtenstein et de l'avocat Lueger. Ils font passer on Autriche-Hongrie les premières lois sur les corporations de moi iers 1883-188 i
sur In réglementation industrielle 1885-1890). La France catholique emportail inde
b Ltaille en ïsl\ eur des sj ndicat s (1£ i partir
de ce moment, Léon Harmel inaugurail sous une nouvelle forme le patronat chrétien ronde sur !" : et la
liberté de la classe ouvrière qu'il apprenait à se rel< par elle-même. Sa parole el son exemple multiplie les sociétés composées de seuls ouvriers en Frai dans boute l'Allemagne. En Suisse, pays de démocratie calviniste ci radicale, c'esl grâce à l'athlète catholique G. Decurtins que se fonde le secrétariat du peupli autour de celui-ci, en 1887, la fédération g de des travailleurs comptanl dès son origine cent mille ouvriers; dans cette même année, l'initiative de Nfellae I de Schollaerl créa les premières g il des ou corporations de paysans qui, multipliées ensuite et fédérées en 1890 dans le célèbre boerenbond% réunirent en peu de temps au moins trois cents gildes d'agriculteurs, jurant par la bouche de leur président Heileputte de ne 1 jamais
déshonorer par la tyrannie socialiste le sol de la patrie.
Et ainsi se développait, en même temps que les id< l'affirmation pratique de ce programme populaire lié trois postulata : la réforme des c ntrats de travail, la législation ouvrière et les unions prof mettes des travailleurs, postulata qui devaient respectueusement retentir jusque dans les salles du Vatican.
4. Ce programme trouva des organes d'intepprétation et de propagande dans les réunions ou catholiques, les initiatives personnelles des Évêques et les Pèlerinages.
— Dans les congrès catholiques de partout, et il faut citer particulièrement ceux d'Autriche qui dès J882 se rendirent célèbre par les thèses détendues à la réunion de Haid en Bohême, celui de Coblenz, celui de Lucques, celui de Lodi, celui de Vicenza (1883-1807) ), le problème ouvrier prenait la première place dans les discussions. Parmi eux, les deux congrès qui furent provoqués à Liège par l'Evèque,
Monseigneur Doutreloux, furenl surtout décisifs. Ce fut là en effet que furent posées les questions de l'intervention de l'Etat, et, par l'organe de l'abbé Pottier celle des légitimes revendications <l<is travailleurs. La première l'emporta triomphalement et la seconde fui Insérée dans les actes officiels du congrès. Cela provoqua en la même année 1890 une concentration des catholiques fidèles à l'autre programme plus conservateur. Ils l'affirmèrent à nouveau dans le congrès d'Angers sous la direction de l'Evèquc Monseigneur Freppel. Kl ainsi depuis ce moment il arriva que le mouvement social catholique se divisa nettement en une aile conservatrice et une aile populaire : elles turent appelées brièvement du nom d'école d'Angers el d'école de Liège. Mais en attendant cette dernière était reconnue du public qui l'indiquait comme représentant l'avenir.
— Los sollicitudes éclairées dos Evèques pour la classe ouvrière remontent au discours d<i Sainte Ciotilde de Paris, donné par Monseigneur Mermillod, Kvêque puis Cardinal. Mais parmi elles, l'épisode solennel auquel s'attachent les noms des Cardinaux Gibbons et Manning exercèrent une influence profonde et universelle sur l'opinion publique. Parmi les nouvelles et puissantes corporations ouvrières qui en Amérique, s'étaient multipliées récemmenl et spontanément, celle <\<'> chevaliers du Travail (Knights of labour), sous la présidence de Powderly, forte de plus d'un million de sociétaires, avail accueilli des membres de différentes doctrines religieuses et sociales et a de justes et nobles revendications mêlail quelque proposition suspecte. Une condamnation de cette colossale association de la part de l'épiscopat américain était probable et imminente. Les deux grands prélats des deux puissants Etats anglo-saxons accourureni à Rome pour défendre la cause de cette société. Ils l'emportèrent et le tolerari posse fut prononcé; grâce aux savants mémoires et aux chaudes paroles des deux pasteurs, la
condition el la brûlante question du prolétariat forent exposées dans toute leur nue grandeur les yeux
maternels de l'Egli
— Survinrent les pèlerin ■ >ui riers qui poi eux mômes aux pieds du Père commun les dol< et
les vœux des enfants du travail. IN avaient été préci 'l'en L885 d'un pèlerinage d'une centaine de grands industriels chrétiens du Nord de la France. L'un d'entre eux, au nom de ses collègues, avait déclaré que leur conviction commune étail que seul*- l'Eglise pouvait rétablir dai l'industrie moderne l'observation de la justice et de la charité. A de courts intervalles, grâce à l'initiati hardie et nouvelle de Léon Harmel et du comte de Mun et sous la direction du Cardinal Langénieux de Reims, trois pèlerinages ouvriers se succédèrent à Romi
Ils furent successivement six, dix et quinze mille ouvriers. Ils représentaient le monde moderne du travail, ee nouveau levain qui par sa fermentation, préparait la société future. Ils montèrent les escaliers du Vatican : par la bouche de leurs guides dévoues ils répétèrent au successeur du Divin Maître- Domine, salva nos,perimus : Seigneur, sauvez-nous, nous périssons « ; ils invoquèrent une parole de vie qui l'ut une définition solennelle des droits et des devoirs des classes supérieures, une base intangible des revendications populaires et la charte internationale des travailleurs moderne-.
Il y eut un moment d'anxieuse attente ; comme aux instants les plus solennels de l'histoire, tous les yeux tous les cœurs étaient tournés vers Rome. L'encyclique Rerum novarum parut ; on était au 15 mai 1891, ce fut la la réponse de Léon XIII au monde qui avait reconnu que l'Eglise est indispensable pour résoudre la crise sociale.
5. Le Pontife y fixait, justifiait et, au milieu des controverses modernes définissait mieux tous les principes, les traditions, la vertu efficace, les institutions essentielles de l'ordre social chrétien ; puis dans une vision sûre et d'une phrase vibrante, stigmatisait la
gravité de la crise sociale qui divisant la société en deux parties, oppose quelques ultra puissants à une multitude réduite à une condition presque servile ; il revendique en même temps la justice du salaire qui défend de soumel I re au coi il rat ce minimum qui est ncccssairca la subsistance de l'ouvrier sobre et honnête. Il légitime une intervention spéciale «le l'Etat pour protéger et soulager les faibles et ceux qui souffrent. Comme remède souverain à la dissolution sociale d'aujourd'hui et au conflit actuel des classes il appelle la prompte reconstitution de corporations mixtes ou même composées de seuls ouvriei*s. Il y voit le meilleur moyen pour défendre et élever matériellement et moralement la condition des petits et des pins nombreux.
De cette façon, le Pontife, dans ce grand document, avec les premières et plus ordinaires réformes sociales des catholiques avait inscrit, au moins quant à leur substance, les règles et mesures caractéristiques du programme social ouvrier plus militant et pins urgent ; et ainsi ce programme avait reçu la consécration authentique qu'il avait sollicitée.
2 Le public appela immédiatement l'encyclique Rerum novarum la grande charte des ouvriers. Les savants proclamèrent qu'elle était à la fois une conclusion et une préface. Et en effet, non seulement elle apportait une confirmation de tout le programme doctrinal et pratique de l'action populaire, mais dans ce programme il semblait qu'elle eût, vu l'urgence des circonstances, en quelque sorte absorbé l'autre programme plus élémentaire et plus ordinaire; de sorte qu'elle donna à ce programme spécial, une incomparable impulsion.
Et il en fut vraiment ainsi. L'élan se manifeste d'abord dans les idées. Dès ce jour mémorable, «ni voit
mûrir chez les cal holiques de profonde philo
sophie, de morale, de droit, de sociologie dans lesquelles, les problèmes les /////.s- graves où bc retrouve la question soin creusés à fond grâce à une culture spéciale (-i pluprofonde des catholiques, li faul citer ici les livres de Cathrein, de Pesch, de Weiss, de Mayer, de de Pascal, d'Antoine 1 . Ces problèmes aonl développés devant le clergé des Séminaires et à l'occasion e des
programmes d'études comme à Liège, gr l'initiative
de Monseigneur Doutreloux el à l'enseignemenl d<* Pottier et en Autriche grâce au prélat Scheicher. Ils • portés dans les chaires d'université comme ù Muns grâce à l'abbé Hitze el en vertu d'une mission donnée par l'Empereur lui-même. Ils sont traités quotidiennement dans des revues catholiques aies nouvelles • anciennes dont la renommée esl universelle. Ils sont formulés dans leurs dernières conclusions parles célèbres programmes des catholiques français, belges, hollandais, allemands, italiens (2). Ils sont livres à l'intér< éral du public dans t\e<, livres géniaux militants el actuels par Goyau, Naudet, Gayraud, Lemire, Fonsegrive, Enfin ils sont popularisés par les célèbres discours e1 les m< graphies du comte de Mun. Ainsi apparut aux yeux du monde la fécondité exubérante de la pensée sociale populaire suscitée par la parole d'un Pape qui avait, après tant de siècles, relié à la théologie et aux traditions de* la science chrétienne, les problèmes enlisés et insolubles de l'économie moderne ainsi que les criantes questions du travail.
Les faits répondirent au rayonnement des idées. L'action sociale, tout en visant directement au rel>
(1) Tous ces écrivains, encore qu'ils ne soient point enrôlés dans le parti démocratique catholique, sont d'accord avec lui sur 1 îs Ligues du programme (contrat de travail, législation ouvrière, corporations et en dissertent avec profondeur.
(2) Programme français de S. Etienue du Comte de Mun [1892] de la Ligue démocratique belge (1893) de la Ligue démocratique hollandaise et des Députes catholiques
du Tiers-Ordre franciscain à l'aray le Monial 1894 des catholiques italiens 1894 à Milan, 1896 à Padoue) des Suisses ,18'.M Fribourg) des Allemands (1894 Coblenz des réunion* <>' S Revues catholiques françaises Paris 1896, (.'T. 98, 99, 1901).
ment du prolétarial dans toute l'Europe, reprit une vigueur nouvelle et multiforme. Mais plus caractéristique et plus significative fut l'œuvre des catholiques belges. Partanl du propos explicite (comme le proclamait Monseigneur Doutreloux, Evêque de Lieue de s'opposer à la propagande socialiste ■• pour gagner 1»' peuple à la religion en le faisant participer à tous les bienfaits sociaux que l'encyclique avail replacés dans une celai. -mie lumière •• ils avaient d'abord accompli et pour ainsi dire précipité un travail fébrile de préparation L88Ô-1890), ils constituent sous la direction hardie et tenace de Verhaegen et de Helleputte, la Fédération des sociétés ouvrières catholiques, soit plus de cent groupements qu'ils opposentau faisceau des œuvres socialistes.
C'était en 1891 ; a leur premier congrès en 1892, ils Tint it nient Ligue démocratique belge; en 1893 à leur second congrès, Verhaegen prononce et définit pour la première fois la parole Démocratie chrétienne. •• ("est le parti de ceux qui veulent, sans usurpation du droit d'autrui, rendre au travail la place qui lui revient et poursuit dans ce luit, les réformes nécessaires, sons la bannière du Christ et de l'Eglise. •■
Tout en faisant luire de nouveau, comme un éclair dont l'apparition réconforte, la glorieuse mémoire des siècles du peuple ><ui> la conduite du Souverain Pontificat, ce nom résumait dans une synthèse breviloquente une histoire d'idées^ d'expériences et d*espêrances déjà traduite en laits dans d'heureux débuts et dest inée a taire dn prolétariat du XIXe siècle le }><>//p/c chrétien du XXe.
2 C'est de la (pie ce mot tira sa fortune. Le mouveineni en faveur de la rédemption des masses avait trouvé son drapeau. 11 ira désormais en avant d'un mouvement progressivement accéléré.
Les programmes sociaux des catholiques se renouvellent et se multiplient ; ils y insèrent les règles et les mesures qui dorénavant constituent le fond du programme populaire.
Les congrès catholique* de sciences el d'œir sociales dans certains endroits, ils prennent désormais le nom de démocratiques en Italie, en \ 1 J * - / France el jusque dans les pays ibériques et trouvent pour ainsi * 1 1 1-< * absorbés par la d a du
problème ouvrier: l<" contrat de travail, le rrtinimum de salaire, les règlements d'atelier, les conseils d'arbitr les conseils de preud'hommes, l'hygiène des ôtabl ments, la protection des femmes el des enfants, les sociétés pour les émigrants, les secrétariats du peuple, les offices privés et publics du travail, les aumôniers du travail, les missionnaires du travail, et surtout la pn lion légale du lia va il leur.
En effet, dan^ ces dix dernières années, la législation sociale a pénétré partout, même dans les pays les plus retardataires et les plus opposés. Presque toujours, à la commune, auprès des gouvernements e1 même dans la diplomatie internationale, elle a été défendue par de vaillants champions du clergé et du laïcal catholique. L'idée et la fervente préparation de lois internationales date de 1841 et a pour auteur l'Alsacien Legrand ; elle fut ensuite reprise et chaudement appuyée par les catholiques, par les cercles d'études eu France et en Allemagne entre 1882 et 1887) par Burri en Italie, par R. de Cepeda en Espagne, surtout par Decurtins en Suisse (1877 et 1888 Elle fut consacrée par le Souverain Pontife lui-même. A l'occasion de la conférence de Berlin pour la protection du travail, il en écrivait à l'Empereur d'Allem- comme d'une nécessité sociale, et il envoya a cette conférence le Cardinal Kopp à titre de représentant. Enfin au congrès de Zurich en 1897, cette idée fut étudiée à fond dans d'intrépides discussions avec les socialistes par les catholiques Decurtins et Carton de Wiart.
Le mouvement des corporations ouvrières ne fut pas moins rapide. En Belgique, la Ligue démocratique avait donné l'exemple. On y prônait la représentation des classes ouvrières ; les corporations avaient plus tard
obtenu la personnification civile et elles unissaient les travailleurs pour faire valoir tous leurs intérêts moraux juridiques et économiques ; on préconisa ces unions professionnelles en [talie aux congrès de l*a\ ie, de Fiésole, do Milan, de Rome et aujourd'hui elles sont traduites en fail en Lombardie, dans les Romagnes et en Toscane. En France, les syndicats ouvriers el agricoles, mixtes ou simples, chrétiens en bonne partie, se sont multipliés jusqu'au nombre de 4.500. 11 va là un correctif inattendu ci merveilleux à l'individualisme radical du peuple français. Les deux gros volumes actuels de Nostizetde Kulileman, sans parler de ceux qui les ont précédés, de Howell et de Webb, ne suffisent pasàcontenir la trame de l'histoire du développement de l'esprit corporatif de ces derniers temps en Allemagne et en Angleterre. En Allemagne les corporations confessionnelles chrétiennes dans la seule période des quatre ans écoulés de 189 1 à 1898 ont receuilli plusde 100.000 ouvriers. En Allemagne encore pour mieux relier les sociétés ouvrières industrielles et agricoles déjà puissantes on a fait surgir l'immense société populaire Volksverein) qui, sous la sage conduite de Pieper, embrasse désormais toute la Germanie catholique.
Ce programme était désormais arrivé à sa maturité. Réclamé par la conscience publique, et par les solennelles vicissitudes historiques du moment, il devient un signe populaire de ralliement. Quoi d'étonnant des lors, qu'en dépit de préjugés invétérés, de la résistance des intérêts, des astuces cachées, et des vices du système électoral moderne, l'on vit, comme les eaux qui montent, entrer
dans les Conseils municipaux, dans les assemblées pi vinci a les, dans les parlements et jusque dans les cabine qui gouvernent, des catholiques méritants, et illustres, fidèles a ce programme, en faire entendre l'écho et en hâter, au milieu des difficultés et des contrastes, l'application progressive et glorieuse, ''es- populaires^ sous le nom de chrétiens sociaux^ et guidés par Lueger, sont
finalement parvenus jusqu'à l'intérieur de la citadelle du capitalisme, i i dire au parlement autrichien et au conseil municipal de Vienne. En dépit de formidables oppositions et malgré les répugnances de l'Empereur, ces populaires portent leur chef Lueger à la présidi du conseil municipal et à la bourgmalt risede la capitale.
3. Tout ce mouvement ascendant de p< d'oeuvres généreuses en faveur du peuple procédait a sagesse et continuité. Le Saint Père le suivait d'un œil vigilant avec sollicitude et prudence. Sans doute il ne retira pas un seul instant son approbation à tout groupe que nous avons appelé conservateur social, et qui s'attachait aux réformes premières et fondamentales de l'ordre social normal. Mais par ses discours aux pèlerins ouvriers en 1889 et en 1891, par sa lettre à l'Archevêque de Cologne en 1890, par la lettre qu'il adressa en 189 comte de Mun à l'occasion de son discours de St-Etienne, par la lettre qu'il donna en 1893 à Decurtins à l'occasion de la fédération ouvrière suisse, par ses répi >nses répél à l'Evêque Doutreloux et au Cardinal Langénieux, les deux grands modérateurs sur le continent de ce mouvement populaire chrétien, par le Bref qu'il donna en 1898 au général des Franciscains pour l'exhorter à reprendre l'apostolat populaire du pauvre d'Assises, le Saint Père montrait qu'il patronait aussi avec un zèle intelligent cette école populaire ou démocratique que légitimaient et réclamaient les nécessites suprêmes du moment présent.
Et s'il est permis de l'ajouter, cette pensée du Pape fut répandue et rendue populaire par les phrases sculpturales elles-mêmes adressées à plusieurs reprises aux pasteurs et aux brebis et dont l'écho s'étendit part oui : « il faut des remèdes prompts et efficaces, — opposez des sociétés ouvrières chrétiennes aux sociétés socialistes. — De vous dépend que la démocratie soit chrétienne ou socialiste. — Sortez de la sacristie et allez au peuple. •■
— Le clergé entendit ce langage et alla au peuple. Le Cardinal Manning le prouva anticipativement en 1889
par un exemple solennel. Cent mille ouvriers des docks de Londres persévéraienl dans une grève ruineuse. En vain l'Archevêque anglican et le Lord maire avaient employé leurs offices pour la faire cesser. Le Cardinal présenta luirmême en personne, sollicita et obtint des autorités du port des concessions équitables et de meilleures conditions pour les ouvriers. Les ouvriers à la fois surpris et reconnaissants l'acclamèrent comme l'embas sadeur du Christ e1 se cotisèrent pour faire au prélat catholique une offrande que celui-ci convertit aussitôl en un lit a l'hôpital.
Même le peuple atteint par Vincrédulité et l<'s préjugés mouira qu'il comprenait la parole du Pape m se rapprocha dô lui. Au congrès ouvrier tenu en 1893 eu Suisse a Bienne, ce siège historique du protestantisme calviniste hostile a toute espèce de hiérarchie ecclésiastique, Decurtins avait entrepris d'exposer aux travailleurs réunis lu récente encyclique Rerum novarum ; le grand orateur catholique fut tout a coup soulevé par les bras nerveux de ces Liens du peuple qui acclamaient le Pape des ouvriers.
Ce rapprochement entre ces deux puissances en apparence ennemies, le peuple et l'Eglise «'tait ainsi opéré; mais il fallait encore lui donner une confirmation solennelle.
Cela ne manqua point. Léon Barmel en 1897 avait repris les pèlerinages t\o> ouvriers a Rome. Au pèlerinage de l'année suivante, en L898, •• le Bon Père des ouvriers •• avait a l'audience pontificale prononcé ces paroles: - ("est le peuple des travailleurs qui est devant Voi Saint-Père, ce peuple à qui vous avez donne une cons- « ience plus exacte de ses droits el de ses devoirs et qui, en dehors de l'Eglise dont le fondateur voulu! être ouvrier, n'eut jamais de vrais amis ni de vrais soutiens;
C'est celle démocratie chrel ieillie, peul-èt.re méconnue ''I calomniée, mais qui certainement ramènera a l'Eglise les multitudes que le socialisme révolutionnaire en avait
éloignées. Le Saint Père répondit à i'ad des
i r;i\ ailleurs par de et < • « - 1 j < - 1 1 1 1 par ces mémo-
rables paroles : •• Si la Démocratie veut être chrétienne, cllf donnera, à votre patrie un avenir de paix \ de prospérité et de gloire, ■•
Ce n'esl pas à.tort que plus tard Monseigneur [reland écrivait : » le développement chrétien du mouvement démocratique est vraiment le point central de l'action sociale de Léon XIII. ••
4) Il était ainsi donné satisfaction auj prévisions, aux vœux, aux efforts de tanl d'esprits, de tant de cœurs. Tous entrevirent que le cycle d'un grand événement historique venait de s'achever. Le comte de Mun admirait l'intuition divine de l'Eglise qui, prévoyant une ère nouvelle accueillait au haut de l'escalier du Vatican la foule des travailleurs avec l<i même affectueux resj avec lequel elle recevait autrefois le cortège des rois. De Vogué signalait le retour de l'Eglise à bon ancienne tâche sociale et celagrâce à ce vieux Pontife émule des grands Papes du moyen-âge qui émancipaient les masses et légiféraient pour les peuples. Dans ces rapports dir< entre la Papauté et le peuple, entre le peuple et les Evêques, dans leur quotidienne communication, danavances de l'Eglise qui se présente comme Varnie des multitudes pour en relever la condition et la dignité, les Cardinaux Gibbons et Manning reconnaissaient le secret miséricordieux de la Providence pour ramener à l'Eglise les foules matérialistes et rebelles et y voyaient même avec Léon Harmel, l'unique moyen de hâter l'avènement de la société de l'avenir rajeunie dans le Christ. Un certain nombre de philosophes et de sociologues, même rationalistes, Leroy- Baulieu, Spuller, Benoist, A. Chiappelli appuyant la pensée de Monseigneur Korum, Evêque de Trêves, signalent l'Eglise qui, sous sa hiérarchie universelle, organise chrétiennement les masses" populaires, comme l'unique puissance capable de faire front au socialisme cosmopolite. En même temps, Goyau, le
pénétrant publiciste de la Revus des Deux-Mondes^ admire et acclame la divine vitalité h l'éternelle jeunesse du christianisme où L'ascension des humbles et de l'Eglise elle-même suivenl des voies parallèles.
5) Et cependant, ces hymnes de victoire el ces joyeux pressentiments devaient, à un certain moment, subir une diminution e1 une interruption.
('es progrès trop marqués de la Démocratie chrétienne, c'eet-à-dire ce retour au Chrisl des multitudes ouvrières, ce relèvement moral el matériel du peuple qui résultail de l'œuvre <!<' l'Eglise el de son Pontife offusquait les tenants de la vieille démocratie libérale essentiellement anti-chrétienne et disputait à la démocratie socialiste la matière brute du prolétariat rebelle. A partir de 1898, année célèbre dans toute l'Europe par la conjuration renouvelée de toutes les forces ennemies du catholicisme et asservies à la secte universelle la Franc-Maçonnerie (1) on exploita Véquiooque du nom de 1) hnocraiie qui peut avoir I rait à un programme politique et l'on commença à dénoncer les démocrates chrétiens •• comme des ennemis de l'ordre public et des classes sociales -, funestes particulièrement au capitalisme conservateur qui commandait. Et nous avons vu les répressions et les lois d'exception persécuter à la lois les catholiques et les socialistes; ce fut le cas de l'Italie en mai 1898; ailleurs, la bourgeoisie libérale s'allia avec le socialisme pour assaillir, scinder et briser le vigoureux élan de la vie sociale catholique dans les parlements et dans les nations ; rv lui le cas de la Elongrie, de Vienne, de la Bavière, d<> la Belgique et de la France.
Il y «'in d'autres circonstances réelles, apparences ou choses de peu, pour légitimer et pousser en avant cette reaction contre la démocratie chrétienne.
Le /''l»1 dos démocrates à l'égard dos intérêts des (dassos inférieures, l'affirmation vivace de leurs droits,
1 La Fr« lie-maçonnerie Impie el auti sociale est ou facteur que, depuis la date uéfaste de sa fondation eu 1717, aucuu historien ne peut laisser de >■■
la dénonciation des iniquités donl elles sont victin toute cette partie des revendications po|>ulaires qui rentre iégitimement dans le programme catholique, n qui, par I<is voies opposées ré un il dan i me-
sures immédiates catholiques el socialistes : de plus la nécessité de faire concurrence aux socialistes en leur empruntant, pour la propagande populaire, leur acerbe critique, leur langage militant, leur tactique, leurs pr< • les, leurs allmvs, alimentèrent le soupçon qu'on oubliait les classes supérieures, qu'où laissait de côté d< oirs
naturels ci stricts, qu'on tendait vers le système de la lutte des classes, et même qu'on donnait une pi à la
révolution sociale égalitaire. Toutes les classes supérieures qui bien souvent ignorent la nature et la gravité des problèmes actuels et qui soin presque toutes imbues d'esprit rationaliste et utilitaire élevèrent bruyamment leurs protestations.
— Ajoute/ ceci : l'imprécision de la phrase et des idées de publicistes catholiques dans plusieurs livrediscours d'occasion en faveur de la cause noble et g< reuse, mais complexe et délicate, de la démocratie chrétienne, et cela, dans une ambiance sociale encore saturée de démocratie libérale, put sembler, ou bien être en partie, le ferment d'un retour plus ou moins inconscient aux doctrines d'un nouveau catholicisme libéral, péril contre lequel avaient déjà prévenu affectueusement le Pape, par son encyclique sur l'américanisme et plus récemment les Evêques d'Angleterre et d'Allemagne par leurs lei pastorales collectives.
— De plus l'habitude qui s'introduisait parmi apôtres les plus ardents, spécialement dans le jeune clerg d'une vie d'initiatives bruyantes et de batailles quotidiennes en faveur du peuple dans les parlements et dans la presse, à côté des socialistes et contre eux parut une pente glissante vers l'esprit d'indiscipline, contre l'unité stratégique du mouvement catholique et l'obéissance a l'autorité dirigeante des Evêques ; l'avertissement
s'appuyait sur les exemples déplorables tl<is démocrates chrétiens Daens en Belgique et Stojalowski en Gallicie. Knfin la nécessité de faire du neuf dans les institutions,
les mesures ei les modalités Imposées par une lutte dont la tactique étail d'une continuelle mobilité sembla un oubli ei un mépris coupable de tout ce qu'il y a de plus normal dans l'organisation ei les forces traditionnelles du programme et de l'action catholiques ; et ce qui est pis, la nécessité pratique de parler aux multitudes matérialisées le seul langage qu'aujourdhui elles comprennent, celui des intérêts matériels, laissa croire (pie dans la rédemption sociale des peuples, ou infligeait les forces morales et les vertus surnaturelles de l'Eglise; qu'on naturalisait ce programme démocratique qui tire son caractère et son efficacité du nom de chrétien. Les bons eux-mêmes s'en alarmèrent ; plusieurs se retirèrent et recoururent à Rome.
Une t'ois de plus donc, '.I y eut un moment de douloureuse suspension ; une lois encore les esprits et les cœurs dans une attente angoissée sollicitèrent la réponse du Vatican. Cette réponse vint ; elle lui donnée dans l'encyclique du 18 janvier 1901.
La Lettre du Souverain Pontife adressée au monde catholique (et cela prouve une l'ois de plus la grandeur ei l'immensité de la causé dont elle traite sort, a dix ans dé disiance, de l'Encyclique Rerum Novarum el en est le complément : connue celle-ci, elle est le résultat d'un long cycle historique dont elle est la synthèse et l'achèvement.
Ainsi l'histoire que nous avons rapidement parcourue jus ^'aujourd'hui, en fournit, ce semble, la profonde ei v faie explication d'une manière positive et concluante.
Sous ce l'ai sceau de lumière, détachons et mettons en évidence dans cette Encyclique trois concepts ire- vash dont Ja sagesse intrinsèque et l'adaptation extrinsèque
aux exigences historiques du moment brillent d'un éclat merveilleux. Car ne l'oublion pas, l'Eglise! institution surnaturelle, est en même temps une grande institution historique qui marche, pense et lutte avec l'humani \ o\ ageuse de chaque siècle.
i" Après avoir donné explicitement les explications voulues, le Pape accepte de la Démocratie Chrétienne le nom et la chose, .. ne] nome e nella sostanza -. Il rappelle toutes les Mu cycliques précédentes, et en particulier » Quod Apostolici muneris»\ il y veut condamner de nou veau et la démocratie libérale qui meurt et la démocratie socialiste qui monte et qui grandit : il rappelle aus l'encyclique » Rerum Novarum »; il y veut montrer encore le code dos .. droits et des devoirs des deu sociales, des capitalistes h des travailleurs, ainsi qi remèdes efficaces pour protéger la cause de la just de la religion et enlever toute dissenssion entre les divers ordres de citoyens... c'est au surplus le rôle de l'Eglise et c'est son éternel honneur de pourvoir au salut de toutes les classes sociales et •• principalement des déshérités de la fortune»; Il recommande les études et les œuvres excellentes dont ces Encycliques nui été l'origine parmi les catholiques « pour pourvoir aux intérêts des prolétaires ». Après cela Léon XIII confirme dans le p gramme social populaire qui, sous ce nom de démocratie chrétienne, a surgi pendant les trente dernières anné du XIXe siècle, programme dont lui-même avait dessiné les grandes lignes en des documents autorisés, et dont il avait suivi et encouragé pas à pas tous les développemen - .
Ce programme démocratique, spécial et plus militant, que l'on pourrait appeler « à brève échéance •• à cause de l'urgence de sa réalisation et qui se résume en ces trois points essentiels, la réforme du contrat de travail, la législation sociale ouvrière et les Un ion > professionnelles, le Pape veut le relier, l'unir (cela résulte à l'évidence du récent document a l'autre programme que l'on pourrait appeler conservateur, général, normal,
et par conséquenl à longue échéance. Il veut le relier à ce programme ancien qui est comme une base sur laquelle tous les catholiques sont d'accord h qui comporte l'autonomie personnelle, la reconstitution de la famille, les associations diverses, la stabilité et la diffusion de la propriété, l'organisation du crédit, l'épargne et la prévoyance, la justice, l'éducation morale et religieuse. Et ainsi la dernière lettre «le Léon \I1I met une fois de plus en évidence la résolution de l'Eglise de ne point monter la garde autour des abus sociaux de noire époque et, dans le terrible conflit actuel de ne point se ranger par un calcul utilitaire, du côté des puissants et des jouisseurs ; résolution qui fut celle de ses origines et qui a toujours provoqué l'admiration de ceux qui ont étudié la philosophie de l'histoire. Cette lettre prouve qu'elle veut au contraire, dans un esprit d'amour et de paix, prendre en mains la cause des faibles et de ceux qui souffrent ; qu'elle veut, par le concours et au profit de tous, les relever, leur assurer le bien-être et le respect de leur dignité chrétienne; qu'elle veut enfin, pour réaliser un programme aussi sacre et aussi élevé, prendre pour base la reconstitution chrétienne de I unies les classes et de l'ordre social.
Comme autrefois, en face de l'horrible esclavage romain, comme plus tard, en face de la servitude de la glèbe, ainsi, aujourd'hui en face du prolétariat moderne ei du socialisme qui le ruine et l'épuisé, l'Encyclique indique <'t proclame ce grandiose travail de justice, d'équité h d'amour, de prévoyance sociale, de salut universel du peuple. Elle y voit un immense <it juste devoir de charité sociale.
Quelle sagesse rédemptrice; mais aussi quel sens et quel respecl historique du passé !
En second lieu l'Encyclique indique a la Démocratie chrétienne toutes les précautions nécessaires pour «pie ce grand renouvellement social arrive a son terme. Le Pontife qui, comme .\<>nce Apostolique, avait ass aux premières ébauches du triple mouvement démocra-
tique, libéraliste, socialiste et catholique el me-
sure la complexité el l'ampleui i elui qui, archevêque de Pérouso, méditant el écrn ant ses I «el tre I ' b (1861 ur V Eglise et la civilisation, avait déjà rattaché
ce fait de la démocrat ie moden oriqu*
providentielles du Christianisme; Celui qui, du haut de la Chaire de Saint Pierre avait vu venir à Lui et demander une approbation, cette jeune démocratie chrétienne, conduite par La main d'Evéques et d'hommes éminents, tels que Mermillod, Doutreloux, Langénieux, Manning, Gibbons, de Mun, Decurtins, Elarmel : Celui-là on peut bien le dire sans indiscrétion était trop convaincu de la nécessité de cette œuvre régénératrice de la religion et de la civilisation, pour que, devenu Pontife suprême, il ne veillât point avec une jalouse sollicitude à ce qu'elle n'éprouve ni déviation, ni retard, ni arrêt.
Et c'est pourquoi, sage modérateur, Il multiplie les avertissements et les sévères précautions pour diminuer les obstacles extrinsèques et les violentes réactions.
Un programme trop complexe qui ferait naître des équivoques, des contestations et des passions ; un indiscret qui semblerait trahir une >\ stématique division des classes ; une parole imprudente tombant dans un milieu déjà chargé d'électricité : tout cela ne pourrait-il pas précipiter la conjuration latente de tant de forces opposées, depuis les gouvernements soupçonneux, antichrétiens, jusqu'au capitalisme égoïste ei alarmé; «'i vice versa, tout cela ne pourrait-il point éloigner le concours de ces classes restées bonnes, mais encore trop ignorantes de leur devoir, et qui doivent pourtant tôt ou tard s'adjoindre à l'Eglise pour relever le peuple ?
Et voilà pourquoi le Père prévoyant nous prémunit de la part de ses propres apôtres et défenseurs, avec autorité contre les périls intérieurs qui pourraient faire dégénérer ce mouvement rénovateur.
Les intempérances orgueilleuses, l'indiscipline, et enfin l'égarement de Lamennais et de son école, après
avoir l'ait de cruelles blessures au sein même de l'Eglise, n'ont-ils pas contribué à retarder de cinquante ans l'avènéinent de la Démocratie chrétienne? Aussi veut-i] en écarter toul ce qui pourrait la détourner ou la faire dé^ ier de sa rouie — depuis les passions politiques troublées el troublantes jusqu'à l'effervescence des vaporeux enthousiasmes, jusqu'aux procédés tumultueux qui offusquent la calme sécurité d<i l'œuvre de Dieu.
E1 vraiment le travail presse, un travail profond, suivi et persévérant : le rapprochement croissant des deux grandes ailes du socialisme collectiviste et anarchique, le procédé insidieux parce que dissimule du programme socialiste de réformes graduelles, inventé par Bernstein, approuvé au Congrès de Hanovre, et universalisé au Congrès de Paris, Je libéralisme passant définit ivement à une lutte ardente contre le Catholicisme, et en attendant, au milieu de toutes ces forces conjurées, l'extension d'une propagande subversive qu'écoutent en masse des multitudes irritées, voilà dans ces derniers temps, les faits qui s'accumulent et menacent notre société.
Quelle sagesse en 1rs conseils rigoureux du Pape; mais aussi quel sens exact de la réalité présente!
3° Mais après cette vision d'un présent gros de l'avenir, l'Encyclique (et c'est le troisième des concepts qui la dominent) commande et exige impérieusement que la Démocratie ou l'act ion populaire chrét ienne, appelée à engager la lutte finale pour l'amélioration et la rédemption du peuple el de toute les classes sociales, passe des idées a la realite concrète. 11 y a des moments solennels dans l'histoire, où se réalise en un irrésistible sentiment la vérité de l'antique parole •• ce n'est pas par la dialectique* mais par les actes généreux que se sauvent les peuples.» I). Et c'est pourquoi Léon X1I1 ne dispense aucune des forces vives de la société du devoir urgent et magnanime de descendre sur le terrain pour l'aire triompher la religion et la civilisation chrét ienne.
(1) Non in dialecticd cornplacuit Deo ialvum facen j>"jn'' S \
Tons les penseurs ei tous les hommes d Etat, depuis L. Veuillot, Lacordaire et !»'• Vogùé,jusqu i K dd, ^ ien, el Gladstone, ont prévu un profond renouvellemei ial qui plane el hésite, doulon incerU la
Démocratie socialiste ci la Démocratie chrétienne.
L'Eglise avec son regard modérateur qui embra les siècles, habituée à contempler et ;i diriger de haut, les plus profondes transformations sociales, comman aujourd'hui impérieusement a tous les croyants qui pensent ou (pii agissent, un suprême et général eff< rt en faveur des masses populaires, et par la provoquant le concours de toutes les classes sociales, elle assure au monde (pie la victoire dans ce XXe siècle appartiendra au Christianisme.
Quelle perspicacité dlntuition ; mais au>si .pi<*| pressentiment historique de l'avenir !
Ainsi ce drapeau de l'action sociale populaire, qui, hier encore, pouvait être un symbole de contradictions, de résistances, d'équivoques ei «le malentendus passe aujourd'hui dans les mains de l'Eglise elle-même, devient un gage d'ordre, d'harmonie, d'élévation, de civilisation pour tous. (1)
(1) I) convient de relever comment L'Eglise, tout en multipliant précautions a augmenté de plus en plus l'importance et L'efficacité du programme de la
Démocratie chrétienne. En effet elle en accepte le nom et en rattache le contenu a toute doctrines et à toutes les directions dos précédentes encycliques et surtout de L'en Re)*um : par là, le l'ont ife, en présence des timidités, des résistances et des opposition: consacre de nouveau dans son symbole extérieur et dans sa substance intrinsèque. Il la détache dis tonnes politiques; par là il en étend la fonction et en accroît l'importa. Désormais elle n'est plus restreinte à des formes déterminées, nationales ou accideutelh gouvernement civil. Elle est universalisée comme un t'ait inhérent à la société humaine, aux problèmes de tout le monde civil et même aux lois de la civilisation chrétienne. Il la prémunit contre les dangers qui peuvent venir de nous-mêmes, c'est-à-dire du zèle qui n'est pas toujours éclairé et équilibré de ses plus chauds défenseurs : par là. il a écarte le prél aux attaques, le péril de l'amoindrir, de la corrompre, de la faire dévier et disparaître d:ins des luttes mesquines, irritantes et infécondes. Aux saintes revendications de la justice dont S'occupent si amplement et d'une façon si vibrante les documents précédents, il a, en faveur des classes laborieuses, relié les dispensations de la charité sous toutes ses formes, depuis le patronage jusqu'à l'aumône : par là il a réuni eu leur donnant une nouvelle vigueur toutes les forces capables d'apporter remède à l'immense malaise social; eu effet, il les ramène précisément à cette même source de la charité qui. au lieu d'exclure, met en valeur et porte à leur perfection dans les relations civiles, toutes les lois divines et humaines. Eu présence de l'œuvre qui s'impose de la restauration des droits des classes inférieures et du relèvement
i. — Cet épisode du Catholicisme à cette heure solennelle, promet donc de fournir une des pages les plus magistrales de l'histoire de la civilisation chrétienne.
Rappelons -nous que l'auteur de c< I épisode c'est cette Eglise qui est la contemporaine de tous les siècles ci, la concitoyenne de ions les lieux, qui embrasse le passé ci l'avenir, et dont la voix qui toujours se répercute dans l'infini sans s'éteindre jamais, non seulement enseigne et fortifie, mais encore ressuscite et vivifie.
A la voix du Grand Vieillard bouillonne le monde de demain. Peut-être ne verra-t-il pas les splendeurs éclatantes do son midi.
Ainsi Grégoire Vil mourut vieux et épuisé dans l'exil de Salerne, quand toutes les forces adverses semblaient avoir triomphé de lui. Mais la voix puissante qui avait proclamé la sainte émancipai ion de l'Eglise et
ci<- Leur condition el de leur dignité, le Pape appelle, sollicite solenuellemeitl et eu rappelant L'obligution de le douuer, le concours de tous sans distinction, depuis le savant jusqu'au i-i « • 1 1 « ci au pauvre, depuis le lui eût croyant '■( ugissaul jusqu'au clergé séculier >'i régulier ; il invoque les iuitiutives individuelles et l'uciiou multipliée e1 collective d'associations autouo m «'.s sous lu directiou supérieure d'un centre coordinateur. Il a voulu uiusi, eu faveur de cette œuvre, placer toul le monde sous la loi coinmuue du devoir ; compléter et harmoniser les efforts i--^cii i nu'.s des .-hisses intérieures avec ceux des classes supérieures et dis autorités publiques : il ;i voulu de cette façon en \ ue <!<• ce but suprême et urgent de salut et de progrés social, unir toutes les forces ru uu faisceau puissant, complet et durable. Enfin il ;i confli grand œuvre lénovateur à la sage direction, aux sollicitudes zélées, et à la vigilance pater uelle des Evéques sous la conduite el l'autorité du Pontife ; il l'a ainsi relié plus intimement ;i l'organisation hiérarchique el a la mission sociale de l'Eglise.
Tel est, m je ue me trompe, après la nouvelle encyclique complément des précédentes, l'aspect nouveau ei solennel que présente cet eusemble d'idées, d'aspirations, de faits complexes qui passe sous lf nom de Démocratie chrétienne. Dorénavant, elle cesse d'être dans l'ordre des idées, un problème partiel, unilatéral, passager et devient un programme général, permanent, normal dans l'histoire du christianisme ; une nouvelle et divine répétition du miseî rturbam; il esl destine, moins par des voies humaines m111' par des voies
suruaturelles,ù aboutir, a travers l'élévation matérielle des multitudes, aune évaugélisatiou des pau\ res plus étendue et plus élevée ; à aboutir pour le salut et l'honneur de la société et de la religion, a une participation plus grande de ces pauvres aux bienfaits spirituels de lu civilisation chrétienne. Cette Démocratie chrétienne, dans l'ordre des moyens pratiques, ci sse d'eue confiée a 1 initiative, à la valeur el même aux audaces de quelques corps francs ei abandonnée a des guérillas qui s'opèrent sur le flanc de L'armée, oie rentre dans l'organisation permanente et dans la marche régulière ci sage de l'Eglise; de cette église occout umée depuis des sic-lés a guider les conquêtes de la civilisation et a les mesurer sur le di d'élévation des humbles dans la justice el la charité du Christ .
Telles sont mes prévisions: elles apportent une nouvelle joie et uue plus énergique conviction a l'acte qu'ici je renouvelle ,ie soumission au jugement de I
du peuple avec elle, ne s'éteignit pas, et l'histoire fidèle a donné sou nom aux siècles les plus brillants de la civilisât ion chrét îenne «lu moj en âf
De même les générations futures salueront en notre Vieux Pontife l'auteur de cette nouvelle act ion r< trice de la société, société que Lui, sûr de ces immortelles destinées, sur le seuil un ■me du \\" siècle, n'a pas hé à consacrer au Christ, Rédempteur de tous les peuples, et selon la sublime parole de St-Paul, •• au Prince du siècle à venir ».
G. TONIOLO
Les Directions Pontificales
ET
L'importance de l'Encyclique •• Graves de Communi re •■ ne peut échapper à ceux qui se préoccupent du mouvemenl social d'aujourd'hui, ('eue encyclique, c'est une observation qu'il importe de l'aire au débul de cette étude, ne modifie ni ne change en rien les enseignements antérieurs donnes par Rome, au sujet de l'action sociale Chrétienne, ("est à dessein que le Sainl Père rappelle dans la dernière encyclique ses lettres * Apostolici muneris - et - Rerum Novarum -, et, dans une note, la Lettre du 25 Novembre L898 au Ministre Général des Frères Mineurs. Ces documents subsistent dans leur teneur et leur vigueur intégrales, el c'est en se pénétrant de leur esprit et en les rattachant a la dernière lettre du Saint Père, que nous serons assurés de suivre fidèlement ce qu'on a appelé d'un mot très juste les direct ions Pontifiai les.
Les deux encycliques, que le Saint Père rappelle, ont comme bul et comme caractère principal de fixer la doctrine de l'Eglise quant à la Théorie Socialiste, de déterminer les Droits et les Devoirs du capital et du travail et d'indiquer les moyens à mettre en avant pour apaiser le conflit quia surgi entre employeurs et employés.
L* En cy cl ique Graves de Communi > >■ a un but plus pratique. Bile concerne la mise en oeuvn moyei
propres à soulager el à élever la classe ouvrière.
Que cette appréciation répond* itement à la
penséedu Saint Père, c'< qui résulte non seulement
de la teneur des trois documents pontifl mais encore
du témoignage de Léon XIII lui-même.
En effet, dans sa dernière lettre le Sainl P résume lui-même les deux encycliques qu'il rappelle. Pour la première, •• Quod Apostolicî numeris •• : •• •• avons jugé qu'il était de notre devoir, dit le Pape, d'à vcrr tir publiquement les catholiques des graves erreurs » qui se cachent sous les théories socialistes el du grand » danger qui en résulte non seulemenl pour les bie » extérieurs delà vie, mais encore pour l'intégrité des •• mœurs et pour la religion. »
Pour la seconde, l'encyclique Rerum Novarum, Je Saint Père la résume en ces termes : •• Apres avoir traité » longuement des droits et des devoirs par le jeu harmo- » nique desquels les deux classes de citoyens, celle qui » apporte le Capital et celle qui apporte le travail, doivent » s'accorder entre elles, Nous avons montré en même » temps, d'après les préceptes évangéliqw remèdes
» qui nous ont paru pouvoir contribuer le plus utilement »■ à sauver la cause de la justice et de la Religion et » à guérir toute dissension entre les classes de la » société. »
Lors de la fête du 23e anniversaire de son couronnement, dans sa réponse aux félicitations du Sacré Collège, le Saint Père a donné lui-même la caractérisque de l'encyclique « Graves de Communi Re ••. Le cardinal doyen, dans son adresse, ayant l'ait allusion au dernier document pontifical, le Saint Père lui répond : - Quant â » nos derniers actes dont il vous a plu, monsieur le » Cardinal, de l'aire tantôt mention.... nous avons ju » utile de déclarer d'une façon pratique la manière dont » il faut efficacement avoir soin des vrais intérêts du
-• peuple ». •• Giudicammo espediente dichjarare in]modo - pratico il corne debbansi efflcacemente curare le utilité •• vere de] popolo. ■•
11 n'y n pas lieu de faire ici l'analyse détaillée du document pontifical. Cette analyse a été faited'une façon spécialement consciencieuse par M. l'abbé Six dans la Revue •• La Démocratie Chrétienne^, mars e1 avril P.1»»! . Qu'il nous suffise de /j « ■ t < m * un coup d'œil d'ensemble sur ce documenl afin «l'en tirer une perception synthétique.
Trois pensées principales qui dominent le tout dans ce document, permettent d'apercevoir la place exacte et l'importance relativede chacune des parties.
Après un préambule où il rappelle et résume l<is documents antérieurs relatifs à la question sociale, après avoir constaté l'efflorescence nouvelle des institutions populaires, suite de ses enseignements, le Saint Père approuve formellement le Nom et la Chose même de ïa Démocratie Chrétienne, Coite approbation est donnée sous la condition que la Démocratie Chrétienne vise comme but final la Félicité Eternelle, observe, la distinction naturelle des classes, et évite de poursuivre comme but politique la forme républicaine de gouvernement civil. De plus la Démocratie Chrétienne, pour rester digne de cette appellation, doit tenir compte <lr> intérêts des classes non populaires, rester soumise a toutes les autorités religieuses, et éviter la Neutralité Confessionnelle.
Le Saint Père réclame en second lieu, l'union de toutes les forces catholiques en vue du soulagement «les classes populaires, el de l'élévation intellectuelle et morale du Peuple. Cette union, c'est celle de la Démocratie Chrétienne que le Saint Père vient d'approuver, avec les Classes Supérieures qui peuvent remplir les devoirs auxquels elles sont tenues vis-à vis des déshérités «le la terre en encourageant les institutions anciennenouvelles fondées par les Catholiques.
i-'.niin le Saint Père nous donne des :^^ impératifs pour éviter que ce mouvement d'ensemble perde de efficacité.
A cet effet :
a II veut que dans l«'s journaux et les discours adressés au peuple, l'on <-\ ite, par crainte de dn ision, le développement de certaines questions subtiles et d'une mince utilité.
b) Partout ou, comme en Italie, il y a un comité supérieur concentrant l'action sociale, (juVi lui soit attribuée la force motrice et directrice.
c) Le clergé doit aller au peuple sans que l'action extérieure nuise à l'esprit intérieur. Clercs et Lai
en s'appliquant clans des < - 1 1 1 r« * i i< • i j s fraternels, à inculquer opportunément aux ouvriers leurs devoirs, doivent dans cette action populaire obéir aux Ëvêques.
La Démocratie Chrétienne dont parle Léon XIII est bien celle qui existait avant qu'il ne publie l'encyclique Graves de Communi re. Il importe de bien fixer ce point. Cela résulte du texte pontifical lui-même.
En effet :
a) le Saint Père parle de cette Démocratie Chrétienne dont le Nom et la -Réalité ont occasionna des controverses parmi les catholiques. Et qui ne sait que c'est en Belgique et surtout à Liège, que ces controvei ont été vives et longues ?
Ici plus qu'ailleurs les catholiques ont formulé, exagéré toutes les appréhensions que le Saint Père rappelle dans sa Lettre.
b) Le Saint Père appelle Démocratie Chrétienne, cette action des catholiques qui, surtout à la suite de l'encyclique Rerum Novarum a éclaté en faveur du peuple et qui dans certains pays s'est appelée Christianisme social.
L'action des démocrates chrétiens de Belgique date précisément de cette encyclique. Liège peut même revendiquer l'honneur d'avoir pressenti l'encyclique, en commençant celte action sociale chrétienne avant sa publication ; dès avant l'encyclique, l'Ecole de Liège soutenait que l'Action Sociale Chrétienne ne pouvait se borner au Patronage et à l'Aumône.
Il ne s'agit donc pas dans la Lettre Graves de (j)nninnii re d'une nouvelle démocratie chrétienne que le Saint Père créerait de toutes pièces et qui «à entendre
certains réfractaires se résumerait à peu près à leur
conservatisme anti-démocratique.
c) Nous connaissons tous la tactique souvent employée ici et ailleurs par les catholiques opposés à notre action sociale. Y avait-il quelque part un excès isolé, un groupe outré, que les démocrates chrétiens, une l'ois informes, étaient les premiers à écarter ou à condamner, nos adversaires s'empressaient d'en rendre responsable la Démocratie Chrétienne toute entière. Ils confondaient à dessein, parfois à plaisir, quelques échauffés avec la masse, les excès de quelques-uns avec le programme tout entier; c'était un moyen d'atteindre l'ensemble des Démocrates Chrétiens et le bloc de leurs desiderata.
Le Pape lui-même dans sa lettre a soin de prévenir l'objection et de déjouer la tactique des conservateurs anti-démocrates. ■• En effet, dit-il, en laissant de côté les opinions de certains hommes sur la puissance et la vertu (Tune telle Démocratie Chrétienne, opinions qui ne sont pas exemptes de quelque excès ou de quelque erreur, personne ne blâmera... *• Assurément en faisant cette remarque, le Saint Père ne répudie point sa déclaration aux ouvriers Français venus a Rome en Pèlerinage. •• Si la Démocratie est Chrétienne, disait-il, elle assurera à votre pays le salut et la prospérité. •• Le Saint-Père approuvant solennellement la Démocratie Chrétienne voulait la dégager d'excès isoles avec lesquels les
conservateurs se sont effara s de la confondre nfln de l'abattre. D'après certains conservateurs, il n> avait eu jusqu'ici que des excès dans le mouvement démocratique chrétien, même au pays de Liège, où cependant PKvéque diocésain Sa Grandeur Monseigneur Doutreloui a déclaré publiquement dans une lettre au journal La Vérité de Paris, que la Démocratie Chrétienne dans son dio< s'honorait de suivre en tout les enseignements et les directions Pontificales.
N'y a-t-il cependant pas lieu, de trouver un blâm l'adresse des Démocrates Chrétiens, dans le pass le Saint Père n'attribue aucune importance au mot de Démocratie Chrétienne, alors que ses partisans semblent
avoir attaché le meilleur de leur fortune à cette appellation ?
Sans doute les démocrates chrét iens on1 attribué au mot de Démocratie Chrétienne une importance considérable et après que cette dénomination eût été lai Liège, elle fut accueillie avec enthousiasme, par nos amis du Nord de la France d'abord, puis par nos amis d'ailleurs, surtout d'Italie. L'importance même que ce nom conquit en peu de temps résulte aussi des efforts tenaces et puissants de la presse conservatrice internationale.
Sans doute ceux qui adoptèrent cette formule connue devise, n'ignoraient point la fortune que peut avoir un mot dans les mouvements d'opinion qui pénètrent jusque dans les couches populaires. Ils voulaient qu'il n'arrive point pour ce mot ce qui est arrivé pour la formule, libéral et libéralisme : c'est-à-dire qu'une appellation très apte à signifier une chose bonne qui passionne les masses, fut accaparée au profit de Terreur et du mal, alors surtout que le mot Démocratie avait déjà parmi le monde du Travail, une fortune toute faite. Ce fut la raison de l'opiniâtreté des Démocrates Chrétiens à défendre cette
appellation. Aujourd'hui, grâce à Dieu ci àson Pontife suprême, elle est non seulement acceptée, mais ena solennellement confirmée et aux actes des Démocraies Chrétiens que nous venons de rappeler peut-on trouver dans la dernière Encyclique la moindre opposition (
Evidemment non. Le Sainl Père ne dit nulle pari que d'une façon absolue l<i mot Démocratie Chrétienne n'a aucune importance. 11 ne dit cela que d'une façon relative, c'est-à-dire que l'importance de ce mol esl nulle à Végardde Vunion des catholiques ou de leur soumission complète aux documents du Saint Siège sur le mouvement social, ("est pourquoi si cette appellation ne pouvait être gardée qu'en compromettant l'un ou l'autre de ces biens supérieurs, il faudrait la sacrifier. Qu'on le sache bien, les oppositions irréductibles qu'a soulevées à maintes reprises la Démocratie Chrétienne ont mis parfois les autorités religieuses dans la nécessité de demander aux Démocrates Chrétiens des sacrifices assez héroïques, pour qu'ils ne reculent point devant ce nouveau sacrifice, s'il leur avait été impose. Mais tant s'en faut que nous soyons réduits à cette concession (pie le Saint Père au contraire dans l'encyclique Graves de Communi re préconise l'Union des catholiques dans rapprol.aiion et la confirmation solennelle, non seulement do la chose mais encore du nom de la Démocratie Chrétienne. Dieu en soii béni m s. m vicaire remercié, lins et mieux que jamais les Démocrates Chrétiens iront on avant dans les voies tracées par l'Eglise, pour le Christ m pour le peuple.
En Belgique on a prétendu publiquement qu'après l'encyclique Gravesde Communi re toute action politique est désormais Interdite à la Démocratie Chrétienne. C'est de l'aveuglement. Cette interprétation jure avec le te: avec les faits, et avec l'encyclique Rerum Novarum,
a telle jure avec le texte : « 1 il injuste, dit le
S;imi Père, que le terme de Démocratie < 'lin \ fut
détourné vers un sens politique. Quoique la Démocratie d'après ivi \ mologie même du mol el V\ ont
fait les philosophes, indique le régime populaire, cependant dans les circonstau >lles il ne faut e qu'en lui enlevanl tout sens politique el en ne lui attachanl pas d'autre signification qu< e bienfaisante .ici ion chrétienne parmi le peuple. ••
Le Saint Père prohibe donc toul sens politique à la Démocratie Chrétienne d'après l'étymologie du mot Démocratie et d'après l'usage que les Philosophes font de ce moi. Or étymologiquement, Démocratie veut dire Puissance Populaire et d'après les philosophes ce mot désigne la l'orme de gouvernement populaire comme la république.
b) Cette interprétation jure avec le contexte. Car dit Léon XIII, si le mot Démocratie ne doit pas être 1 prêté dans un sens politique, c'est parce que les préceptes de la Nature et de l'Evangile ne dépendent d'aucune façon de la forme du gouvernement civil.
c) Cette interprétation jure avec les faits. En e
les Chrétiens sociaux en Autriche, les Démocrates Chrétiens en France, et même en Italie sur le terrain administratif font publiquement et ouvertement de la Politique dans le but de provoquer de la part des pouvoirs publics, les mesures permanentes qui sont nécessaires au rel ment de la classe ouvrière. En Belgique la Ligue Démocratique bénie successivement par le Pape et par tous les Evèques, consacre une large part de ses cong à l'étude des questions politiques et sociales.
d) Cette interprétation jure avec l'encyclique Rerum Novarum. En effet le Pape y enseigne que sans l'intervention des pouvoirs publics, il n'y a pas moyen dans l'organisation économique actuelle de relever la condition de la classe ouvrière.
Pour provoquer efficacement cette intervention dans nos régimes représentatifs il n'y a pas de meilleur moyen que l'act ion populaire.
A propos des mois » Benefica actio, action bienfaisante » cites plus haut, un grand journal italien, // Corriere de Turin, prétendait que la Démocratie Chrétienne approuvée par Rome se réduisait à l'Aumône sous toutes ses formes.
Du Vatican, c'est VOsservatore Cattolico qui le rapporte, on s'est empressé de faire comprendre à ce journal anti-démocrate, qu'il n'y était pas du tout.
Ajoutons a la louange de cette feuille, qu'elle a reconnu do suite et loyalement son erreur.
Benefica .\cii<>, c'est l'expression par laquelle le Saim Père résume les œuvres multiples qui surtout après l'Encyclique Rerum Novarum, et sur l'initiative des catholiques se soin créées et développées partout pour faire «lu bien au peuple.
Quanl a l'aumône elle-même, nous le savons, l'on a maintes l'ois reproché aux Démocrates Chrétiens de la réprouver. L'on disait : partout ils veulent mettre la justice a la place de la charité oi n'en laisser aucune a l'aumône qui, à leur -eus, rabaisse la dignité humaine dans le pauvre.
Ici c'est pure calomnie encore, que d'attribuer aux Démocrates Chrétiens le mépris de l'aumône on la diminution de son importance, alors (pie la plupart d'entre eux la pratiquent largement et participent aux Institutions (pti s'y rapportent. Sans aucun doute les Démocrates Chrétiens affirment qu'aujourd'hui beaucoup d'ouvriers «pti, dans une sit uai ion normale et chrétienne n'auraient pas besoin d'aumônes, sont obligés do tendre la main. Sans doute, ils soutiennent que la bienfaisance et. l'aumône n'ont pas pour fonction do remplacer la justice.
Sans doute H- prétendent qu'avant de faire l'aura* il faut payer ses dettes. - iute les Démocrates l hré-
tiens s'efforcent, tout en soulagea ni l.-i pauvreté, d'enl les causes qui la provoquent, surtout quand ■ jaillissent dans une large mesure de l'acceptation et de l'application au régime économique de principes antichrél Iens aussi bien qu'ant i sociaux.
Sans doute encore ces mêmes Démocrates croient que l'injustice sociales multiplié la pauvreté au point d'en faire en beaucoup de milieux un hideux paupérisme, qui rend impossible, malgré l'abondance croissante des aumônes chrétiennes, le soulagement de toutes les n< sites. Sans doute enfin les Démocrates Chrétiens sont convaincus que, même sous un régime économique reformé comme ils Je demandent conformément aux principes de la Théologie catholique, il restera encore assez de misères à soulager pour que l'aumône chrétienne ne soit nullement gênée dans son expansion. Mais qu'y a-t-il de tout cela qui soit condamné dans l'Encyclique Graves de Communi re% Est-ce que ces convictions des Démocrates Chrétiens ne sont point ou ries véi de l'ait dont l'évidence est éclatante, ou des postulata de la Morale chrétienne ?
Que de fois dans les rencontres avec les orateurs socialistes les Démocrates Chrétiens oui reproché à ceux-ci de ne rien faire pour les malheureux en attendant que la réforme sociale s'opère, tandis qu'eux mêmes s'empressaient par l'aumône d'aller au secours d'-> victimes de l'économie libérale.
Au surplus il apparaît par le contexte même que le Saint Père avait en vue non les Démocrates Chrétiens mais les socialistes. C'est en effet aux socialistes que Léon XIII reproche explicitement dans le passage en question de considérer l'aumône comme un déshonneur pour qui la reçoit.
Que de fois aussi n'a-t-on pas reproché aux Démocrates Chrétiens de ne parler au peuple que de ses droits !
Les Démocrates Chrétiens seraient-ils visés principalement, dans le passage où le Saint Père recommande à ions, clercs el laïcs, de parler au peuple surtout de ses devoirs (
Remarquons d'abord les tenues mêmes employés par le souverain Pontife: il recommande de parler des devoirs des ouvriers non pas d'une manière inopportune, mais a l'occasion, quand le moment est favorable •• per opportunitatem » ce qui est toute autre chose. Le Saint l'ère ajoute qu'en faisant cela, on fait toujours chose Louable et il le recommande avec insistance. Voilà ce qui ressort exactement du texte lui-même.
Des lors ne faut-il plus parler aux ouvriers que de leurs devoirs? Faut-il les entretenir de ces devoirs a propos et hors de propos per opportunitatem et importunitalem ? Faut-il laisser ignorer toutes les grandes questions qui passionnent el bouleversent le Prolétariat, à de bons et de pieux ouvriers, convaincus de leurs devoirs, qu'au surplus ils observent largement ? Faut-il devant les auditeurs ouvriers prévenus contre les catholiques et qui, quoique baptisés, ont pour le socialisme des sympathies secrètes ou avouées ne parler que de leurs devoirs même aux premières rencontres ? Nous ne le pensons pas.
Ces questions nous remettent en mémoire un épisode de l'apostolat des Démocrates Chrétiens.
C'était dans la banlieue de Liège, et dans une des communes les plus infestées par le socialisme. Devanl un auditoire compose d'un bon millier d'ouvriers parmi lesquels un grand nombre de socialistes, l'orateur avait eu l'habileté de traiter si bien des revendications ouvrières, que. sans sacrifier un iota de la vérité, il produisit une impression qui éclata en longs
applaudissements. \ un second meeting le mém< eur put parler devant le môme auditoire des d< de la
classe "n\ rière autant que de ses droil
A une troisième allocution, l'orateur pu! placer acclamations du plus grand nombre un discours sur la lin dernière de l'homme.
Quelle l'ui donc et quelli nduite des
Démocrates Chrétiens à l'égard des droits et des irs
de la classe ouvrière ?
Ils foni remarquer que le droil est la faculté légitime do faire pon devoir, ei concluent qu'il n'y a pas de droits sans devoirs. Leur conduite el leurs discours pirent
de ces principes. Dans les cercles d'études créés par leur initiative, les ouvriers sont instruits de leur- droits el de leurs devoirs, comme du droit el du devoir de lei patrons. Nous avouons franchement n'avoir jamais é de l'école de ceux qui professaient que les ouvriers ne doivent jamais être entretenus que de leurs devoii Qu'en Belgique comme ailleurs, quelques Démocrat Chrétiens, aujourd'hui expulses du Parti, aient agi à rencontre de ce précepte du Pape, c'est chose possible ; mais cela n'engage ni n'a jamais engagé la Démocratie Chrétienne que dans les désirs secrets de ceux qui ne lui pardonnaient point d'exister.
Dans l'encyclique Graves de Communi re le Saint Père affirme qu'il faut surtout l'aire appel aux les
classes supérieures pour relever la condition des ouvriers.
Ne doit-on pas voir dans ces paroles la condamnation évidente des Démocrates Chrétiens ?. Est-ce que ceux-ci ne répudient pas le concours des classes non populaires? N'est-ce pas ce qu'ils affirment dans la formule qui est pour eux à la. fois un programme et un drapeau : - Tout pour le Peuple et par le Peuple. ••
Il y a donc lieu d'examiner quelle signification l'atti lude, les doctrines el lesœuvresdes Démocrates Chrétiens permettent de donner à cette formule. L'explication qui va suivre montrera que, là où elle a été admise, c'est dans un sens orthodoxe et conforme aux Directions Pontificales que celle devise est comprise par les Démocrates Chrétiens.
Tout d'abord la vérité historique exige une renia, que.
La formule •• Tout pour le Peuple et par le Peuple » est sans doute la devise de quelques groupes de la Démocratie Chrétienne ; elle n'est pas et elle n'a jamais la devise de la Démocratie Chrétienne universelle. C'est ainsi par exemple qu'à Liège, la formule qui est devise et drapeau est la suivante:»* l'ourle Christ et pour le Peuple. »
Ensuite l'attitude drs Démocrates Chrétiens ne permet pas d'interpréter l'expression •• Tout par le Peuple » dans un sens exclusif des classes supérieures. < m peut se rappeler que souvent aux applaudissements des assemblées démocratiques chrétiennes nous avons proclamé que si, pour obtenir le concours d'un homme déplus de la classe élevée à notre action sociale, il l'aillait aller s'age nouiller devant lui, mais irions sur le champ le prier, genoux en terre, de venir dans nos rangs. Qu'on se rappelle encore l'accueil fait par nos démocrates chrétiens aux bourgeois influents qui sont venus mais apporter une sincère collaboration. N'est-ce point à eux •pie, des le principe et avec un (dan enthousiaste, esl allée la confiance des Démocrates Chrétiens. N'est-ce point à eux qu'ils ont de suite assigné les places d'honneur et même, quand ils l'ont pu, les mandats publics ? El pour répondre à ceux qui représentaient leur groupe comme un parti fermé de classe populaire, n'ont-ils pas toujours protesté que tout en étant un parti créé en faveur a" une classe, celle des ouvriers, ils ne constituaient point un parti de classe \
On n'a donc pas le droit d'interpréter la formule
.. Par le Peuple •■ dans le d e clusion de tout
mcours de la part des cla i itraire
qui est vrai el les Démocrates Chrétien onl toujou
plaints de ce que', malgré la conformité de leurs doctrin aux doctrines catholiques el aux directions religieux malgré la nécessité de leur mouvemenl social pour résister au flot socialiste, un bon nombre d'ancie catholiques des classes supérieures leur refusaient un concours qu'ils sollicitaient sans el qu'ils jugeaient
de\ oir être d'une grande efficacité.
Sans doute lorsque certains hommes influents connus par leur opposition passionnée au mouvement démocratique onl voulu absorber les groupes de la Démocratie Chrétienne au profit d'une cause oppos< nos amis ont résisté à l'étouffemenl et ils ont eu raison. Cn ne peut donc pas .lire que l'expression «Tout parle Peuple » soit l'exclusion des el supérieures à titre de collaboration, de concours ou de moyen pour obtenir le relèvement de la classe ouvrière.
Si le concours des classes supérieures est nécessaire au relèvement populaire, est-ce a dire que le Peuple ne doit être que V objet du relèvement et qu'il ne l'aille pas du tout compter sur lui comme moyen pour l'opérer? Faut-il
au contraire tout attendre des classes supérieures \ C'< ce que prétendent tantôt ouvertement et tantôt en fait les partisans du patronage entendu au sens de tutelle a exercer par les classes élevées en faveur d'un peuple qui, dans cette conception, est regardé et traité comme un mineur quant à la gestion de ses intérêts professionnels
Aux yeux de ceux-là le mouvement ouvrier chrétien se résume au patronage des adultes de la classe populaire.
Les démocrates chrétiens n'ont jamais pensé de cette façon. S'ils considèrent comme efficace, voire
même comme normalement Indispensable le concours des hommes des classes élevées, Us comptent aussi, et en grande partie sur le peuple lui-même. En cela comme dans le reste ils suivent les directions pontificales. Si dans la lettre Graves de Communi re, Léon Mil «mi parlanl du concours des (dusses supérieures dit : •• Si concours fait défaut c'est à peine si l'on pourra faire quelque chose d'efficace pour le bien du Peuple ». •• Isia si desit opéra, vix quicquam confici potes! quod vere valeat ad quaesitas popularis vitae utilitates, •• dans la lettre au Ministre Général <\r* Frères Mineurs, le même Léon Mil affirme «qu'aujourd'hui plus que jamais, le salut des nations repose en grande partie sur le peuple :£i alias unquam certe quidem hoc tempore magna ex parte nititur in populo salus civilatum. *• Il faut accepter ces deux enseignements qui, au surplus, s'accordent fort bien et qu'a toujours accordes la Démocratie Chrétienne; c'est-à-dire que les deux éléments soin indispensables à titre de moyens pour obtenir l'effet voulu du relèvement populaire.
L'histoire confirme ces enseignements pontificaux. Au moyen âge, le peuple embrigadé en masse par Saint François d'Assise dans le Tiers-t >rdre a été un iust rument tout autre qu'accessoire pour briser la tyrannie anticatholique de la féodalité gibeline et des Empereurs d'Allemagne qui s'en servaient contre Rome.
Au reste dans ce passage de l'encyclique qui parle du concours nécessaire des classes supérieures, est-ce (pie la préoccupation du Saint Père n'est pas plutôt de rappeler les classes élevées à leur devoir de concourir au soulagement et au relèvement des classes inférieures ' Est-ce qu'il ne faut pas voir dans ce passage un grave et suprême appel adresse à ces classes élevées peur qu'elles fournissent enfin une collaboration plus large et plus profonde, plus étendue et plus désintéressée à l'œuvre de la régénération sociale ?
si l'on veut bien remarquer la gravité et la solennité
avec lesquelles le Saint Père dans ce pa ce devoir, ainsi que les arguments d il el
même d'ordre matériel que développe l'encyclique pour convaincre ceux qui doivent le remplir, on comprendra mieux que telle est la préoccupation de Léon Mil.
M. Toniolo ne croit certes point avoir été à rencontre des pensées du Saint Père en allant plus loin encore. C'est lui, «'ii effet, qui dans une conférence donné Rome et publiée dans la Rivista intei nale, pui
brochure, à dit «que si les classes élevées ne fournissaient •• point ce concours normalement indispensable il faù- •• (Irait bien par exception à une loi générale, prendre » quand même son point d'appui sur la classe ouvrière : •• et, dans ce cas, comme la Papauté et l'Eglise veulent à » tout prix le salut des nations que Dieu a faites guéris- •• sables, c'est sur les épaules du peuple que le Christ » reviendrait h la place qui lui appartient. ••
C'est la même idée que non- retrouvons formulée dans la conclusion du programme élaboré par les catholiques italiens au Congrès de Home en 1894. Voici le texte si clair de cette conclusion :
•• Que si pour atteindre cet idéal, qui a pour lui les *• garanties de la plus glorieuse période de clés
» qu'on a nommés les siècles du peuple, il était, contre •' notre gré, nécessaire de ne marcher qu'avec le peuple. » nous n'hésiterions pas un instant, entre les faibles » les souffrants d'un côté, les forts et les jouisseurs de •' l'autre. »
« Mais nous ne pourrons jamais oublier que noire » but final est, non la guerre, mais la paix, cette paix que » doit nous apporter la Démocratie Chrétienne du XX » siècle dans laquelle, raffermie au nom du Christ sur la « large base du peuple, toute lu hiérarchie sociale s\ ■ » blira en revendiquant les droits et en travaillant au » relèvement des classes laborieuses. » Ajoutons qu'au lendemain du Congrès de Rome qui adoptait ce texte le Saint Père adressait une lettre d'approbation à son
Ëminence le cardinal Parrochi, président de ce Congrès. De cette lettre pontificale qui approuve sans la moindre restriction les conclusions du Congrès nous détachons ces lignes: -Nous approuvons les vœux exprimés à » cet effet, les moyens d'action proposés dans ce but, •• avec d'autant plus de satisfaction qu'ils nous semblent •■ bien choisis, et imprimeront efficacement dans les •• âmes ce que Nous même avons souvent prescrit et •• recommandé sur ces mêmes questions. »
Voudrait-on affirmer ou même insinuer que ces principes directeurs donnés par Léon XII! en 1894 sont contredits pur les Directions données pur Léon Mil on 1901, et donner au Saint Père l'occasion de renouveler la plainte qu'il formula autrefois contre ceux qui le soupçonnaient d'être en contradiction avec lui-même ?
Si Ton veut résumer la signification que les Démocrates Chrétiens donnent à l'expression Tout par le Peuple en tant qu'elle se rapporte aux moyens à emploj er ou aux collaborations qu'il faut mettre en oeuvre aujourd'hui pour opérer le soulagemenl el l'élévation populaires on peui dire1 comme suit :
1°, Moine normalement parlant : c'est à dire si les classes supérieures de la hiérarchie sociale accomplissaient tout leur devoir de dévouement à la classe ouvrière, les Démocrates Chrétiens d'aujourd'hui n'excluent pas le concours du peuple lui-même comme agent de relèvement, Non seulement dans cette hypothèse, le peuple aurait à se laisser Taire, comme on dit vulgairement, mais il aurait a faire sa part. Et cette pari au sons
Démocrates Chrétiens n'est pas petite •• magna ex parte nilitur in /)(>/i/fl<> salus civitatum. ••
Exceptionnellement: c'esl a dire si les classes supérieures refusaient un concours (pie leur devoir les oblige d'apporter, les Démocrates Chrét ions n'abandonneraient point pour cela la cause du relèvement populaire; mais eon vaine us de la nécessité et de la possibilité quand même du salin des nations et forces par L'abstention
voulue des classes supérieures, ils ne comj enl que sur la classe o\x\ rière, et comme le dit Toniolo - rana raient le t 'hrist sur les épaules du peuple
Les choses étant mises au point d< i e façon on ne trouvera pas dans l'encyclique Graves de Communi re un seul mot qui condamne les pens< u frustre \c> espérances des Démocrates Chrétiens.
L'expression « Tout par le Peuple* que noua ai envisagée comme se rapportant aux moyens d'améliorer la condition des ouvriers peut aussi concerner Vobjet même de ce relèvement. C'est ce que nous allons expliquer.
Il y a deux concept ions différentes de la gestion des intérêts de la classe laborieuse. La première s'inspir la conviction formellement affirmée, ou bien acci avec évidence par l'ensemble des faits que la masse travailleurs, en vertu de la nature même d<-s choses, est incapable de se conduire elle-même et que de par une loi absolue tenant à la constitution même de la humaine, cette classe, même dans la gestion de ses propres intérêts professionnels, a besoin de la tutelle des classes supérieures. Pariant de là, cette conception assigne aux classes supérieures d'une façon absolut indépendammentdes viscissitudeshistoriques, la fonction nécessaire de. gérer, à titre de tuteur, les intérêts professionnels de la classe ouvrière.
Il est une autre conception de la gestion de ces intérêts de la classe ouvrière.
Elle rejette le prétendu dogme de droit social naturel en vertu duquel cette classe est de par la force des choses et indépendamment de tout état de civilisation, incapable de gouverner par elle-même ses intérêts professionnels et par conséquent l'objet d'une tutelle toujours nécessaire de la part des classes supérieures. Dans cette seconde conception, on ne croit pas a une incapacité native et nécessaire exigeant en tout état de
cause un patronage de tutelle à l'égard «les intérêts dont nous parlons. Partant de l'égalité spécifique des hommes, de L'égalité chrétienne, sous un même Père qui est dans les cieux. de frères donl une esl l'origine, la nature, la lin ci la rédemption, cette conception, n'assigne point au travail manuel qui constitue l'unité spécifique de la dernière classe une efficacité déprimante engendranl l'incapacité de gérer, dans l'harmonie hiérarchique des classes sociales, les intérêts qui lui sont propres.
Au contraire ell<i reconnaît comme possible et là où il se produirait, saluerait comme un magnifique progrès social, le développement dans la classe ouvrière d'une capacité subjective assez haute pour gouverner par elle-même les intérêts qui sont les siens.
Dans cette seconde conception, on considère sans (lente comme naturelle et intangible la hiérarchie des classes et par conséquent la fonction protectrice et directrice des classes supérieures à l'égard des classes inférieures : mais l'extension et les limites de l'exercice de cette fonction dépendeni du degré plus ou moins élevé de l'éducation de la classe ouvrière. C'est pourquoi le droit de la clause ouvrière de se gouverner par elle-même n'est pas une question de dogmatisme social, niais c'est une quest ion de l'ait historique.
Cette seconde conception est et lui toujours celle des Démocrates chrétiens. Est-il nécessaire, après avoir ainsi précisé cette question, delà discuter? N'est-iJ pas évident que ni la doctrine de l'Evangile ni le droit naturel social n'autorisent la première conception? C'est en vain qu'on cherchera, non seulement dans l'Encyclique Graves i/c Communi re, mais encore dans tous les documents où les enseignements de l'Eglisesont authentiquement consignés, un seul mot qui l'autorise. Apres tout, c'est une conception païenne. Non seulement donc les Démocrates Chrétiens, mais encore tous les catholiques doivent, dans leur action sociale s'inspirer de la seconde; conception. La-dessus aucune divergence ne doit être possible.
Mais il pourra y avoir divergence dans le jugen à porter sur le fail historique qui répond h la question suivante. En réalité aujourd'hui, la cla uvrière
est elle capable de gouverner par elle-même ses pr< intérêts professionnels \
Sur ce sujet, Les Démocrates Chrétiens ont leur
«•<>n\ ici ion faite. Nous allons l'exposer.
En fait il existe au sein de la société chrétienne d'aujourd'hui un mouvement démocratique universel. L'existence de ce fait que nous avons tous iux
a été affirmée par le Saint Père lui-même en 189 Monseigneur l'Evêque de Liège. Celui-ci le constatait à son tour dans sa lettre pastorale sur l'encyclique Rerum Novarum. Enumérant les faits réels dont doit tenir compte l'action catholique sous peine de fausse pruden et d'optimisme inconsidéré, cette lettre constate •• l'existence et le développement rapide et irrésistible d'un mouvement démocratique universel socialiste ou non socialiste. »
Son Eniinence le Cardinal Archevêque de Malines répétait la même chose à la même époque et ajoutait que, quelles que soient nos sympathies ou nos appréhensions nous ne pouvions l'empêcher.
Il est incontestable que dans ce mouvement de la classe travailleuse les ouvriers prennent de plus en plus conscience d'eux-mêmes, c'est à dire qu'ils acquièrent de plus en plus la connaissance de leurs intérêts et le sentiment de leur puissance. C'est la ce que Léon XIII déclarait déjà en 1891 dans sa lettre Rerum Novarum dès les premières lignes. Et n'admettra-t-on pas que depuis cette époque les ouvriers ont progressé dans le développement de cette conscience d'eux-mêmes, qu'ils l'ont précisée de plus en plus et qu'ils se sont organisi
en conséquence ? si nous n'avions d'autre argument, les progrès effrayants du socialisme universel suffiraient pour le prouver.
Quelle esl l'explication de ce fait historique ?
On reconnaîtra aisément que les principes individualistes et anti-chrétiens, issus de la Réforme du \\ T ' siècle ont engendré sur le terrain économique un état atomique ou la classe ouvrière qui est la classe faible est à la fois victimeei impuissante^ tant que dure cet étal de choses, à obtenir le redressement de justes griefs et à participer dans une proportion équitable avec les classes supérieures aux avantages et aux inouïes de la civilisation moderne. •• l'eu à peu, dit Léon XIII « il est arrive •• que le temps à livré les travailleurs isoles et sans •• défense à la merci de maîtres inhumains et à la cupi- ■• dite (Tune concurrence effrénée. •■ Au témoignage encore de Léon XI II c'est en vertu des révolutions civiles qu'ont été créées les deux factions dont il parle dans sa lettre .. Rerum Novarum - : •• Vis enim commutationum civi- •• lium in duas civium classes divisit urbes, immenso •• inter utrumque discrimine interjecto. Ex una parte » factio praepotens quia praedives : quae cum operumet
- mercaturae universum genus sola potiatur, facultatem
- oinneni copiarum effectricem ad sua commoda ac •• rationes trahit, atque in ipsa administratione reipu- •• blicae non parum potest. Ex altéra parte inops atque •• infirma multitudoexulceratoanimoetad turbas semper
- parato.... •• •• In ipsis protegendis privatorum juribus, •• praecipue est infirmorum atque inopum habenda ratio.
- siquidoin natio divitum, suis septa praesidiis, minus •• eget tutela publicà : miserum vulgus, nullis opibus •• suis tutum, in patrocinio reipublicae maxime niti- •• tur. •• l).
I ' \ mi. 'nrt> des révolutions politiques a divisé le corps social eu deux classes et ;i • eutre elles uu immeuse abime. D'uue p irt, la toute puissance dans l'opuleuce : une a qui, main iluede l'industrie et du commerce, détourne le cours des rie
et eu fan affluer en elle to ctiou «railleurs qui tient en .sa main plu.-* d'un
Kn un mot grâce à la désorganition anti-chrétienne de la société moderne, les Intérêts de la cla rière
S( >n1 «Mi profonde souffrance.
< >r la classe <>m\ rière a <■< uina snce
de ce fait, et avec une volonté qu'il serait utopique vouloir comprimer, elle veut le modifier en eur. De
là résulte N' mouvement de cetie classe, que l'on a appelé mouvement démocratique parce qu'il part de la puissance populaire el a pour but le relèvement des intérêts populaires. Ce mouvement tend à l'organisation de «•'•m*; cl parce que ce moyen esl reconnu par elle comme efflc pour relever ses intérêts et les sauvegarder d'un< permanente. Voilà donc le fait constaté, i :elui d'une
aspiration invincible à la constitution d'une classe autonome que les plus illustres sociologues modem» appelée « le quatrième état -. C'est ainsi que dans une conférence donnée à Rome au cuirs de l'année dernii îe savant Professeur Toniolo, après avoir indiqué les faits acquis dans ces derniers temps à la réorganisation de la classe populaire concluait : •• Voilà le fait histo- » riquc ; mais il exprime virtuellement et affirme solen- » nellement la tendance, le besoin, la volonté » étendue et croissante des masses prolétariennes de » sortir de l'atomisme isolateur et impuissant et d< » constituer en vastes groupes de classe qui, grâce à une » représentation qui leur soit propre et qui soil stable, » fasse valoir les intérêts, les droits, les prétentions du » futur ^quatrième Etat ». ("est la une des plus originales » élaborations historico-sociales de la fin du 19e siècle ».
Est-ce que l'atomisme auquel est réduit le prolétariat n'est pas anti-social ? Est-ce que la doctrine sur laquelle
ressort de l'administration publique. De L'autre, la faiblesse dans l'indigence: une multitude,
l'âme ulcérée, toujours prête au désordre
Dans la protection des droits prives, l'Etat doit se préoccuper d'une manière spéciale des faibles et des indigents. La classe riche se l'ait comme un rempart de ses richesses et a moins besoin de la tutelle publique. La classe indigente, au contraire, sans richesses pour la mettre à couvert des injustices, compte surtout sur La protection de l'Etat. -
tous les catholiques sont d'accord, n'exige point la reconstitution des classes fonctionnant dans une harmonie proportionnelle, chacune en faveur de s<-s intérêts mesurés parla morale chrétienne de justice e1 de charité el toutes en faveur du bien commun qui résulte de ce fonctionnement harmonique ?
N'est-ce point là la doctrine qui résulte des enseignements de l'encyclique Rerum Novarum ( Les doctrines el l'ad ion religieuse pour gouverner l<i> actes des individus des familles, des collectivités ci de l'Etat ; l'intervention de celui-ci pour reconnaître l'existence e1 les droits des classes en même temps que le respect dans la subordination au bien commun de l'autonomie ci de l'indépendance de ces classes dans le gouvernement intime de leurs intérêts; voila le résumé des magnifiques enseignements sociaux contenus dans cette mémorable Encyclique. Qu'il nous soit permis de citer encore Toniolo. Après avoir signalé l'aspiration du prolétarial à sa reconstitution en chose ou (ui quatrième Etat, il poursuil : •• Eh bien, cette •• tendance esi-ell<' peul être illégitime aux yeux des •• cal holiques ( Est-ce (pie l<i but essentiel auquel elle vise •■ esi d'importance secondaire? Il <isi reconnu au contraire
- (pie les catholiques ont été le- premiers, au moins sur •• le continent, a proclamer cette nécessité d'organiser » en classe le prolétarial moderne ei qu'aujourd'hui • encore, ils en sonl les plus vaillants défenseurs ; pour •• eux c'est là le remède souverain contre les dangers
- (pie crée ce prolétarial ; remède pleinemenl conforme
- aux glorieuses traditions de la société chrétienne :
- remède enseigné dès les premières encycliques du •• Pontife Léon XIII, <it — qu'on remarque bien ceci
» c'est là l'élémen! et la base de la reconstitution orga- •• nique par classes de toute la société, reconstitution au •■ sujet de laquelle soin d'accord ion- les catholiques. ••
Que la classe ouvrière, tout en observanl les devoirs de charité et de justice qui lui incombent a l'égard des autres cla . gouverne par elle-même ses propres
intérêts, est ce que la docl rin< île de l'encyclique
Rerum Vovarum le répudie? Ne semble-t elle pai coin raire l'admet i re clairemenl là ou ni Père dil en
parlant des associations professionnelles, qu'il v< un égal plaisir s'en fonder soit composées d'ouvriers seu s soit composées d'ouvriers et de patrons? Sans doute l'idéal serait des unions mixtes où nonobstant la mise ensemble des patrons avec les ouvriers, il j aurait pour les deux co-contractants, les forts et les faibles, confiance mutuelle et liberté égale dans le règlement des questions professionnelles qui touchent aux intérêts des deux parties, ("est ce que les Démocrates Chrétiens ont toujours dit et, au surplus dans de pareilles union-, l'autonomie i\(^ ouvriers existerait virtuellement, si la confiance y est mutuelle et surtout si la liberté ; est égale dans le débat des conditions du contrai entre le capital et le travail.
Mais vu l'état d'esprit existant comme mee
historique des rapports créés entre patrons et ouvri par l'économie anti-chrétienne moderne; vu la disj< tion opérée entre eux par les modes nouveaux de la grande production industrielle et parfois même agricole, ne faut-il pas, à titre de moindre bien, recourir aujourd'hui à des unions ouvertement autonomes e1 parallèles et s'entendant par le moyen de délégations mixtes librement nommées par les deux parties ?
Sans condamner ni prétendre empêcher aucune tentative ni aucune œuvre conçue dans un autre sens, les Démocrates Chrétiens regardent ce mode de reconstitution de la classe du prolétariat, comme une nécessité historique, au moins dans ces pays.
En résumé comme le disait la brochure intitulée «La Démocratie Chrétienne™ publiée a Liège il y a environ cinq ans : » l'émancipation de l'ouvrier qui » demande à se gouverner par lui-même et en-dehor- de « toute tutelle d'autres classes est-elle au fond autre » chose qu'une participation plus progressive et plus
•• étendue à l'égalité que le Christ Notre Seigneur a
■• apportée ici-bas et qui pénètre l'Evangile de son esprit?
- N'est-ce pas un progrès qui découle spontanément du
» fond même de l'idée chrétienne et qui a comme effel de
•• développer dans toute une classe d'hommes et la plus
» nombreuse une capacité subjective suffisante à porter
« soi-même les responsabilités de soi-même? N'est-ce pas
" le retour à une situation de dignité et d'élévation que
•• lui avait faite le Christianisme au temps des Communes
» du moyen-âge ? »
1°. Quelle que soit de fail au moment présent la capacité de la classe populaire pour gouverner par elle même ses propres intérêts, les Démocrates Chrétiens tenant compte de l'incoercible aspiration des ouvriers a leur constitution en classe autonome : a déclarent et proclament (pie cette aspiration est légitime, que cette autonomie de la classe ouvrière, constituée comme nous l'avons dit, esl un progrès 1res conforme a la doctrine catholique, une efflorescence de la civilisation chrétienne qu'ils souhaitent à bon droit.
b) Leur patronage en\ ers la classe ouvrière consiste principalement a Taire l'éducation du quatrième Etal ; c'est-à-dire a rendre le peuple capable de gouverner par lui-même ses propres affaires en harmonie avec les intérêts <les autres classes ci dans le respecl éclain conscient du bien commun. Dans toute leur action, ils s'inspirent de cette préoccupai ion connue d'un bul principal dont dérive la création et l'organisation de moyens efficaces. C'esl dans ce -rus encore el avec toutes 1 is irves indiquées, que la formule de plusieurs (oui par le /i<'n/>/<\ pourrait être devise el programme. L'expérience faite par le- Démocrates Chrétiens a mis en pleine lumière l'efficacité d'une pareille action sociale.
Toutes les l'ois (pie les lu m rn^nk, pu 1rs, ^•''•i '•*■< SOIll ailes
aux ouvriers avec les pens.^<^^r|>Y^?Wcm^'> pages, et
B1BUOTHECA rtav\ens**-
avec un dévouemenl désinb leuj
accordé une confiance affectueuse, ils les ont écoutés ,i\ ec respect el docilité, el il- leur ont donn témoi-
gnages (l'une touchante reconnaissan
Tous nos amis qui ont été à l'œuvre en peuvent témoigner. Cela montre que les ouvriers sont disp< & accepter une direction et des conseils dans l< exposé. Au contraire là où les ouvrii unique-
ment le patronage de tutelle et aujourd'hui un grand nombre d'ouvriers dans notre pays ont à cet •■ l'instinct très délicat c'est la défi an ce qui s'en suit; ils profitent des avantages matériels que ce patrons tutelle bienfaisante leur offre, mais au fond de leur cœur ils gardent, selon le degré de leur esprit religieux des préférences ou de secrètes sympathies pour le parti socialiste, qui, avec une adresse infinie, fausse, e ■ et exploite au profit d'un abominable idéal, l'aspiration populaire à une légitime autonomie de classe. 1
2°. Les Démocrates Chrétiens pensent que de fait, aujourd'hui il y a dans la classe populaire assez de capacité pour exercer l'auto-gouvernement de ses propres intérêts dans une certaine mesure, celle qui est requise pour bien administrer les institutions ordinaires courantes. Mais aussi ils estiment nécessaire de placer à côté de cet auto-gouvernement des hommes de conseil pour l'éclairer et l'aider au besoin. Ils sont convaincus que ces hommes de conseil , surtout les prêtres
(1) M. Léon Harmel dans une lettre adressée à ses enfants et petits-enfants 17 Février 1898 leur écrivait : « Crevez que les petits sont facilement opprimes, et apportez une délicatesse particulière dans vos rapporis avec eux, afin de respecter leur lég fierté et leur liberté. Prenez garde de violer cette liberté en voulant augmenter leur liberté malgré eux ; ce serait le cas de dire que le mieux est l'ennemi du bien. Ce qui est important c'est de favoriser leur initiative personnelle, c'est de développer en eux le sentiment de la responsabilité au point de vue familial, professionnel et chrétien. Q ' rc aide ils
soient eux-mêmes les artisans de. leur émancipation et de leur relèvement social. Ne craignez pas de compromettre votre autorite patronale dans cette action faite de respect et d'amour. Le libre consentement des volontés el des cœurs obtient des résultats (pie la contrainte <-t la force n'ont jamais procures. •• Dans la brochure - Félix Harmel -, Blois l'.KDO.Ï
Voilà la conviction produite en M. Léon Harmel par l'expérience plus que cinquantenaire d'un apostolat qui à l'origine s'inspirait surtout des idées de tutelle et de patronage bienveillant.
s'inspirant des pensées et du dévouement respectueux dont nous avons parlé, seront toujours reçus avec empressement et écoutés avec reconnaissance. Ici il s'agit d'apprécier des faits et ce sonl les faits qui doivent parler.
Les œuvres syndic;! les des Démocrates Chrétiens de Gand, surtout leur grande union de cotonniers, les Francs Mineurs de Léon Mabille ; les < ouvriers Réunis de Michel Levie ; les Tailleurs Réunis ; les Cordonniers Réunis ; les ouvriers du bois de la société de St-Alphonse à Liège ; les centaines de coopératives, de mutualités, d'unions agricoles de tout genre, constituent déjà aujourd'hui dans notre pays une énorme élite populaire, se gouvernant elle-même, aidée <\rs conseils do quelques chrétiens et surtout de quelques prêtres intelligents et dévoués et mettent en magnifique évidence l'excellence salutaire do la méthode des Démocrates Chrétiens,
Ici encore, si Ton veut bien entendre la formule .. tout par le peuple -, on peut l'admettre non seulement comme un programme qui fixe 1-' but et prépare l'avenir, mais comme une réalité qui s'épanouit dans une vie féconde et déjà largement répandue (I).
En pensant et en agissant de la sono, les Démocrates Chrétiens s'inspirent des avis que donnait Monseigneur Doutreloux Kvêquede Liège, dans sa lettre pastorale sur l'encyclique Rerum Novarum. Voici ses paroles. - Ce
1 Au cour] istique de Seraiug qui eul lieu le 18 septembre 1900, dons sou
rapport sur » L'esprit de In direction des cercles ouvriers», M . le chanoiue Dourterlungue déclarait qu'il est d'uue importance capitale ■> d'initier daus la plus large mesure possible les ouvriers à la gestion du cercle et d< itions, «-n uttribuont aux plus capables des
fonctions dans l'admiuistratiou eu donnaut à tous une participation ]><n- VélectU
Mers et l'approbation de la gestion du conseil ».
l'ius loin le même rapporteur revenant Bur la même idée ajoutait : •• I><s que l'on peut esp< rer qu'un ouvrier deviendra capable d'administrer une section «•! (!>■ prendre part ù lu direction du cercle : il faut lui confier cette fonction de préférence a un membre de condition supérieure. Et uotre devoir est de préparer peu à peu lesouvriei umer des fonctions de
plus en plus Importantes, car l'idéal serait que dans un a >■■ /, ,, j fonctions
fïlSSl I
si le même principe de self-gouveruemeul appliqué, non pas seulement aux d'intérêts professionnels, mais encore ù toutes les œu\ res aj aut pour i>ut le bien moral <>u matériel <!<• l'ouvrier.
— lo-
m serail encore une autre fausse pruden JJ<- des
prits inconsidérés el opl in que de -•• ! i
•• dans le choix des moyens d'actions, à tenir suffisam ment n compte des faits tr >s réels el très graves qui domii •• la situation. Les principaux de ces faits sonl : premiè-
- rement, la puissance d'organisation, l'activité habile •• e1 incessante, el les progrès envahissants du socialisme •• parmi nous comme dans tous les pays industriels «lu » monde ; deuxièmement, l'existence el le développe)
•• rapide el irrésistible d'un mouvement démocratique » universel, socialiste ou non socialiste ; troisièmement la » puissance légale concédée à ce mouvement par l'exten- » sion du droit de suffrage politique ; ce droit accordé
- aux masses populaires leur crée un'' influence consi- » dérable qui se tournera contre ceux qui >"• sauront jkis
- lui concéder, ce qui est juste et raisoi i .C'est en face
- de ces faits, de leur gravité, de leurs
r faut se placer pour organiser sagement et efficacen » la lutte qui doit empêcher le triomphe du désordn » du mal et assurer la victoire «•» l'ordre et au bien -. N'est-ce point la l'habileté des socialistes ? Il> on: s avec netteté l'aspiration populaire ;i une organisation de classe autonome, qui la mette à l'abri de l'injustice et lui permette de protéger efficacement tons ses droits. Gi aux abus résultant, au détriment di^ prolétaires, d'une organisation économique anti ^chrétienne, ils ont pu l'aire une critique passionnée, exagérée et faussée de la situation et ils ont attribue tous les maux du peuple aux classes supérieures, qu'ils ont représentées unies avec l'Eglise dans le dessein de maintenir a leur profit l'oppression des masses du travail.
Ils ont ainsi l'ait dévier l'idée juste d'intérêts de classe vers l'idée fausse et funeste de haine des classes, puis ils ont organisé le peuple en vue de la lutte des classes qu'ils présentent comme le moyen de réaliser une égalité chimérique, dans un idéal de jouissances matérielles d'une humanité sans Dieu.
Ces! pourquoi la tactique des Démocrates Chrétiens consiste à reprendre, à purifier, à légitimer, et à satis faire la juste aspiration à la constitution de la masse ouvrière en classe autonome. Convaincus que les classes sociales, nécessaires parce que naturelles, sonl destinées comme les membres d'un même corps à s'harmoniser par l'exercice de leur fonction propre el respective dans l'unité d'une fin commune qui esî le bien général, ils considèrent la constitution autonome de la classe ouvrière comme un des principaux moyens conduisant à la pacification des classes, ci même comme le mouvemenl qui amènera la reconstitution des autres classes dans l'organisme social. Catholiques avant tout et persuadés que les biens d'ici-bas soin, sous peine de tourner à mal, subordonnés au bien suprême de la possession de Dieu dans l'autre vie, ils pénètrent de cette persuasion ou plutôt de celle Toi, leurs institutions populaires.
Nulle neutralité à ce1 égard n'a jamais eu d'écho chez eux, el tout au moins en ce qui regarde le pays de Liège qui est sous nos yeux, toutes les oeuvres ouvrières des Démocrates Chrétiens font largement et fréquemment profession de toi et d'action religieuse.
Tels soin les mmis légitimes et multiples dans lesquels, ceux qui en ont usé, ont compris et employé la formule ou de\ ise Tout par le peuple.
Il en est aussi qui voient dans l'Encyclique Graves de Communi re un blâme a l'adresse des Démocrates Chrétiens parce que ceux-ci ne se préoccuperaient que des intérêts de la classe ouvrière, tandis que le Saint Père veut qu'on se préoccupe des intérêts de toutes les
(dasses de la société.
Ils veulent opposer les mois .. Tout par le peuple •• à cette phrase ,|«> PEncyclique : -Il tant écarter de la Démocratie Chrétienne un autre grief: a savoir qu'elle consacre ses soins de telle sorte aux intérêts <]<■> classes inférieures qu'elle paraisse laisser de côté les classes supérieures. ••
loi —
Mai* le Saint Père ne commande point de s'occuper directement des intérêts de toutes les cl • qu'il
recommand • c est qu'on ne se préoccupe point des il rets du peuple de façon h compromettre ou à parai négliger les intérêts des aul r<
Or, comme le dil le Sainl Père lui même, tou qu'on fait en faveur du peuple, dès que l'on suit les préceptes évangéjiques de la charité el de la justii tourne indirectement au profit de toutes le les
Démocrates Chrétiens en travaillant spécialement à la constitution autonome de la classe ouvrière, travaille indirectement mais très efficacement à toute la reconstitution sociale chrétienne. S'ils limitent leur action directe au bien de la classe ouvrière, ce n'est pas pour fai déchoir ceux qui sont bien assis, mais pour remettre sur
pieds ceux qui sont par terre. Au surplus Je- cla
supérieures, comme le rappelle Léon XIII dans l'I clique Rerum Novarum, trouvent déjà une abondante protection dans leurs riche i leur influence sociale.
Les Démocrates chrétiens en agissant de la -oro- se conforment a ce qu'enseignait le Pape il y ,-t dix ans : « clans la protection des droits prives, l'Etat doit se " préoccuper d'une manière spéciale des faibles et des » indigents. La classe riche se lait comme un rempart de » ses richesses et a moins besoin do lu tutelle publique. » La classe indigente au contraire, sans richesse pour lu » mettre à couvert des injustices, compte surtout sur la » protection de l'Etat. Que l'Etat se fasse donc à un titre » tout particulier, la Providence des travailleurs qui » appartiennent a la classe pauvre en général ». 1 .
Nous venons d'exposer la double conviction spéciale
des Démocrates Chrétiens. Rappelons-la en la résumant.
1° Parmi les agents de relèvement des intérêts
populaires, il n'est pas permis normalement d'exclure le
peuple lui-même ; il faut même compter sur lui en grande
(1) Ce que le Pape dit des devoirs de l'Etat n uidique-t-il pas surabondamment danquel seus et eu laveur de qui les particuliers doiveut diriger leurs efforts.
partie (magna ex parte nititur in populo salua civitatum : exceptionnellement, c'est-à-dire à défaut «lu concours des classes supérieures, il ne faudrait compter que sur lui.
2° Le patronage des classes supérieures à l'égard de ia classe populaire doil aujourd'hui consister principale ment à aider cette classe à se reconstituer de façon à pouvoir assurer par elle-même le gouvernement et la protection de ses propres intérêts professionnels.
("est de cette double conviction que s'inspirent l'action et les œuvres des Démocrates Chrétiens.
Est-ce que Tune ou l'autre de ces convictions est blâmée dans l'Encyclique Graves deCommuni re\ Il n'.\ u pas un mot du Saint Père qui permette de l'affirmer.
Non seulement aucune des deux n'est condamnée, mais au contraire toutes deux peuvent se recommander de paroles solennelles du Pape lui-même.
Pour la première, c'est le Saint Père, nous venons encore de le rappeler qui affirme (pie : •• si l'ont veut ■• réfléchir aux hommes el aux choses du temps présent, *• il apparaîtra qu'aujourd'hui plus que jamais le salut » des nations repose en grande partie sur le peuple il) ». Pour la seconde de ces convictions celle qui regarde l'autonomie de la classe ouvrière, elle peut aussi s'appuyer sur un passage de la même lettre. Le voici : après avoir indiqué plusieurs de ses précédentes encycliques Léon XIII ajoute : » C'est surtout dans l'intérêt du peuple que nous les avons publiées, afin qu'elles lui apprissent à délimiter ses droits et ses devoirs à se diriger lui-même et à travailler comme il convient à son propre salut. - (2).
Parce qu'elles s'inspirent de ces deux convictions
1 Lettre de LAon Mil au miuistre gén< ruldes Frères mineurs le ."> Novembre I Circums|ice nunc auimo res et homiues: plane reperies tempua vobia esse idem illud repetere iustitutum, et exempta, morumque antiquorum animosemitari,Nam si alias unquam certe qu'idem hoc tempore mogua ex porte uititur in populo salua oivitatum.
-' Haa Litteros populi potissimum gratis dedimus ut scilicet ex eis bus metiri jura el officia, sibiqueca\ ère etaalutissui msultum velle discerel .
ce que Pacl ion et les oeui re de démocrates chrétie oni «••.'lues du mouvement social chrétien issu prin< paiement de l'Encyclique Rerum Vovarum^ et que \<- Sainl Père résume dans le mot acl Ion populaii
Il n'y .-i pas un mot dans l'Encyclique Graves de Communi re sur lequel pui appuyer cette exclusion.
Non seulement le Saint Père ne les exclut pas mais pour peu qu'on veuille \ réfléchir, il les comprend da l'expression précitée.
En effet : a Cette action et ces œm i .1 pré* i
ment celles qui ont été la cause des appréhensions d'un grand nombre de catholiques, l'objet et l'occasion de controverses entre eux. C'est «loue à cette réalité d'action et d'œuvres de la démocratie chrétienne aussi comme nous l'avons établi plus haut, que le Saint Père assigne un poste d'honneur dans l'armée catholique; qu'on veuille bien se rappeler ce que nous avons dit au début de ces pages sur la démocratie chrétienne que Léon XIII approuve.
b) Dans l'encyclique Graves de communi re le Saint Père distingue deux actions catholiques : l'une qu'il appelle « Actio christiano more socialis* action sociale chrétienne, l'autre qu'il qualifie ftancit n la coin]
rant à la première et qu'il décrit en ces termes : - caetera instituta, quae ex majorum pietate ac providentia jain quidem extant et florent ••. I >r dans cette première action catholique que le Saint Père appelle sociale et nouvelle, l'action de la démocratie chrétienne n'est-elle pas dans une large mesure la principale ?
Assurément il en est ainsi, car dans cette première action le Saint Père ne distingue pas l'action sockile des démocrates chrétiens de celle des anti-démocrates pour repousser celle-là et bénir celle-ci.
De toute cette action sociale le Saint Père assure que son épanouissement n'absorbera ni ne stérilisera l'ancienne. Car, dit-il, ces deux actions catholiques, l'ancienne, et la nouvelle procèdent également de la
religion et de la charité entendue au sens complet d'amour de Dieu et, du prochain ; loin de se combattre, ces deux actions peuvent s'accorder et s'unir si bien qu'elles parviennenl à soulager le peuple dans ses multiples besoins el à atténuer les dangers grandissants créés par le socialisme.
Mais par ce commentaire de la pensée Pontificale, ne solidarisons-nous pas à un parti, à une école, les exigences essentielles du christianisme ?
L'Eglise n'est-elle pas au-dessus de toute école, de toutes les contingences ? En effet, se plaçant au point de \ ue politique, le Saint Père déclare « que les préceptes de la nature et de l'Evangile sont par leur autorité propre au-dessus <l<is contingences humaines et ne dépendent d'aucune forme de gouvernement civil.» N'en est-il pas de même au poinl de vue social et économique ( Telle est l'objeci ion ; voici la réponse.
Si l'Eglise ne se solidarise avec aucune forme particulière de gouvernement civil, c'est parce qu'elle peut s'adapter à toutes les formes de gouvernement, des que celui-ci respecte l<is exigences supérieures de la religion.
("est dans ce sens qu'il faut entendre la pensée du Saint Père. Le texte lui-même en fait foi. Non seulement le Pape dit : ■• Naturae cl Evangelii praecepta //rrewe est ex )//'//<> regiminis modo pendere» mais il ajoute de suite : u sed necesse est) convenire cum quovis [regiminis modo) posse, modo ne honestati et justitiae repugnet. *• Aussi a-t-on vu Léon XIII rappeler avec une inlassable insistance aux catholiques français d'aujourd'hui ledevoir de se rallier à la forme spéciale d<i leur gouvernement civil qui est la République, et apparemment s'il avait a donner aux catholiques belges des instructions sur ce sujet, il ne manquerait peint de leur recommander d'être fidèles à la forme particulière de leur gouvernement civil qui est La monarchie constitutionnelle. Il faut donc
dire que l'Eglise ne se solidarise avec aucune forme de gouvernement civil, qui prétendrait à l'exclusion do toute
aut re, êl re la seule forme cat holique.
Au contraire l'Eglise, immuable au milieu des changements incessants de l'histoire une
telle souplesse d'adaptation que, quand la malignité humaine ne neutralise point sa divine influence, elle a la faculté de pénétrer tous les régimes politiques des principes de vérité, de justice, el de charité individuelle sociales dont elle est L'incoruptible gardienne, et l'intarissable source, et d'assurer ainsi à ces différents régimes la salutaire efficacité que comportent les circonstances historiques auxquelles ils s'appliquent. C'est pourquoi dans L'encyclique Tmmortale Dei Léon XIII a pu dire que l'Eglise, encore qu'elle ait été fondée en vue de la félicité éternelle, procure cependant la félicité temporelle, comme si Je bonheur de ce inonde était sa raison d'être. !l en va de ceci comme du droit civil positif, à l'égard du droit naturel. Comme le dit St-Tliomas (2:l ^q. 25 ad 2 , le droit civil positif dérive du droit de nature non pas en qu'aucun droit civil purement positif soit absolu et invariable comme le Droit de nature ; mais qu'il en constitue une application contingente et qu'il esl de nulle* valeur s'il est en opposition avec lui. C'est pourquoi dans l'Encyclique Rerum Novarum Léon XIII dit que le Droit civil tire sa force du Droit de la nature : •• Leges ciriles cum justae sunt virlutem suam ab ipsa naiurali lege dtteunt ; » c'est-à-dire que ces lois civiles étant une application contingente du Droit dénature qui est invariable tirent leur force de ce Droit dont elles ne sont qu'une application.
Il en va des régimes économiques comme des régimes politiques. Dès qu'ils sont conformes aux principes de justice et de charité dictés par la nature et l'Evangile, l'Eglise les accepte tous sans se solidarisa avec aucun. Ces régimes économiques seront d'autant plus parfaits qu'ils appliqueront mieux a la réalite
historique contingente, ces principes dont L'Eglise est à la fois la gardienne et la féconde propagandiste.
Vouloir par conséquent tenir l'Eglise à l'écart de ces régimes dans le sens de l'objection proposée, serait soustraire à son action bienfaisante la plus large portion du domaine où s'agitenl les réalités humaines, et l'empêcher d'y apporter, d'y conserver h d'y Taire appliquer les principes supérieurs qu'elle a le devoir de traduire en fait dans ces réalités humaines. L'objection, sous prétexte de ne point compromettre l'Eglise dans les choses qui passent, la rejetterait hors de tunes 1rs choses qui passent, et opérerait la laïcisation de toute l'activité humaine à la seule exception du culte religieux.
\n fond, cette objection contient le principe dissolvant du libéralisme sécularisateur.
Appliquons maintenant ces considérai ions à la Démocratie Chrétienne.
i" La Démocratie Chrétienne voit et condamne nettement dans le régime économique moderne, une opposition flagrante, sur divers points, aux principes essentiels du Christianisme, au décalogue lui-même.
L'insuffisance des salaires, les excès de travail imposés aux hommes, aux femmes, aux enfants, les
conditions anti-morales et anti -hygiéniques dans lesquelles le régime ad uel permet parfois de l'exercer, sont en opposition avec les préceptes. ■• Tu ne tueras point. » « Tu ne déroberas point. «
La démocratie Chrétienne en conséquence, proclame que ce régime anti-chrétien et anti-natureJ doit être réformé, conformément aux exigences absolues du Christian isme : son action et les moyens qu'elle met en œuvre tendent à cela et ne tendent qu'à cela.
2° De plus la Démocratie Chrétienne condamne le régime économique actuel à cause de l'atomisme par lequel il a pulvérisé toutes les forces populaires même légitimes. Ce régime a eu pour résultat dit l'encyclique Revum Novarum -de livrer peu à peu les travailleurs
isolés el sans défense à la merci de maîtres inhumai «'i h la cupidité d'une concurrence effrénée. ■• La Démo cratie Chrétienne considère cet isolement de la cla ouvrière comme étanl en opposition avec les donn< absolues de la Doctrine Catholique sur la constitution sociale. C'esl pourquoi cette école dirige non \.
la reconstitution des classes en commençant parla cla* ouvrière.
3° Enfin étudiant La psychologie de nos con terni rains, les faits historiques qui constituent I" mouvement démocratique aujourd'hui universel et irrésistible, la
Démocratie Chrétienne eroit indispensable de nos jou la constitution de la classe ouvrière enrôlasse autonon comme nous l'avons expliqué en développant la formule - Tout par le Peuple » au second sens qu'elle comport
Serait-il possible, que la Démocratie Chrétien r que nous venonsjJe la caractériser, soit condamnée | l'Encyclique « Graves de Communx re • /. Nous ne le pensons pas. Car les deux premiers postulata précil sont des [exigences ^absolues de la doctrine sociale chrétienne pour tous les temps et pour tous les lieux. L-troisième posulatum répond du consentement des hommes les plus avisés, à une aspiration si intense de tous les prolétaires, qu'elle est aujourd'hui incompressible.
Cette autonomie du quatrième Etat, ici d'une façon consciente etjsçientifique (c'est le cas chez nous ailleurs d'une façon instinctive, inspire chaque jour davantage l'action sociale Chrétienne. Ceux qui luttant contre : et marées veulent quand même maintenir, le patron ao de .tutelle, sont obligés de colorer leur action sous les apparences de l'autonomie populaire.
C'est donc à la Démocratie Chrétienne issue de l'Encyclique Rerum Novarum que le Saint Père reconnaît le droit à la vie, le droit a l'action Catholique, le droit à la réalisation de cette belle devise des Démocrates Chrétiens Liégeois « pour le Christ et pour le Peuple ».
Catholiques adonnés au développemenl des anciennes œuvres, qui s'inspiraient avant tout des idées <l<i patro nage et de tutelle, Catholiques partisans des œuvres qui oui pour bul le relèvement d<* l'ouvrier par l'ouï rier tous unis par une même pensée de foi ci animés d'un même sentiment de charité, nous devons grouper <in un faisceau compact toutes los forces catholiques pour conjurer les dangers de l'heure présente.