‹ L'église et la question socialeChapitre 12 sur 42 · DL · texte numérisé non relu

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le fond, une question morale : les problèmes qu’elle soulève tiennent aux problèmes les plus complexes et les plus troublants de la condition et de la destinée humaines, et l’ Église seule a grâce d’état pour donner à la question morale sa véritable solution, et pour parler avec autorité à l'âme de sa fin, de ses devoirs et de ses droits.

“Toùt d'abord l'Église aprend 41e hommes à accepter les inégalités inévitables, inégalités qui répondent aux fonctions multiples et variées du corps social qui sont fondées sur la nature même des choses, et qui, en définitive, doivent tourner au profit de tous. D’après la doctrine catholique, le travail qui, dans l’état d’innoonce, n'étaitique l’exerciée libréiét joyeux de l’activité humaine, a revêtu après le péché un caractère pénal et expiatoire.

« Il en est de même de toutes les autres calamités qui ont fondu sur l’homme ». « La douleur et la souffrance sont l’apanage de l’humanité, et les hommes auront beau tout essayer,

tout tenter pour les bannir, ils n’y réussiront jamais, quelques ressources qu'ils déploient et quelques forces qu'ils mettent en jeu ». Ce n’est pas ici le lieu de montrer le rôle providentiel et profondément civilisateur, dans le grand sens du mot, de la souffrance. Ceux qui prétendent qu’elle disparaîtra complètement devant

le progrès, et que l'humanité est en marche vers je ne sais quel paradis terrestre, sont des utopistes ou des trompeurs ». Le meilleur parti, dit sagement le pape, consiste à voir les choses telles qu’elles Sont, et, comme nous l’avons dit, atémercheraleurs un remède Lpioe de nos maux ».

À l’antagonisme entre les divers facteurs de la richesse, antagonisme d’où « il ne peut résulter que la confusion de luttes sauvages », l’Église oppose un ensemble de vérités religieuses, « de nature à rapprocher et à réconciher les riches @bles patyres, en rappelant ae deux classes leurs devoirs mutuels, et avant tous les autres, ceux qui dérivent de la justice ». Fidélité dans le travail, respect du patron dans ses biens et dans sa personne, modération dans lés revendications, même les plus légitimes ; éloignement « des hommes pervers qui, dans des discours artificieux, lui suggèrent des espérances exagérées et lui font de grandes promesses, qui n'aboutissent qu'a de stériles regrets et à la ruine des fortunes », tels sont les devoirs élémentaires de louvrier.

Quant aux riches et aux patrons, qu'ils n’oublient jamais dans l'ouvrier la dignité de l’homme relevée par celle du chrétien ; qu'ils estiment la noblesse du travail, et qu’ils ne regardent point l'homme « comme un vil ins-

trument de lucre du’ on apprécie en propottion de la vigueur de ses bras ». Qu'on tienne compte aussi des instincts spirituels de l’ouviier ; qu'on le respecte dans sa vie de famille, et que les maîtres se gardent bien « 0 à leurs subordonnés un travail au-dessus de léursiforces, où en Jésac avec leur âge et Mur sexe >.

Le pape signale ici comme un des der principaux du patron, — il y reviendra encore

plus loin, — « celui de donner à chacun le sa-

laire qui convient ». Exploiter la pauvreté et la ‘misère; spéculeér. sur \AMndigenceest un crime qui crie vengeance au ciel. Le Souverain Pontife condamne aussi avec force « tout acte violent, toute fraude, toute manœuvre Hrranne qui serait de nature à porter atteinte

à l'épargne du pauvre ». Qu'on ne l’oublie pas, tout cela est du ressort de la justice et Fe du contrat même du travail.

Certes, si ces lois étaient obéies, c’en serait assez pour mettre fin au conflit qui s'élève à chaque instant entre les diverses classes de la société. Mais l’Église porte ses vues encore plus haut, et elle a l’ambition de fondre tous

les hommes dans un commun amour. Il est

absolument impossible d’atteindre ce but, si l’on ne commence pas par avoir une juste conception de la vie et de la destinée humaines.

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L'ordre social sera entièrement différent, suivant qu’on enfermera l'existence humaine dans les horizons étroits de cette terre, ou qu’on la prolongera par de là la tombe. Le point de vue change complètement selon qu’on regarde les chosés à la lumrére qui tombe/du ciel, ous qu’on l’envisage sous le jour pâle et mourant qui éclaire le pauvre monde. Jésus-Christ, et Jésus-Christ tout entier dans la pleine vérité de sa vie, fait aux riches ét aux pauvres une grande et pratique leçon qu'aucune autre ne peut remplacer. Il nous apprend la vertu divine de la douleur, il avertit sévèrement les fortunés d’ici-bas des redoutables responsabilités et des graves difficultés de leur condition,

et il leur montre dans le lointain, un lointain peut-être bien proche, le jour « où ils devront rendre à Dieu, leur juge, un compte très rigoureux de l'usage qu'ils auront fait de leur fortune >. Il y a lune page d’un accent tout apostolique, et dans lequel on sent passer le souffle de l'Évangile du Maître et des austères prédications des Pères de l’Église.

Sur l'usage dés richesses, Léon ITlirapS pelle un enseignement on ne peut plus opportun en ce temps de jouissance égoïste. Le pape, ici, comme en une foule d’autres endroits, ne ‘fait quémtraduitela doctrine dé saint AMomas Quel homme en vérité que celui dont la parole,

depuis six cents ans, et dans les circonstances les plus diverses, devient la parole même de l’Église ! Il faut distinguer entre la juste possession des richesses et leur usage légitime. Sans doute la propriété privée a son fondement dans le droit naturel, mais si l’on demande en quoi il faut faire consister l’usage des biens, l'Église répond sans hésitation avec l’Ange de l'École : « Sous ce rapport, l’homme ne doit pas tenir les choses extérieures pour privées, mais bien pour communes, de telle sorte qu’il en fasse part facilement aux autres dans leurs nécessités ». Ici, le pape donne quelques règles pratiques très importantes. « Dès qu’on a suffisamment donné à la nécessité et au decorum, c'est un devoir de verser le superflu dans le sein du pauvre ». On comprend que le décorum est propottionné aux temps, aux lieux, à la condition. Dans le cas d'extrême nécessité il y a là un devoir de stricte justice. Les théologiens étendent à la quasi extrême nécessité, qui réduit un homme à un état tel qu'il coutt risque, lui ou sa famille, de périr ou rapidement ou de misère lente, ce qui est dit de l’extrème nécessité (1).

1. On fera bien de consulter sur cette question si délicate la Théologie morale du R. P. Lehmkuhl, S. JT. — Theolog. mor. Tomel, TraetoiV, CRIS LE. |

Pascaz. — Sur l'Encyclique. — 3.

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