‹ L'église et la question socialeChapitre 40 sur 42 · IT · texte numérisé non relu

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l'exemple par ce mystérieux repos ut créé l’homme: 1] se reposa, le sepil me ris

dr ivriers aux mains de ces nn point de différence entre un homme et une na mesure” de leurs personnes pour ji d’insa

1rs qui, ne faisant ne, abusent sans #6 cupidités.

sement, c’est une conduite que ne peuvent tolérer ni la justice n ni l'humanité. L'activité de l’homme, bornée comme 6: : à des limites qu’elle ne peut franchir. Elle s’accroiît san e par l’exercice et l’habitude, mais à la condition qu’on lui do des relà-

ches et des intervalles de repos. Aïnsi le nombre < *. Fi d une SU

journée de travail ne doit-il pas excéder la mesure de: travailleurs, et les intervalles de repos devront-ilsé étre : portionnés à la nature du travail et à la santé de l’ouvrier, et rég > s d'après les circonstances des temps et des lieux. L’ouvrier qui arrache : à la terre ce qu’elle a de plus caché, la pierre, le fer et l’airain, a un Là labeur dont la brièveté devra compenser la peine et Ja gravité, ainsi que le dommage physique qui peut en être la conséquence. Il est juste en outre que la part soit faite des époques de l’année : tel » même travail sera souvent aisé dans une saison qui deviendra into- __ Iérable ou très pénible dans une autre.

Enfin, ce que peut réaliser un homme valide et dans la force de l’âge, il ne serait pas équitable de le demander à une femme ou à un enfant. L'enfance en particulier — et ceci demande à être observé strictement — ne doit entrer à l’usine qu'après que l’âge aura suffisamment développé en elle les forces physiques, intellectuelles et morales: sinon, comme une herbe encore tendre, elle se verra flétrie par un travail trop précoce et il en sera fait de son éducation. De même, il est des travaux moins adaptés à la femme

3, Requievit die sejtimo ab uwuiverso opere quod patrarat, Gen, un, 2.

Pascal. — Sur l’Encyclique. — &. :

114 ENCYCLIQUE é

que la nature destine plutôt aux ouvrages domestiques ; ouvrages

d’ailleurs qui sauvegardent admirablement l’honneur de son sexe

et répondent mieux, de leur nature, à ce que demandent la bonne éducation des enfants et la prospérité de la famille. En général, la durée du repos doit se mesurer d’après la dépense des forces qu’il doit restituer. Le droit au repos de chaque jour ainsi que la cessation du travail le jour du Seigneur doivent être la condition extrême ou tacite de tout contrat passé entre patrons et ouvriers. Là où cette condition n’entrerait pas, le contrat ne serait pas honnête, car nul ne peut exiger ou promettre la violation des devoirs de l’homme envers Dieu et envers lui-mêrre.

7.— Nous passons à présent à un autre point de la question, d’une importance grande, qui, pour éviter tout extrême, demande à être défini avec justesse; Nous voulons parler de la fixation du salaire. Le salaire, ainsi raisonne-t-on, une fois librement consenti de part et d’autre, le patron en le payant remplit tous ses engagements et n’est plus tenu à rien. Alors seulement la justice se trouverait lésée, si lui refusait de tout solder, ou l’ouvrier d’achever tout son travail et de satisfaire à ses engagements; auxquels cas, à l'exclusion de tout autre, le pouvoir public aurait à intervenir pour protéger le droit de chacun. -- Pareil raisonnement ne trouvera pas de juge équitable qui consente à y adhérer sans réserve, car il n’embrasse pas tous les côtés de la question et il en omet un fort sérieux. Travailler, c’est exercer son activité dans le but de se procurer ce qui est requis pour les divers besoins de la vie, mais surtout pour l'entretien de la vie elle-même. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front (1). C’est pourquoi le travail a reçu de la nature comme une double empreinte : il est personnel, parce que la force active est inhérente à la personne et qu’elle est la propriété de celui qui l’exerce et qui l’a reçue pour son utilité; il est nécessaire, parce que l’homme a besoin du fruit de son travail pour se conserver son existence, et qu’il doit la conserver pour obéir aux ordres irréfragables de la nature. Or, si l’on ne regarde le

1, In sudore vultus fui vesceris pane.

LT à

Le , £ A , x , L 19e e travail que par le côté où il est personnel, nul doute qu’il ne soit au pouvoir de louvrier de restreindre à son gré.le taux du salaire ;

Ja même volonté qui donne le travail peut se contenter d’une

faible rémunération ou même n’en exiger aucune.

. Mais il en va tout autrement si au caractère de personnalité on joint celui de nécessité dont la pensée peut bien faire abstraction, mais qui n'en est pas séparable en réalité. Et, en effet, conserver l'existence est un devoir imposé à tous les hons et auquel ilsne

peuvent se soustraire sans crime. De ce devoir ul nécessaire-

.ment le droit de se procurer les choses nécessaires à la subsistance

et que le pauvre ne se procure que moyennant lesalaire de sontravail. Que le patron et l’ouvrier fassent donc tant et de telles conventions qu’il leur plaira, qu'ils tombent d’accord notamment sur le chiffre du salaire, au-dessus de leur libre volonté, il est une loi de justice naturelle plus élevée et plus ancienne, à savoir, que le salaire ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier sobre et honnête. Que si, contraint par la nécessité, ou poussé par la crainte d’un mal plus Aa il accepte des conditions dures que d’ailleurs il pe lui était pas loisible de refuser, parce qu’elles lui sont imposées par le patron ou par celui qui fait l’offre dutravail, c’est là subir une violence contre laquelle la justice proteste. — Mais, de peur que dans ces cas et d’autres analogues, comme en ce qui concerne la journée du travail et les soins de la santé des ouvriers dans les: mines, les pouvoirs publics n’interviennent pas inopportunément, vu Surtout la variété des circonstances des temps et des lieux, il sera préférable qu’en principe la solution soit réservée aux corporations ou syndicats dont Nous parlerons plus loin, ou que l’on recoure à quelqu’autre moyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers, même, si la cause le réclamait, avec le secours et l’appui de l'Etat.

8. — L'’ouvrier qui percevra un salaire assez fort pour parer aisément à ses besoins et à ceux de sa famille, suivra, s’il est sage, le conseil que semble lui donner la nature elle-même : il s’appliquera à être parcimonieux, et fera en sorte, par de prudentes.épar gnes, de se ménager un petit superflu, qui lui permette de parvenir, un jour, à l’acquisition d’un modeste patrimoine. Nous avons vu,

en effet, que la question présente ne pouvait recevoir de solution: vraiment efficace si l’on ne commençait par poser comme principe fondamental l’inviolabilité de la propriété privée, Il importe donc

que les lo:s favorisent l'esprit de propriété, le réveillent et le déve-

oppent autant qu'il est possible dans les masses populaires. Ce résultat, une fois obtenu, serait la source des plus précieux avantages, et d’abord, d’une répartition des biens certainement plus

équitable. La violence des révolutions politiques a divisé le corps

social en deux classes et a creusé entre elles un immense abîme.

D'une part, la toute-puissance dans l’opulence : une faction qui,

maîtresse absolue de l’industrie et du commerce, détourne le cours

des richesses et en fait affluer vers elle toutes les sources ; faction

d’ailleurs qui tient en sa main plus d’un ressort de l’administra-

ion publique. De Pautre, la faiblesse dans l’indigence : une mul-

titude, l’âme ulcérée, toujours prête au désordre. Eh bien! que. Jon stimule l’industrieuse activité du peuple par la perspective d’une participation à la propriété du sol, et l’on verra se combler

peu à peu l’abîime qui sépare l’opulence de Ia misère, et s’opérer le rapprochement des deux classes.

En outre, la terre produira toute chose en plus grande abondance. Car l’homme est ainsi fait, que la pensée de travailler sur un fonds qui est à lui redouble son ardeur et son application. 11 en vient même jusqu’à mettre tout son cœur dans une terre qu’il à cultivée lui-même, qui lui promet, à lui et aux siens, non seulement le strict nécessaire, mais encore une certaine aisance. Et nul. qui ne voie sans peine les heureux'effets de ce redoublement d’activité sur la fécondité de la terre et sur la richesse des nations. — Un troisième avantage sera l’arrêt dans le mouvement d’émigration : nul, en effet, ne consentirait à échanger contre une région étrangère sa patrie et sa terre natale, s’il y trouvait les moyens de mener une vie plus tolérable. — Mais, une condition indispensable pour que tous ces avantages deviennent des réalités, c’est que la propriété privée ne soit pas épuisée par un excès de charges et d'impôts. Ce n’est pas des lois humaines, mais de la nature qu’émane le droit de propriété individuelle ; l'autorité publique ne peut

Be SUR LA CONDITION DES OUVRIERS 114

“donc l’abolir; tout ce qu’elle peut, c’est en tempérer l'usage et Le concilier avec le bien commun. C’est pourquoi elle agit contre la justice et l'humanité quand, sous le rom d'impôts, elle grève oùtre mesure les biens des particuliers.

V.— En dernier lieu, les maîtres et les ouvriers eux-mêmes pet:vent singulièrement aider à la solution, par toutes les œuvres propres à soulager efficacement l’indigence et à opérer un rapprochement entre les deux classes. De ce nombre sont les sociétés de secours mutuels ; les institutions diverses, dues à l'initiative privée, qui ont pour but de secourir les ouvriers, ainsi que leurs veuves et leurs orphelins, en cas de mort, d'accidents ou d’infirmités; les patronages qui exercent une protection bienfaisante sur les enfants des deux sexes, sur les adolescents et sur les hommes faits. Mais la première place appartient aux corporations ouvrières, qui en soi embrassent à peu près toutes les œuvres.

Nos ancêtres éprouvèrent longtemps la bienfaisante influence de ces corporations ; car, tandis que les artisans y trouvaient d’inappréciables avantages, les arts, ainsi qu’une foule de monuments le proclament, y puisaient un nouveau lustre et une nouvelle vie. Aujourd’hui les générations étant plus culuivées, les mœurs plus policées, les exigences de la vie quotidienne plus nombreuses, il n’est point douteux qu’il ne faille adapter les corporations à ces conditions nouvelles. Aussi est-ce avec plaisir que Nous voyons se former partout des sociétés de ce genre, soit composées des seuls ouvriers, soit mixtes, réunissant à la fois des ouvriers et des patrons ; il est à désirer qu’elles accroissent leur nombre de l’efficacité de leur action. Bien que Nous Nous en soyions occuré plus d’une fois, Nous voulons exposer ici leur opportunité etleur droit à l'existence, et indiquer comment elles doivent s’organiser et quel doit être leur programme d’action.

1. — L'expérience quotidienne que fait l’homme de l’exiguité de ses forces l’engage et le pousse à s’adjoindre une coopération étran gère. C’est dans les Saintes Lettres qu’on lit cette maxime : 1} vaut mieux que deux soient ensemble que d’être seul, car alors ils lirent de l'avantage de leur société. Si lun tombe, l'autre le soutient. Malheur à

l'homme seul! car lorsqu'il sera 1ombé il n'aura personne pour le relever (1). Et cetteautre: Le frère qui est aidé bar son frère est comme une ville forte (2). De cette propension naturelle, comme d’un même germe, naissent la société civile d’abord, puis au sein même de celle-ci, d’autres sociétés qui, pour être restreintes et imparfaites, n’en sont pas moins des sociétés véritables. Entre ces petites socié= tés et la grande, il y a de vrofondes différences, qui résultent de leur fin prochaine. La fin de la société civile embrasse universellement tous les citoyens, car elle réside dans le bien commun, c’est-à-dire dans un bien auquel tous et chacun ont le droit de participer dans une mesure proportionnelle. C’est pourquoi ou l’appelle publique parce qu’elle réunit les hommes pour en former une narion. Au contraire, les sociétés qui se constituent dans son sein sont tenues pour privées et le sont en effet, car leur raison d’être immédiate est l’utilité particulière et exclusive de leurs membres.

La société privée est celle qui se forme dans un but privé, comme lorsque deux ou trois s’associent pour exercer ensemble le négoce (3). Or, de ce que les sociétés privées n’ont d'existence qu’au sein de la société civile, dont elles sont comme autant de parties, il ne suit pas, à ne parler qu'en général et à ne considérer que leur nature, qu'il soit au pouvoir de l'État de leur dénier l’existence. Le droit à l’existence leur a été octroyé par la nature ellemême, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour l’anéantir. C’est pourquoi une société civile qui interdirait les sociétés privées s’attaquerait elle-même, puisque toutes les sociétés, publiques et privées, tirent leur origine d’un

même principe, la naturelle sociabilité de l’homme. 2. — Assurément, il y a des conjonctures qui autorisent les lois à

1, Melius est duos esse simul, quam unum; habent enim emolumentum socielatis suæ. Se unus ceciderit, ab altero fulcietur, Va soli, quia cum ceciderit, mo hibet sublevantem se

c'. IV, 9,10.

2, Frater qui adjuvatur a fratre, quasi civitas frma. Prov. XVIII, 19.

3. Privata autem societas est que ad aliquod negotium privatum exercendum conjungilur, ‘gicut quod duo vel tres societalem ineunt, ut simul megotientur. S, Thom. Contra impu nantes Dei cultum et religionem, cap. II.

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SUR LA CONDITION DES OUVRIERS 119 eo. à la formation de quelque société de ce genre. Si une société, en vertu même de ses statuts organiques, poursuivait une fin en opposition flagrante avec la probité, avec la justice, avec la sécurité de l’État, les pouvoirs publics auraient le droit d’en empécher la formationet, si elle était formée, de la dissoudre. Mais æncore faut-il qu’en tout cela ils n'agissent qu'avec une très grande circonspection, pour éviter d’empiéter sur les droits des citoyens et de statuer, sous couleur d’utilité publique, quelque chose qui serait désavoué par la raison. Car une loi ne mérite obéissance qu’autant qu’elle est conforme à la droite raison et à la loi éternelle de Dieu (1).

Ici, se présentent à Notre esprit les confréries, les congrégations et les ordres religieux de tout genre, auxquels l’autorité de l’Eglise et la piété des fidèles avaient donné naissance ; quels en furent les fruits de salut pour le genre humain jusqu’à nos jours, l’histoire le dit assez. Considérées simplement par la raison, ces sociétés : apparaissent comme fondées dans un but honnête, et conséquemment comme établies sur le droit naturel; du côté où elles touchent à la religion, elles ne relèvent que de l’Église. Les pouvoirs publics ne peuvent donc légitimement s’arroger sur elles aucun droit, ni s’en attribuer l’administration; leur office plutôt est de les respecter, de les protéger et, s’il en est besoin, de les défendre. Or, c’est justement tout l’opposé que Nous avons été condamné à voir, surtout en ces derniers temps. Dans beaucoup de pays, l’Etat a porté la main sur ces sociétés et a accumulé à leur égard injustice sur injustice : assujettissement aux lois civiles, privation du droit léoitime de personne morale, spoliation desbiens. Sur ces biens, l’Eglise avait pourtant ses droits; chacun des membres avaitles siens; les donateurs qui leur avaient fixé une destination, ceux enfin qui en retiraient des secours et du soulagement avaient lesleurs. Aussi ne pouvons-Nous Nous empêcher de déplorer amè-

tr. Lex humana in tantum habet rationem legis, in quantum est secundum rationem rec dam, et secundum hoc manifestum est quod a leve ælerna derivatur. In quantum vero à ratione recedit, sic dicitur lex iniqua, et sic non habet rationem legis, sed magis violentie cujusdam (S. Thom. Summ. Theol. [-11, quæst. XIII, a. 11),

se

120 ENCYCLIQUE dé F

rement des spoliations si iniques et si funestes ; d’autant plus qu’on frappe de proscription les sociétés catholiques dans le temps même où l’on affirme la légalité des sociétés privées, et que ce que l’on refuse à des hommes paisibles et qui n’ont en vue que l'utilité publique, on l’accorde, et certes très largement, à des hommes qui roulent dans leur esprit des desseinsfunestes à la religion tout à la fois et à l'Etat.

3.— Jamais assurément, à aucune autre époque, on ne vit une si grande multiplicité d'associations de tout genre, surtout d’associations ouvrières. D’où viennent beaucoup d’entre elles, où elles

tendent, par quelle voie, ce n’est pas ici le lieu de le rechercher. Mais c’est une opinion, confirmée par de nombreux indices, qu’elles sont ordinairement gouvernées par des chefs occultes, et qu’elles abéissent à un mot d’ordre également hostile au nom chrétien et à la sécurité des nations ; qu'après avoir accaparé toutes les entreprises, s’il se trouve des ouvriers qui se refusent à entrer dans leur sein, elles leur font expier ce refus par la misère. — Dans cet état de choses, les ouvriers chrétiens n’ont plus qu’à choisir entre ces deux partis : ou de donner leur nom à des sociétés dont la religion a tout à craindre, ou de s'organiser eux-mêmes et de joindre leurs forces pour pouvoir secouer hardiment un joug si injuste et si intolérable. Qu'il faille opter pour ce dernier parti, y a-t-il de hommes, ayant vraiment à cœur d’arracher le souverain bien de l'humanité à un péril imminent, qui puissent avoir là-dessus le moindre doute ? |

Certes, il faut louer hautement le zèle d’un grand nombre des. nôtrés, lesquels, se rendant parfaitement compte des besoins de l'heure présente, sondent soigneusement le terrain, pour y découvrir une voie honnête qui conduise au relèvement de la classe ouvrière. S’étant constitués les protecteurs des personnes vouées au travail, ils s’étudient à accroître leur prospérité tant domestique qu’individuelle, à régler avec équité les relations réciproques des patrons et des ouvriers, à entretenir et à affermir dans les uns et les autres le souvenir de leurs devoirs et l'observation des préceptes divins ; préceptes qui, en ramenant l’homme à la modération

Lu SUR LA CONDITION DES OUVRIERS I21

CAN à HÉSITER Din rne a Ra UC DUREE à | MANES ne EN) OUT

et condamnant tous les excès, maintiennent dans les nations, et - parmi les éléments si divers de personnes et de choses, la concorde et l'harmonie la plus parfaite, Sous l’inspiration des mêmes pensées, des hommes de grand mérite se réunissent fréquemment en congrès, pour se communiquer leurs vues, unir leurs forces, arrèter des programmes d’action. D’autres s'occupent de fonder des corporations assorties aux divers métiers, et d’y faire entrer les artisans ; ils aident ces derniers de leurs conseils et de leur, fortune, et pourvoient à ce qu'ils ne manquent jamais d’un travail honnête et fructueux. 4 Les évêques, de leur côté, encouragent ces efforts et les mettent sous leur haut patronace : par leur autorité et sous leurs auspices, des membres du clergé, tant séculier que régulier, se dévouent en grand nombre aux intérêts spirituels des corporations. Enfin, il ne manque pas de catholiques qui, pourvus d’abondantes richesses, mais devenus en quelque sorte compagnons volontaires des travailleurs, ne regardent à aucune dépense pour fonder et étendre au loin des sociétés, où ceux-ci puissent trouver, avec une certaine aisance pour le présent, le gage d’un repos honorable pour l'avenir, Tant de zèle, tant et de si industrieux efforts ont déjà réalisé parmi les peuples un bien très considérable et trop connu pour qu'il soit nécessaire d’en parler en détail. Il est à nos yeux d’un heureux augure pour l'avenir, et nous nous promettons de ces corporations les plus heureux fruits, pourvu qu’elles continuent à se développer, et que la prudence préside toujours à leur organisation. Que l'Etat protège ces sociétés fondées selon le droit ; que toutefois il ne s’immisce point dans leur gouvernement intérieur, et ne touche point aux ressorts intimes qui leur donnent la vie; car le mouvement vital procède essentiellement d'un principe intérieur, et s'éteint très facilement sous l’action d’une cause externe.

À ces corporations il faut évidemment, pour qu’il y ait unité d'action et accord des volontés, une organisation et une discipline sage et prudente. Si donc, comme il est certain, les citoyens sont libres de s'associer, ils doivent l'être également de se donner les

BP

128 ca ENCYCLIQUE | D

statuts et règlements qui leur paraissent les plus appropriés au but

qu’ils poursuivent. Quels doivent être ces statuts et règlements ?

4. — Nous ne croyons pas qu'on puisse donner de règles certaines et précises pour en déterminer le détail ; tout dépend du génie de chaque nation, des essais tentés et de l’expérience acquise, du genre de travail, de l'étendue du commerce, et d’autres circonstances de choses et de temps qu’il faut peser avec maturité. Tout ce qu’on peut dire en général, c’est qu’on doit prendre pour règle universelle et constante, d'organiser et gouverner les corporations de façon qu’elles fournissent àchacun de leurs membres les moyens propres à lui faireatteindre, par la voie la plus commode et la plus courte, le but qu’il se propose, et qui consiste dans l’accroissement le a grand possible des biens du corps, de l’esprit, L la fortune,

Mais il est évident qu’il faut viser avant tout à l’objet principal, qui est le perfectionnement moral et religieux ; c’est surtout cette fin qui doit régler toute l’économie de ces sociétés ; autrement, elles dégénèreraient bien vite et tomberaient, ou peu s’en faut, au rang des sociétés où la religion ne tient aucune place. Aussi bien, que servirait à l’artisan d’avoir trouvé au sein de la corporation

l'abondance matérielle, si la disette d’aliments spirituels mettait en

péril le salut de son âme? Que sert à l’homme de gagner l'univers entier, s'il vient à perdre son dme (1)? Voici le caractère auquel Notre Seigneur Jésus-Christ veut qu’on distingue le chrétien d’avec le gentil.

Les gentils recherchent toutes ces choses... cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront ajoutées par surcroît (2). Aïnsi donc, après avoir pris Dieu comme point de départ, qu’on donne une large place à l'instruction religieuse, afin que tous connaissent leurs devoirs envers lui : ce qu’il faut croire, ce qu’il faut espérer,

ce qu'il faut faire en vue du salut éternel, tout cela doit leur être

soigneusement inculqué ; qu’on les prémunisse avec une sollicitude

1. Quid prodest homini si mundum universum luretur anime vero suæ aëtrimentum atiatur Mat. xv1. 26.

2. Hac omnia gentes inquirunt. .. quærite primum reonum Dei, et justitiam ejus, et hœc ommnia adjicientur vobis, Ib. VI. 32, 33.

particulière contre les opinions erronées et toutes les variétés du vice, Qu'on porte l’ouvrier au culte de Dieu, qu’on excite en lui L'esprit de piété, qu’on le rende surtout fidèle à l'observation des dimanches et des jours de fête. Qu'il apprenne à respecter et à ai- jmer l’Eplise, la commune mère de tous les chrétiens; à obtempérer à ses préceptes, à fréquenter ses sacrements, qui sont des sour- ces divines où l’âme se purifie de ses taches et puise la sainteté. La religion ainsi constituée comme fondement de toutes les lois sociales, il n’est pas difficile de déterminer les relations mutuelles à établir entre les membres pour obtenir, la paix et la prospérité de ‘la société. Les diverses fonctions doivent être réparties de la manière la plus profitable aux intérêts communs, et de telle sorte que l'inégalité ne nuise point à la concorde.

Il importe grandement que les charges soient distribuées avec intelligence et clairement définies, afin que personne n'ait à souffrir d’injustice. Que la masse commune soit administrée avec intégrité et qu’on détermine d’avance, par lé degré d’indigence de chacun des membres, la mesure de secours à lui accorder ; que les droits

et les devoirs des patrons soient parfaitement conciliés avec les droits et les devoirs des ouvriers. Afin de parer aux réclamations éventuelles qui s’élèveraient dans l’une ou l’autre classe au sujet de droits lé és, il serait très désirable que les statuts mêmes chargeassent des hommes prudents et intègres, tirés de son sein, de régler le litige en qualité d’arbitres. Il faut encore pourvoir d’une manière toute spéciale à ce qu’en aucun temps l’ouvrier ne manque de tra- | vail, et qu’il y ait un fonds de réserve destiné à faire face non seulement aux accidents soudains et fortuits inséparables du travail industriel, mais encore à la maladie, à la vieillesse et aux coups de la mauvaise fortune. — Ces lois, pourvu qu’elles soient acceptées de bon cœur, suffisent pour assurer aux faibles la subsistance et un certain bien-être; mais les corporations catholiques sont appelées encore à apporter leur bonne part à la prospérité générale. Par le passé, nous pouvons juger sans témérité de lavenir. Un âge fait place à un autre, mais le cours des choses présente de merveilleuses similitudes, ménagées par cette Providence qui

124 Et ENPARLIQUE 0 0 k

dirige tout et fait tout converger vers la fin que Dieu s’est proposée en créant l'humanité. é

Nous savons que, dans les premiers âges dé l’Église, on jé faisait un crime de l’indigence de ses membres, condamnés à vivre d’aumônes ou de travail. Maïs, dénués comme ils étaient de richesses et de puissance, ils surent se concilier la faveur des riches et la protection des puissants. On pouvait les voir diligents, laborieux, pacifiques, modèles de justice et surtout de charité. Au spectacle d’une vie si parfaite et de mœurs si pures, tous les préjugés se dissipèrent, le sarcasme se tut, et les fictions d’une supets= tition invétérée s’évanouirent peu à peu devant la vérité chrétienne, — Le sort de la classe ouvrière, telle est la question qui s’agite aujourd’hui ; elle sera résolue par la raïson ou sans elle, et il ne peut être indifférent aux nations qu’elle soit résolue par l’une ou l’autre voie. Or, les ouvriers chrétiens la résoudront facilement par la raïson si, unis en sociétés et conduits par une direction prudente, ils entrent dans la voie où leurs pères et leurs ancètres trouvèrent leur salut et celui des peuples. Quelle que soit dans les hommes la force des préjugés et des passions, si une volonté perverse n’a pas entièrement étouffé le sentiment du juste et de l’honnète, il faudra que tôt ou tard la bienveillance publique se tourne vers ces ouvriers, qu’on aura vus actifs et modestes, mettant l'équité avant le gain, et préférant à toute la religion du devoir.

Il résultera de là cet autre avantage, que l'espoir du salut et de grandes facilités pour l’atteindre seront offerts à ces ouvriers qui vivent dans le mépris de la foi chrét'enne ou dans les habitudes qu’elle réprouve. Ils comprennent d’ordinaire, ces ouvriers, qu'ils ont été le jouet d’espérances trompeuses et d’apparences menson- ‘gères. Car ils sentent, par les traitements inhumains qu'ils reçoivent de leurs maîtres, qu’ils n’en sont guère estimés qu’au poids de l’or produit par leur travail; quant aux sociétés qui les ont circonvenus, ils voient bien qu’à la place de la charité et de l’amour, ils n’y trouvent que les discordes intestines, ces compagnes insé— parables de la pauvreté insolente et incrédule. L’âme brisée, le

ps exténué, combien qui voudraient secouer un joug si humiliant ? mais, soit respect humain, soit crainte de l’indigence, ils ne l’osent pas. Eh bien! à tous ces ouvriers, les sociétés catholiques peuvent être d’une merveilleuse utilité, si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans leur sein un remède à tous leurs maux, si, repentants, elles les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection. |

. VI, — Vous voyez, Vénérables Frères, par qui et par quels moyens cette cause si difficile demande à être traitée et résolue. Que chacun se mette à la part qui lui incombe, et cela sans délai, de peur qu’en différant le remède, on ne rende incurable un mal déjà si grave. Que les gouvernants fassent usage de l'autorité protectrice des lois et des institutions; que les riches et les maîtres se rappellent leurs devoirs; que les ouvriers dont le sort est en jeu poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et puisque la religion seule, comme Nous l'avons dit dès le début, est capable de détruire le mal dans sa racine, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c’est la restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles même les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire de salutaires résultats. — Quant à l’Église, son action ne fera jamais défaut en aucune manière et sera d'autant plus féconde qu’elle aura pu se développer avec plus de liberté, et ceci, Nous désirons que ceux-là surtout le comprennent dont Ja mission est de veiller au bien public. Que Î2s ministres sacrés déploient toutes les forces de leur âme et toutes les industries de leur zèle,et que, sous l’autorité de vos paroles et de vos exemples, Vénérables Frères, ils ne cessent d’inculquer aux hommes de toutes les classes les règles évangéliques de la vie chrétienne ; qu’ils travaillent de tout leur pouvoir au salut des peuples, et par dessus tout qu'ils s'appliquent à nourrir en eux-mêmes et à faire naître dans les autres, depuis les plus élevés jusqu’aux plus humbles, la charité, reine et maîtresse de toutes les vertus.

C'est, en effet, d’une abondante effusion de charité qu'il faut principalement attendre le salut; Nous parlons de la charité chré-

ane, qui 4 au soule emet du roc.

liente : “elle est nn à elle ne a soufre 1 tout ; elle co tout et }e

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veillance, Ne vous dons de tout cœur) à chacun de | Vénérables Frères, à votre clergé et à vos fidèles, la bénédiction ;

apostolique dans le Seieneur. 0 Ve PRE Donné à Rome, près Saint- - Pierre, 1 le 15 mai de l’année 189r, der Notre Pontificat là quatorzième. + CPR

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