‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 166 sur 373 · LE ROI LEUR OPPOSE SON VETO · texte numérisé non relu

LE ROI LEUR OPPOSE SON VETO

des partis et non à celui de la justice qui était aussi celui de la liberté. M. Louis Blanc atténue singulièrement la gravité du décret du 29 novembre, tandis que M. Michelet n'en blâme la rigueur qu'en tant qu'elle s'applique aux simples fidèles !. Pour les prêtres il admet une sévérité exceptionnelle en raison de leur influence extraordinaire. Il n'est pas d'excès révolutionnaires que de telles maximes ne justifient d'avance. Quand le décret du 29 novembre fut porté au conseil, les ministres qui jugeaient la mesure en hommes politiques furent unanimement d'avis qu'il fallait le sanctionner, mais ils rencontrèrent une résistance invincible chez le roi, parce que sa conscience était décidément atteinte. 11 ne sert de rien d'accuser ce malheureux prince de n'avoir eu de courage que pour défendre les prêtres "2. Il servait ici ses convictions les plus intimes, les plus sacrées, et si on l'eût écouté, il eût rendu le service le plus signalé à la Révolution. Mais celle-ci, rendue furieuse par les périls qui s'amassaient à la frontière, ne songeait qu'à écraser tout ce qui lui faisait obstacle et rencontrant le veto royal sur son chemin, elle ne se donna pas de relâche qu'elle ne l'eût emporté avec la royauté elle-même qui ne pouvait lui survivre.

Cette question du veto agita profondément le pays dans les mois qui suivirent; la résistance du roi arrêta partout la répression légale des troubles religieux , mais partout aussi exaspéra les fureurs populaires. En outre ce fut autour de cette question que fut livrée la grande bataille entre les hommes de 1789 fermement attachés à la Constitution et ceux de \ 79 1 qui obéissaient bien plus à des passions qu'à des principes, entre ceux qui voulaient avant tout la liberté et ceux qui lui préféraient la démocratie. La victoire devait rester aux seconds, car ils avaient pour eux la fièvre et le péril de la nation, et c'est dans leurs voiles que soufflait la tempête qui bouleversait le pays.

C'est à Paris qu'éclata tout d'abord cette lutte. Nous avons vu

1. Louis Hlanc, Histoire de la Révolution, VI, p. "213; Michelet, Histoire de la Révolution, III, p. 343.

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