‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 165 sur 373 · INIQUE DÉCRET DU 29 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

INIQUE DÉCRET DU 29 NOVEMBRE

hypocritement la liberté des cultes. Albite avait proposé de décréter qu'il serait permis à toute société particulière d'acheter des églises et des édifices particuliers pour les employer à l'exercice d'un culte religieux quelconque, sous la surveillance des autorités constituées. 11 ne faisait que reproduire la résolution mémorable prise au mois de mai par l'Assemblée nationale sur la proposition du directoire de Paris. C'était la consécration d'un des grands principes de 1789. Aussi la motion fut-elle appuyée par les hommes vraiment libéraux.

« Tâchez d'avoir mille cultes, s'écria une voix, ils se respecteront et se protégeront mutuellement. » «La loi, dit Guadet, bien inspiré cette fois, doit planer sur tous les cultes pour les protéger tous, et ne les frapper que quand ils troublent l'ordre public. » Mais les fanatiques de la constitution civile du clergé, comme Lamourette, ne voulaient pas de cette liberté religieuse qui eût opposé autel contre autel. L'évêque de Lyon demanda non sans perfidie, si l'on devait des églises aux ennemis de la constitution. Il fut appuyé par le parti violent de l'Assemblée et la motion d' Albite revint du comité de législation auquel elle avait été envoyée, avec cette addition que pour louer un édifice religieux et y célébrer son culte il fallait avoir prêté le serment civique : ce qui équivalait à supprimer la liberté religieuse dans le pays. En effet, dès qu'elle est refusée aux minorités qui déplaisent, elle n'est plus qu'une duperie. François de Neuchâteau motiva cette modification si grave sur ce qu'on ne devait pas la liberté à ceux qui l'avaient toujours maudite; il ne voyait pas qu'il leur donnait raison en marchant sur leurs traces. Le 29 novembre le décret passa dans son ensemble. C'était le plus grand démenti qu'une révolution fondée sur la liberté se fût encore donné, car ce décret était un véritable attentat contre la déclaration des droits ; et le roi, en y opposant son veto, était bien plus libéral que l'Assemblée démocratique, car il n'était pas une seule des mesures qu'elle lui présentait qui ne blessât gravement les principes élémentaires du droit et de la justice.

La plupart des historiens de la Révolution ont eu le tort, en appréciant ce décret, de se placer au point de vue de la guerre

Page 1