CONTRE-PÉTITION À ^ASSEMBLÉE
décret qui supprimait pour les réfractaires la liberté des cultes. « 11 ne faut pas , disait-il , que sur ce point comme sur tout autre la liberté puisse rétrograder. » Les pétitionnaires montraient avec autant d'éloquence que de raison que l'Assemblée nationale en frappant aussi sévèrement des opinions ne faisait qu'opposer fanatisme à fanatisme et restaurer les odieux principes au nom desquels les Césars avaient persécuté les premiers chrétiens et Louis XIV proscrit les protestants. « Un siècle entier de philosophie n'aurait-il donc servi qu'à nous ramener à l'intolérance du seizième siècle par les routes mêmes de la liberté ? Puisqu'aucune religion n'est une loi, qu'aucune religion ne soit un crime. » Le directoire admettait toutes les sévérités des autorités constituées contre les délits constatés, mais il demandait qu'aucune opinion ne fût tourmentée, affirmant que le plus sûr moyen de réprimer le fanatisme c'est de se montrer juste envers lui. « Pour tous ces motifs, portait la pétition, et au nom sacré de la liberté, de la Constitution et du bien public , nous vous prions, Sire, de refuser votre sanction au décret du 29 novembre. » Cette pétition que Louis Blanc taxe d'arrogante et Michelet de vaine abstraction , et qui était le plus noble et le plus courageux hommage aux principes au nom desquels la Révolution avait été inaugurée, provoqua la plus violente irritation dans Paris. On se déchaîna contre elle dans les clubs et dans la presse, et le peuple de la ligue se retrouva à la fin du dixhuitième siècle aussi intolérant en sens contraire qu'il l'avait été sous les Guises. Le parti démagogique voulait contre-balancer par une grande scène propre à frapper les yeux l'effet de la pétition. Une série de députations représentant diverses sections de Paris apportèrent à la barre de l'Assemblée des pétitions, ou plutôt des protestations, contre la démarche du directoire. La plupart de ces pièces sont empreintes d'une grossièreté rebutante. L'orateur du faubourg Saint-Antoine interpelle sur ce ton les prêtres réfractaires : « Monstres qui suez le crime, votre Dieu est le Dieu des passions, le nôtre est celui de la clémence. » Singulière introduction pour demander des proscriptions ! Les honneurs de la séance furent à l'incomparable
PÉTITION DE CAMILLE DESMOULINS. î 23
pamphlétaire de la démocratie, à ce Camille Desmoulins qui savait être spirituel jusque dans la plus extrême violence et qui traduisait en bons mots cruels les fureurs du peuple. Il fut impitoyable pour le directoire qui en publiant sa pétition avait, à l'entendre, ouvert un grand registre de contre-révolution et une souscription de guerre civile envoyée à la signature de tous les fanatiques, de tous les idiots, de tous les esclaves, de tous les ci-devant voleurs des quatre-vingt-trois départements en tête desquels sont les noms exemplaires des pétitionnaires. Camille Desmoulins demandait qu'on exécutât immédiatement le décret du 29 novembre, en se souvenant que la volonté du peuple est souveraine et qu'un veto royal n'aurait pas empêché la prise de la Bastille. Il voulait qu'on mît en accusation le directoire comme excitant à la désobéissance envers la loi, comme ayant signé une pétition collective, et comme tendant à annuler la représentation nationale par un appel factieux au pays. La pétition se terminait ainsi : « Dédaignez tous les sophismes, pères de la patrie. Ne doutez plus de la toute-puissance d'un peuple libre. Mais si la tête sommeille comment le bras agira- t-il ?... Ce sont les chefs qu'il faut poursuivre. Frappez à la tête ; servez- vous de la foudre contre les princes conspirateurs, de la verge contre un directoire insolent et exorcisez le démon du fanatisme par le jeûne. » C'est assez de commettre l'injustice ; il ne faut pas l'égayer. La proposition de priver tous les prêtres non jureurs des pensions garanties par un vote solennel n'était que plus odieuse avec ce tour plaisant. Pour que rien ne manquât au scandale, c'est l'évêque Fauchet qui prêta sa voix à Camille Desmoulins pour lire cette pièce polie avec un soin si perfide. L'Assemblée vota d'enthousiasme son impression et son envoi aux départements. De pareilles scènes dégoûtent profondément des partis démagogiques surtout quand elles trouvent des apologistes soixante ans après. Qu'elles nous apprennent au moins à ne jamais préférer la Révolution à la liberté !
Nous avons dit quelle fut l'inflexible décision du roi. Il donna raison au directoire , en mandant à l'Assemblée par son garde