EFFETS DU VETO DANS LES DÉPARTEMENTS
des sceaux, qu'il se réservait d'examiné^. Dès ce moment, il devint le point de mire de toutes les colères. On se demande quel outrage il avait encore à subir après les insultes dont l'abreuvait la presse démocratique. Prudhomme osait, dans son journal, comparer le veto royal à un boulet que traînait l'Assemblée. Use moquait du prince obsédé la nuit et le jour par une épouse vindicative et une sœur bigote , et Lui rappelait rudement que la maison de Bourbon devait tout à la nation. « Nous avons fait bien des ingrats, ajoutait-il, n'importe1. » Le bonnet rouge dont on coiffa le roi au mois de juin suivant était-il plus insultant que de pareilles apostrophes?
Les effets du veto furent différents selon les départements3. A Paris, malgré l'excitation du peuple, malgré la prépondérance croissante des jacobins, qui obtinrent la fermeture du club rival des feuillants, le directoire, appuyé sur le conseil des ministres, demeura quelque temps le plus fort. Plusieurs églises furent rouvertes au clergé insermenté, le culte n'y fut pas troublé. Un grand nombre des prêtres des provinces affluèrent dans la grande ville où ils se dérobaient plus facilement à la persécution. Cependant l'irréligion faisait tous les jours des progrès, et la tribune des Jacobins retentissait sans cesse de déclamations emportées contre la religion. Dans les départements, l'anarchie était au comble. Tandis que quelques directoires libéraux, comme celui de la Rochelle, suivaient l'exemple des vrais libéraux de Paris, d'autres, dans les Landes et le Finistère, passaient sur le veto royal et exécutaient le décret du 29 novembre, comme s'il avait force de loi. On avait incarcéré à Brest et à Dinan un nombre considérable de prêtres insermentés; ils subissaient sans jugement la captivité La plus dure, et ils fussent certainement morts de faim sans les aumônes abondantes des fidèles. Ces mesures
t. Bûchez et Roux, Histoire parlementaire, XII, p. 262.
2. Voir sur l'état de l'Eglise de France pendant l'année 1792 le troisième volume de V Histoire de V Eglise de France sous la Révolution, par l'abbé Ja> ger; Histoire anonyme du clergé de France sous la Révolution, Lyon, 1828, et l'ouvrage déjà cité de Barruel. Nous ne rappelons que pour mémoire le Moniteur et la collection de Bûchez et Roux.