MASSACRES DE SEPTEMBRE
contre cette effémination du sens historique et moral qui explique et atténue les faits, là où Ton doit condamner sans merci les coupables.
Nous laissons à d'autres le soin de peindre cette ville plongée dans la stupeur, close comme un vaste cachot, couverte par la loi des suspects d'un voile d'indicible terreur, parcourue sans cesse par ces patrouilles avinées qui fouillent les maisons à toute heure du jour et de la nuit et préparent ainsi le colossal assassinat que la commune a décidé. Tous les contrastes de la nature humaine apparurent alors comme cela se voit toujours dans ces événements tragiques qui la remuent jusqu'au fond: des femmes poussant l'héroïsme aux dernières limites; des bourreaux saisis d'une sensibilité soudaine aussi empressés à sauver qu'ils l'étaient à massacrer, pour retourner avec une ardeur égale à leur ouvrage; des actes sublimes, et des saturnales telles que le passé n'en avait pas connu; le dévouement lepluspur et cequ'il y a de plus vil et de plus atroce, le massacre pour le vol ; rien ne manque à ces journées dont aucun récit n'épuisera jamais l'horreur. Ce qu'il nous importe de relever, c'est que les massacres de septembre furent tout d'abord dirigés contre les réfractaires. L'une des sections de Paris, celle du faubourg Poissonnière vota ouvertemgnt le massacre des prêtres dans l'arrêté suivant : « Considérant les dangers imminents de la patrie et les manœuvres infernales des prêtres, arrête que tous les prêtres et personnes suspectes enfermés dansles prisons de Paris, d'Orléans et autres seront mis à mort l. »
On n'a qu'à lire la relation si sincère et si émouvante de l'abbé Sicard pour se convaincre que les insermentés étaient les premières victimes désignées. Ce mot naïf d'un ouvrier à un prisonnier: Si tu es un prêtre, tu es flambé % est la meilleure explication de ces journées abominables. A la mairie de Paris, à l'Abbaye, à la Force, à Saint-Firmin, aux Carmes ils furent immolés en masse et les provinces firent comme Paris. A Reims, parmi de nom-
1. Bûchez et Roux, Histoire parlementaire, XVII, p. 411 . — Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, \\\, p. 217.