LUTTE GIGANTESQUE DE LA RÉVOLUTION
devaient être si fatales à la Révolution il faut se rendre compte de la situation des partis. Une fois la Gironde terrassée au 2 juin à Paris, la Montagne demeurait victorieuse et souveraine, en face de périls croissants qui la poussaient à faire l'usage le plus terrible de son pouvoir. Les députés proscrits qui avaient pu gagner les départements y soulevaient une insurrection dont on ne pouvait prévoir le peu de durée. Lyon était en pleine révolte et une armée était nécessaire pour l'assiéger. Toulon se livrait aux Anglais, la Vendée soulevée tout entière donnait la main à la coalition qui pressait toutes les frontières, aux Pyrénées, aux Alpes, et au Nord, dans ces plaines immenses où plus d'une fois le sort de la France avait été joué. A Paris même, le meurtre de \!arat par une pure et noble jeune fille, avait révélé quel enthousiasme inspirait la cause de la Gironde. On sait par quels miracles d'énergie la Révolution fit face à tous ces dangers. Elle reprend Lyon, puis Toulon, par des sièges rapides, refoule les armées de la coalition par une nouvelle tactique foudroyante et démocratique qui consistait à lancer les masses armées sur un seul point; enfin elle dispute la Vendée dans une série de combats qui lui laissèrent en définitive l'avantage à la fin de 1793. La victoire de Wattignies remportée le 16 octobre en Flandre et celle de Gholet en Vendée terminèrent glorieusement la campagne. En même temps de grandes créations civiles révèlent l'indomptable foi de la Révolution dans l'avenir. L'Ecole normale et l'Ecole polytechnique sont décrétées, un vaste plan d'instruction à trois degrés est élaboré. Le grand-livre est institué, les premières bases du Code civil sont jetées; on s'occupe même des beaux arts auxquels on ouvre de vastes musées. L'uniformité des poids et mesures réalise une réforme des plus utiles et qui était destinée à durer comme tout progrès raisonnable. Cette énergie inouïe de la Révolution, terrible aux frontières, féconde à l'intérieur, est sa meilleure gloire, mais comment oublier cette ivresse sanglante qui l'accompagne et à laquelle elle demande un stimulant abominable que nous ne cesserons jamais de croire inutile? Non, nous n'admettons pas que la France n'ait pu exalter son courage qu'en se jetant dans un délire cruel. Nous ne voyons