APOSTASIES NOMBREUSES A LA TRIBUNE
sieurs curés. Momoro proclame pompeusement que ces citoyens demandent à se régénérer et à devenir hommes. Conduits par la raison, ils viennent se dépouiller du caractère que leur avait conféré la superstition. « C'est ainsi que bientôt la république française n'aura d'autre culte que celui de la liberté, de l'égalité et de l'éternelle vérité. » Gobel se leva alors au milieu des applaudissements, d'autant plus vil qu'il n'obéit à aucun entraînement, car il n'est pas plus athée qu'il n'est chrétien et il n'a d'autre désir que de sauver sa vie dans la bagarre révolutionnaire. « La volonté du peuple, dit-il, fut ma première loi, la soumission à sa volonté mon premier devoir. » C'est donc bien à l'idole du moment que, traîné par la peur, il sacrifie son Dieu auquel il ne cessa pas de croire; il l'avait donné à entendre à Grégoire peu de jours auparavant. Ce lâche apostat ne cessa de flotter de la crainte du tribunal révolutionnaire à la crainte de l'enfer qui l'emporta naturellement au pied de l'échafaud. Des applaudissements frénétiques accueillent les paroles de Gobel ; il a bien mérité de la patrie en déshonorant le premier siège épiscopal du pays. Chaumette demande qu'on introduise dans le calendrier républicain la fête de la Raison. «Citoyens, dit le président de la Convention à Gobel et aux prêtres qui l'entourent, citoyens qui venez de sacrifier sur l'autel de la patrie ces hochets gothiques, vous êtes dignes de la République. » Puis l'accolade fraternelle est donnée à l'évêque démissionnaire qui vient de se coiffer du bonnet rouge. Les sentiments vils ont leur entraînement comme l'héroïsme. La tribune est immédiatement assiégée par plusieurs prêtres qui brûlent de signaler leur cynisme en déposant leurs lettres de prêtrise. L'évêque Lindet fait plus; il prétend qu'il n'a accepté l'épiscopat que pour sauver la patrie et qu'il n'a jamais été charlatan. 11 lui est donc très facile d'abandonner ce qu'il n'a jamais eu véritablement. Il est suivi par Julien de Toulouse, pasteur protestant, qui tient un langage analogue et déclare qu'il n'a jamais été qu'un officier cle morale, professant le tolérantisme le plus absolu. « J'ai exercé, ajouta-t-il, les fonctions de ministre protestant; je déclare que je ne les professerai plus, que je n'aurai désormais d'autre temple