‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 214 sur 373 · NOBLE CONDUITE DE GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

NOBLE CONDUITE DE GRÉGOIRE

que le sanctuaire des lois, d'autre Divinité que la liberté, d'autre culte que celui de la police, d'autre Evangile que la Constitution républicaine. » C'est ainsi que Julien représentait à la Convention une Eglise martyre qui n'avait fléchi ni devant les caresses, ni devant les supplices. Voilà pourtant la leçon que rapportait du désert cette âme basse qui avait eu l'honneur de célébrer naguère un culte proscrit. Quel contraste entre ce jour d'ignominie et les beaux temps de sa jeunesse où il souffrait pour sa foi ! Mais il y avait longtemps sans doute qu'il avait renié la folie des saints mystères de l'Evangile et il était mal préparé à la folie d'un périlleux héroïsme.

Il n'était pas possible qu'au milieu de toutes ces turpitudes la conscience chrétienne demeurât sans témoignage. On entendit son langage inflexible à cette tribune profanée et malgré les cris de rage dont on essaya de couvrir sa voix, il suffit de son apparition pour châtier par un sanglant contraste toutes les lâchetés dont on venait d'être témoin. Ce fut Grégoire, évêque de Blois, qui donna ce grand spectacle à son pays. Ame ardente , généreuse, il avait plus d'une fois poussé l'enthousiasme jusqu'à l'imprudence et quand bien même il n'avait pas voté la mort du roi, il avait eu le tort d'insulter à sa chute dans un moment d'exaltation à jamais regrettable; ce n'en était pas moins un chrétien sincère et un cœur intrépide. Jamais il n'eût renié une seule de ses convictions, encore moins son Dieu. Il portait encore le costume ecclésiastique, ce qui était un acte de courage à cette époque. Appelé à cette heure à siéger dans le comité d'instruction publique , il ignorait ce qui se passait dans la salle des séances. A peine y est-il rentré , qu'il est entouré par une troupe de députés montagnards qui le pressent avec des gestes furieux de suivre le bon exemple de Gobel. — On lui dit de toutes parts : « Il faut que tu montes à la tribune. — Et pourquoi? — Pour renoncer à ton épiscopat, à ton charlatanisme religieux. — Misérables blasphémateurs, répond-il, je ne fus jamais un charlatan; attaché à ma religion, j'ai prêché la vérité, j'y serai fidèle. » — Espérant le contraindre à suivre le courant, le président lui donne la parole qu'il n'a pas demandée. Il s'élance à la tribune;

Page 1