‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 226 sur 373 · Séance du 5 décembre · texte numérisé non relu

Séance du 5 décembre

ses passions de sectaire et de conspirateur. Robespierre terminait en pressant vivement la Convention d'adopter les conclusions de Barrère. Cambon l'appuya. Trois jours plus tard le décret proposé par Barrère fut rendu en ces termes : «La Convention nationale, considérant ce qu'exigent d'elle les principes qu'elle a proclamés au nom du peuple français et le maintien de la tranquillité publique : 1° Défend toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes; 2° La surveillance des autorités constituées et l'action de la force publique se renfermeront à cet égard , chacune pour ce qui les concerne, dans les mesures de police et de sûreté publique. » Suivait la restriction déjà mentionnée à l'égard des prêtres réfractaires. Le décret se terminait par cette recommandation : « La Convention invite tous les bons citoyens au nom de la police de s'abstenir de toutes disputes théologiques ou étrangères aux grands intérêts du peuple français. » Barrère fit voter une addition qui n'était pas sans gravité : c'est que la Convention n'entendait pas abroger les arrêtés pris par les représentants du peuple. Il faisait allusion aux mesures par lesquelles plusieurs d'entre eux avaient aidé les citoyens à détruire la superstition. A vrai dire, la liberté des cultes votée par la Convention se réduisait au maintien de l'ordre de choses qui existait avant le carnaval inauguré par Chaumette et Hébert; elle souffrait, même dans ce cadre restreint, de nombreuses exceptions. Cependant ce pas en arrière avait de l'importance. La proscription de la religion ne pouvait plus s'étendre indéfiniment, mais ce n'en était pas moins la liberté comme en J 793.

Cette liberté-là était semblable aux dieux mexicains; elle avait soif de sang. Après la Gironde elle réclamait la clique immonde d'Hébert, puis le groupe des dantonistes. Il suffit d'une velléité d'indulgence qui n'était peut-être qu'un soupir de lassitude pour perdre Danton. Robespierre ne peut lui pardonner d'être le révolutionnaire le plus grandiose, l'image terrible et saisissante d'un peuple soulevé et rugissant. Il pardonne encore moins à Camille Desmoulins d'être le plus étincelant écrivain de Paris, et de mettre sa verve brillante au service de la clémence^ trop tardive-

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