PALINODIE DE LA CONVENTION
mons-nous seulement s'il est républicain ; ne nous mêlons pas de ses lubies, mêlons-nous d'administrer, de lui assurer le libre exercice de ses droits, même de celui de rêver. Je requiers donc, 1° que le conseil arrête qu'il n'entendra aucune proposition, pétition ou motion sur aucun culte ni sur aucune des idées métaphysiques ou religieuses, 2° qu'il déclare que l'exercice des cultes étant libre, il n'a jamais entendu et n'entendra jamais empêcher les citoyens de louer des maisons, de payer leurs ministres, pour quelque culte que ce soit, pourvu que l'exercice de ce culte ne nuise pas à la société par sa manifestation ; que du reste il fera respecter la volonté des sections qui ont renoncé au culte catholique pour ne reconnaître que celui de la raison , de la liberté et des vertus républicaines. » Jamais dans les théâtres de bas étage, Hébert n'avait vendu de contre-marque pour une comédie plus pitoyable que celle qui se jouait ce jour-là sur les sanglants tréteaux de la commune. Le réquisitoire de Chaumette souleva une vive opposition parmi ses auditeurs ébahis ; le tour était trop fort et la voltige trop brusque. Cependant il fallait bien que sa conclusion passât; elle fut adoptée sans réserve pour apprendre à Robespierre que rien ne l'empêchait désormais d'écraser des adversaires à ce point aplatis et flétris.
La palinodie de la commune préparait celle de la Convention. Déjà dans la séance du 26 novembre, Danton s'était élevé avec force contre les scènes d'abjuration en séance publique et il avait demandé formellement qu'il n'y eût plus de mascarades antireligieuses au sein de la Convention. Il prononça cette remarquable parole : « Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du fanatisme, nous ne voulons pas plus honorer le prêtre de l'incrédulité. » C'est à cette occasion qu'il fit entendre le premier appel à la clémence. Il eut beau enfler plus que de coutume sa voix tonnante et invoquer un redoublement de terreur contre les vrais ennemis de la République , il avait franchi le premier degré de l'échafaud. Robespierre ne devait pas lui pardonner cette initiative qui révélait un commencement d'opposition de droite au moment même où il voulait écraser
l'extrême gauche hébertiste. En attendant qu'il se retournât contre Danton, il profita de son appui pour en finir avec Fathéisme de la commune. Quelques jours plus tard dans le manifeste à l'Europe qu'il lut à la tribune et qui fut voté d'enthousiasme il inséra ces mots significatifs : « Vos maîtres vous disent que la nation française a proscrit toutes les religions , qu'elle a substitué le culte de quelques hommes à celui de la Divinité. Ils mentent. Le peuple français et ses représentants respectent la liberté de tous les cultes et n'en proscrivent aucun; ils abhorrent l'intolérance et la persécution, de quelques prétextes qu'elles se couvrent l. » Barrère prononça le même jour au nom du comité de salut public un discours imbu des mêmes idées. Il demandait à la Convention un décret interdisant aux autorités constituées et à toute force armée de s'immiscer dans les affaires religieuses, sans cependant déroger aux mesures générales à l'égard des prêtres réfractaires et des fanatiques qui sous prétexte de religion troubleraient la République. L'Assemblée n'était pas encore mûre pour adopter d'emblée une telle proposition. Elle la renvoya à un nouvel examen du comité de salut public. Robespierre insista pour son adoption, en ramenant son éternel argument de l'accord des athées de Paris avec l'étranger. « Ce qui est l'ouvrage des cours étrangères , dit-il, ce sont les efforts que l'on fait pour réveiller le fanatisme dans les lieux où il avait cherché son dernier asile ; c'est d'armer l'homme qui, sans être mauvais citoyen, est attaché à son opinion religieuse, contre celui qui en professe une différente. » L'orateur eût bien fait de se souvenir de ces beaux principes avant la guerre de la Vendée, alors que l'insistance injuste sur le serment ecclésiastique mit le pays à feu et à sang. Il profita perfidement de l'arrestation récente de Rabaud Saint-Etienne pour montrer dans l'opposition au catholicisme une intrigue factieuse ; le ministre protestant avait poussé au renversement d'un culte abhorré et le député girondin y avait cherché à perdre la République en la divisant, servant ainsi tout ensemble