LA FÊTE DE L'ÊTRE SUPRÊME EST VOTÉE
« Aux yeux du législateur , disait-il avec une singulière franchise, tout ce qui est utile et bon dans la pratique est la vérité. Le chef-d'œuvre de la société serait de créer dans l'homme pour les choses morales , un instinct rapide qui , sans le secours tardif du raisonnement , le portât à faire le bien et à éviter le mal. Or ce qui produit ou remplace cet instinct précieux, ce qui supplée à l'insuffisance de l'autorité humaine, c'est le sentiment religieux qui imprime dans les âmes l'idée d'une sanction donnée aux préceptes de la morale par une puissance supérieure à l'homme. » Robespierre veut donc que l'Etat professe la foi à l'Etre suprême, non parce qu'elle est vraie, mais parce que cela lui est utile et double sa police d'une façon efficace. « L'Etat n'est, dit-il, ni métaphysicien ni théologien; la question du vrai et du faux ne le concerne pas, il s'en tient à la catégorie de Futile. » Encore ici l'ardent démagogue, le radical à outrance se traîne dans la large voie de la tradition. Il reconnaît aujourd'hui l'Etre suprême comme plus tard Napoléon reconnaîtra la papauté, pour le bien de l'Etat et la plus grande commodité de ses gouvernants. Ce discours se termine par un hommage à la liberté des cultes, mal placé après la proclamation d'une religion nationale et surtout après les sarcasmes prodigués au fanatisme, c'est-à-dire au christianisme. Il est certain que si le nouveau culte se fût intronisé, il eût passé des sarcasmes à la persécution ouverte et il eût mis en pratique tout le système du Contrat social. Déjà quelques imprudents avaient parlé d'une sorte de loi du sacrilège à rendre contre ceux qui parleraient mal de l'Etre suprême ou se permettraient de profaner son nom. Un des partisans de Robespierre, Julien de Bordeaux, avait osé demander qu'on bannît de la République quiconque ne croirait pas en Dieu. Robespierre fut obligé de le démentir; mais l'eût-il démenti longtemps, s'il eût triomphé? La Convention vota l'envoi à l'Europe du discours de Robespierre qui devait être traduit dans toutes les langues, et décréta la fête de l'Etre suprême. La commune de Paris exprima son enthousiasme avec un zèle prudent, car elle avait beaucoup à se faire pardonner et elle donna un gage éclatant de sa conversion en