‹ L'église et la révolution françaiseChapitre 229 sur 373 · DISCOURS DE ROBESPIERRE SUR I/ÊTRE SUPREME · texte numérisé non relu

DISCOURS DE ROBESPIERRE SUR I/ÊTRE SUPREME

chaque ligne ce démocratisme sentimental qui marche toujours accompagné du soupçon et de la proscription. Ce qui nous importe dans ce discours, c'est la prétention du dictateur de faire décréter de nouveau une religion d'Etat, religion abstraite, peu chargée de dogmes mais très nettement définie et qui doit être professée officiellement par le pays. L'orateur établit en termes qu'on ne peut s'empêcher d'admirer l'accord qui a toujours existé entre l'athéisme et l'abandon de la liberté. — «Ranimez, disait-il, exaltez tous les sentiments généreux que l'on a voulu éteindre. Qui donc l'a donné la mission d'annoncer au peuple que la Divinité n'existe pas, à toi qui te passionnes pour cette doctrine, et qui ne te passionnas jamais pour la patrie? Quel avantage trouves-tu à persuader à l'homme qu'une force aveugle préside à ses destinées et frappe au hasard le crime et la vertu? L'idée de son néant lui inspire-t-elle des sentiments plus purs et plus élevés que celle de son immortalité, plus de dévouement à la patrie, plus d'audace à braver la tyrannie? L'idée de l'Etre suprême et de l'immortalité de l'âme est un rappel continuel à la justice; elle est donc sociale et républicaine. Qu'est-ce que les conjurés avaient mis à la place de ce qu'ils détruisaient: rien, si ce n'est le chaos, le vide et la violence. Ils méprisaient trop le peuple pour prendre la peine de le persuader ; au lieu de l'éclairer, ils ne voulaient que l'arrêter, l'effaroucher ou le dépraver.» De toutes ces considérations Robespierre concluait que la Convention nationale devait décréter le culte de l'Etre suprême et l'inaugurer par une grande fête publique. Il ne faisait ainsi que reprendre en sous-œuvre la constitution civile du clergé, en retrancher tout ce qui dépassait son pâle déisme, mais en sanctionner le principe essentiel qui était de lier étroitement la religion à l'Etat et de l'entrelacer aux institutions nouvelles. 11 consacrait avec éclat la théorie du Contrat socialï qui n'était autre que la théorie gallicane et se montrait le docile continuateur de l'antique tradition française au jour même où la furie révolutionnaire avait atteint son dernier degré. On retrouvait aussi dans le discours de Robespierre le fameux considérant de l'utilité de la religion pour le gouvernement :

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