ENLÈVEMEJSÏ LU PAPE PIE VI. SA MORT A VALENCE
et pratiquait une persécution taquine et acharnée sur toute la surface du pays. Déjà , daus la séance du 25 frimaire an VI , Giégoire s'était plaint d'une circulaire du ministre de l'intérieur Gohier, qui demandait aux ministres de tous les cultes de transférer leurs offices au décadi. « Que de malheureux prêtres, lisons-nous dans les Mémoires de Grégoire, chassés, incarcérés, transportés au delà des mers pour avoir refusé de se soumettre aux arrêtés par lesquels les municipalités et les administrateurs invitaient sous peine de déportation à transférer les offices divins au décadi ! Les membres de l'administration centrale de l'Yonne obtinrent incontestablement la palme dans ce genre de tyrannie l. » Qu'on se représente à quel point des mesures semblables devaient froisser le sentiment religieux, l'exaspérer même, en se répétant périodiquement et en faisant descendre une odieuse tyrannie aux circonstances les plus minutieuses de la vie, de manière qu'on ne pût l'oublier un seul instant.
Les faits qui venaient de s'accomplir en Italie étaient bien de nature à mettre le comble au mécontentement et à l'indignation de tous les adhérents du catholicisme. Le traité de ïolentino conclu avec le saint-père n'avait été qu'une trêve. Il en eût été autrement sans doute si le général Bonaparte fût demeuré en Italie. Le Directoire, débarrassé de tout contrôle, après fructidor, poursuivit avec passion son plan favori de renverser la papauté. Il commença par favoriser ouvertement le parti révolutionnaire à Rome. Le général Duphot, futur beau-frère de Joseph Bonaparte, plénipotentiaire de la République près du saint-siége, fut tué dans une émeute, sans que l'on pût jamais savoir s'il avait cherché à l'exciter ou à la calmer. Ce fut l'occasion désirée de la rupture. Le malheureux Pie VI, quoique brisé par l'âge et la maladie, fut enlevé de Rome, transféré en Toscane, puis en France où il alla mourir à Valence, misérablement pour sa personne, glorieusement et utilement pour sa cause, car sa présence et ses souffrances excitèrent le plus vif enthousiasme dans le
1. Mémoires de Grégoire, II, p. 77 et suiv. Voir aussi le curieux ouvrage: Mémoire en faveur de Dieu, p. 2H6, 237.